La catalgie est un terme médical ancien et peu utilisé qui désigne, au sens large, une douleur de la région abdominale ou pelvienne. Derrière ce mot se cachent pourtant des réalités cliniques très diverses : simples crampes digestives, urgences chirurgicales, pathologies gynécologiques ou urologiques, voire atteintes musculo‑squelettiques. Pour vous, patient·e, la difficulté est de savoir quand il s’agit d’un trouble bénin et quand la situation impose une consultation urgente. Pour le clinicien, l’enjeu est de poser rapidement le bon diagnostic afin de traiter la cause réelle de la douleur et d’éviter les complications parfois graves. Comprendre la logique médicale derrière l’évaluation d’une catalgie aide à mieux décrire vos symptômes, à anticiper les examens nécessaires et à participer activement à votre prise en charge au long cours.
Catalgie : définition clinique, terminologie médicale et distinctions avec les autres douleurs abdominales
En pratique clinique moderne, le mot catalgie tend à être remplacé par des termes plus précis comme douleur abdominale, douleur pelvienne ou syndrome douloureux abdomino‑pelvien. Historiquement, il désignait toute douleur du tronc, sans distinction fine entre origine viscérale (organes internes) et pariétale (paroi abdominale, muscles). Aujourd’hui, la terminologie vise à préciser le siège, le mécanisme et l’évolution de la douleur afin d’orienter le diagnostic : douleur abdominale aiguë, douleur pelvienne chronique, douleur pariétale, etc. Cette précision lexicale n’est pas un détail : elle conditionne le type d’examens prescrits, le niveau d’urgence et les spécialités impliquées (gastro‑entérologie, gynécologie, urologie, rhumatologie, médecine de la douleur).
Différence entre catalgie, douleur abdominale aiguë et syndrome douloureux pelvien chronique
La catalgie correspond à un symptôme : une douleur ressentie dans la zone abdominale ou pelvienne, quelle qu’en soit la cause. La douleur abdominale aiguë est, elle, un tableau clinique défini par une survenue brutale ou rapidement progressive, en général de moins de sept jours, pouvant traduire une urgence (appendicite, péritonite, ischémie mésentérique). Le syndrome douloureux pelvien chronique, à l’inverse, se caractérise par une douleur pelvienne persistant plus de trois à six mois, avec retentissement sur la qualité de vie, souvent sans lésion évidente ou avec une composante fonctionnelle importante. Vous pouvez donc entendre trois mots différents pour ce qui, de votre point de vue, reste « mal au ventre », mais la nuance guide la stratégie diagnostique et thérapeutique.
Lexique des termes associés : colique, crampe, douleurs viscérales et pariétales
Dans le langage médical, une colique décrit une douleur spasmodique, par crises, souvent liée à la contraction d’un organe creux (intestin, uretère, vésicule biliaire). Une crampe évoque davantage une contraction musculaire douloureuse, pouvant toucher la paroi abdominale. Les douleurs viscérales proviennent des organes internes ; elles sont souvent diffuses, mal localisées, décrites comme des tiraillements ou des brûlures. Les douleurs pariétales, elles, sont franches, bien localisées, augmentées à la toux ou à la contraction des abdominaux, typiques d’une hernie ou d’une distension musculaire. Lorsque vous décrivez votre catalgie, préciser si la douleur est en coup de poignard, en torsion, en brûlure ou en serrement oriente déjà vers une origine plutôt viscérale ou pariétale.
Classification topographique de la catalgie : cadrans abdominaux, quadrants lombaires et région pelvienne
Pour analyser une catalgie, la topographie est essentielle. Le clinicien divise habituellement l’abdomen en quatre quadrants (droit/gauche, supérieur/inférieur) ou neuf régions (hypochondres, flancs, fosses iliaques, épigastre, péri‑ombilical, hypogastre). La région pelvienne inclut le bas‑ventre, le petit bassin, la zone sus‑pubienne. Une douleur de la fosse iliaque droite évoque par exemple une appendicite, une pathologie de l’ovaire droit ou une colique néphrétique. À l’inverse, une douleur de l’hypochondre droit suggère plutôt un problème vésiculaire ou hépatique. Cette cartographie, complétée par l’examen des quadrants lombaires (zones latérales du bas du dos), aide à différencier catalgie viscérale et douleur d’origine rachidienne ou musculo‑squelettique.
Physiopathologie de la douleur abdominale : nociception viscérale, somatique et douleur projetée
La compréhension moderne de la catalgie repose sur la distinction entre nociception viscérale et nociception somatique. Les viscères possèdent des récepteurs à la douleur sensibles à la distension, à l’ischémie ou à l’inflammation, mais peu aptes à localiser finement l’agression. Résultat : la douleur viscérale est souvent mal définie, médiane, avec irradiation diffuse. La douleur somatique (pariétale ou péritonéale) est, au contraire, vive, précisément localisée, aggravée par le mouvement. À cela s’ajoute la douleur projetée : certaines atteintes digestives se traduisent par une douleur ressentie à distance (épaule droite dans l’irritation diaphragmatique, dos dans la pancréatite). Comme pour une panne électrique qui fait sauter un disjoncteur à l’autre bout de la maison, le cerveau interprète parfois de façon trompeuse le signal douloureux.
Causes organiques de catalgie : pathologies digestives, gynécologiques, urologiques et musculo‑squelettiques
La priorité face à une catalgie reste toujours la recherche d’une cause organique potentiellement grave, même si une forte proportion de douleurs abdominales se révèle finalement bénigne.
Catalgie d’origine digestive : appendicite aiguë, pancréatite, ulcère gastroduodénal, maladie de crohn
Les causes digestives sont parmi les plus fréquentes de catalgie d’apparition aiguë. L’appendicite aiguë se manifeste souvent par une douleur débutant autour du nombril, puis se localisant en fosse iliaque droite, associée à fièvre modérée et nausées. La pancréatite aiguë, fréquemment liée à l’alcool ou aux calculs biliaires, provoque une douleur épigastrique intense, transfixiante vers le dos, aggravée après les repas. L’ulcère gastroduodénal donne une brûlure épigastrique rythmée par les repas, parfois compliquée d’hémorragie digestive (méléna, hématémèse). Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn, entraînent des douleurs abdominales chroniques, diarrhées, amaigrissement, avec des poussées aiguës mimant une urgence abdominale.
Etiologies gynécologiques : endométriose, kyste ovarien rompu, grossesse extra‑utérine, maladie inflammatoire pelvienne
Chez la femme, la catalgie pelvienne impose de penser aux causes gynécologiques. L’endométriose, souvent sous‑diagnostiquée, se manifeste par des douleurs pelviennes cycliques, des dysménorrhées intenses, parfois une infertilité. Un kyste ovarien rompu ou une torsion d’annexe donne une douleur brutale, unilatérale, avec parfois malaise et signes péritonéaux. La grossesse extra‑utérine est une urgence vitale : retard de règles, métrorragies, douleur pelvienne unilatérale doivent faire pratiquer en urgence un dosage de β‑HCG et une échographie. La maladie inflammatoire pelvienne, souvent d’origine infectieuse ascendante, entraîne douleurs pelviennes, fièvre, leucorrhées, douleur à la mobilisation du col à l’examen.
Causes urologiques : colique néphrétique, pyélonéphrite aiguë, cystite compliquée, lithiase urinaire
La colique néphrétique est typique : douleur lombaire unilatérale, en coliques, irradiant vers l’aine ou les organes génitaux, souvent associée à des nausées et parfois à une hématurie. Elle est liée au blocage d’un calcul (lithiase urinaire) dans l’uretère. La pyélonéphrite aiguë combine douleur lombaire, fièvre élevée, frissons et signes urinaires (brûlures mictionnelles, pollakiurie). Une cystite compliquée chez l’homme ou chez la femme enceinte peut également donner une douleur sus‑pubienne importante, parfois confondue avec une catalgie digestive. L’identification de ces étiologies urologiques conditionne une antibiothérapie adaptée, le traitement de la lithiase (hydratation, lithotritie) et la prévention des récidives.
Catalgie pariétale et musculo‑squelettique : hernie inguinale, distension musculaire, syndrome de la jonction dorso‑lombaire
Une partie non négligeable des catalgies dites « inexpliquées » relèvent en réalité de la paroi abdominale ou du rachis. Une hernie inguinale ou ombilicale se manifeste par une douleur localisée, majorée à l’effort, avec parfois une tuméfaction qui augmente en position debout. Une distension musculaire des abdominaux ou des muscles obliques survient après un effort inhabituel, une toux prolongée ou un faux mouvement, donnant une douleur vive, reproduite à la palpation. Le syndrome de la jonction dorso‑lombaire, longtemps méconnu, associe douleurs lombaires irradiant vers l’abdomen, liées à des troubles fonctionnels vertébraux, parfois améliorées par la kinésithérapie, la rééducation posturale ou des approches manuelles bien encadrées.
Origines métaboliques et vasculaires : crise drépanocytaire, ischémie mésentérique, anévrisme de l’aorte abdominale
Certaines causes plus rares mais graves ne doivent pas être négligées. La crise drépanocytaire abdominale provoque des douleurs intenses, diffuses, parfois confondues avec une urgence chirurgicale, chez les patients atteints de drépanocytose. L’ischémie mésentérique, due à une occlusion des artères intestinales, donne une douleur abdominale très intense, souvent disproportionnée par rapport à l’examen clinique au début, avec risque d’infarctus intestinal. L’anévrisme de l’aorte abdominale fissuré ou rompu se manifeste par une douleur abdominale et lombaire brutale, un choc hémodynamique et une masse battante à la palpation : le diagnostic et la prise en charge doivent être quasi immédiats en chirurgie vasculaire.
Symptômes de la catalgie : sémiologie détaillée, signes d’alarme et drapeaux rouges
Caractères de la douleur : type, durée, irradiation, facteurs déclenchants et calmants
Pour analyser une catalgie, le clinicien se base d’abord sur votre description. La durée (brutale, progressive, chronique), le type (brûlure, crampe, torsion, coup de poignard), l’irradiation (vers le dos, l’aine, l’épaule) et les facteurs déclenchants (repas, effort, cycle menstruel, position) orientent déjà le diagnostic. Une douleur en barre épigastrique transfixiante évoque la pancréatite ; une douleur rythmée par les repas, l’ulcère gastroduodénal ; une douleur pelvienne cyclique, l’endométriose. Les facteurs calmants (jeûne, antispasmodiques, position en chien de fusil) sont également informatifs. Comme pour un enquêteur, chaque détail de cette « histoire » de la douleur constitue un indice pour remonter à la cause réelle.
Signes associés digestifs : nausées, vomissements bilieux, diarrhée sanglante, rectorragies, méléna
Les symptômes digestifs associés à la catalgie sont déterminants. Des nausées et vomissements bilieux orientent vers une obstruction haute ou une pancréatite ; une diarrhée sanglante évoque une colite inflammatoire ou infectieuse. La présence de rectorragies (sang rouge par l’anus) ou de méléna (selles noires goudronneuses) signe un saignement digestif bas ou haut, parfois lié à un ulcère, une diverticulite ou une tumeur. Un ballonnement important, une absence de gaz et de selles avec douleur intense et vomissements fait craindre un syndrome occlusif, imposant une prise en charge hospitalière rapide. L’association de ces signes à la catalgie permet de hiérarchiser l’urgence et de décider des examens prioritaires.
Signes gynéco‑obstétricaux : métrorragies, douleurs pelviennes cycliques, retard de règles, douleurs à l’examen pelvien
Chez toute femme en âge de procréer présentant une catalgie, la première question à se poser est : grossesse possible ou non ? Un retard de règles associé à des douleurs pelviennes et à des métrorragies doit toujours faire envisager une grossesse extra‑utérine jusqu’à preuve du contraire. Des douleurs pelviennes cycliques, des rapports sexuels douloureux (dyspareunie) et des règles très douloureuses sont typiques de l’endométriose. La douleur à la mobilisation du col ou des annexes à l’examen gynécologique, associée à de la fièvre, évoque une maladie inflammatoire pelvienne. Pour vous, mentionner précisément votre cycle, vos antécédents gynécologiques et contraceptifs lors de l’interrogatoire accélère le diagnostic.
Drapeaux rouges aux urgences : défense abdominale, contracture, fièvre élevée, choc hémodynamique
Certains signes cliniques associés à une catalgie sont de véritables drapeaux rouges. La défense abdominale (contraction réflexe des muscles lors de la palpation) et la contracture (ventre dur en « planche ») sont caractéristiques d’une péritonite. Une fièvre élevée > 38,5 °C avec frissons, tachycardie, altération de l’état général fait suspecter une infection sévère (appendicite compliquée, cholécystite, pyélonéphrite, sepsis). Les signes de choc hémodynamique (tension artérielle basse, sueurs, marbrures, confusion) associés à la douleur abdominale évoquent une hémorragie interne (rupture d’anévrisme, grossesse extra‑utérine rompue) ou un choc septique. Face à ces signes, la conduite à tenir est claire : appel au 15 / 112 ou recours immédiat aux urgences.
Différenciation catalgie fonctionnelle vs douleur organique : critères de rome IV et éléments d’orientation clinique
Une proportion significative de douleurs abdominales chroniques répond aux critères de troubles fonctionnels digestifs, sans lésion structurale identifiée, mais avec un retentissement majeur sur la qualité de vie.
La distinction entre catalgie d’origine organique et catalgie fonctionnelle repose sur un faisceau d’arguments. Les critères de Rome IV définissent les troubles fonctionnels digestifs (syndrome de l’intestin irritable, dyspepsie fonctionnelle, douleurs abdominales fonctionnelles) par une douleur chronique, associée à des modifications du transit ou à un inconfort postprandial, sans anomalie à l’endoscopie ni à l’imagerie. L’absence de perte de poids, de fièvre, de saignement digestif ou de signes inflammatoires majeurs à la biologie oriente vers une cause non organique. Cela ne signifie pas que « tout est dans la tête », mais plutôt que la douleur résulte d’une hyper‑sensibilité viscérale et de perturbations de la communication intestin‑cerveau, ce qui justifie une approche multidimensionnelle.
Diagnostic de la catalgie : interrogatoire, examen clinique et examens complémentaires
Interrogatoire ciblé : antécédents digestifs, gynécologiques, chirurgicaux et prise médicamenteuse (AINS, anticoagulants)
Le diagnostic d’une catalgie commence par un interrogatoire détaillé. Vos antécédents digestifs (ulcère, maladie inflammatoire, chirurgie abdominale), gynécologiques (endométriose, infections pelviennes, grossesses, contraception), urologiques (lithiases, infections urinaires) et vos antécédents chirurgicaux orientent la probabilité de certaines pathologies. La prise d’AINS (anti‑inflammatoires non stéroïdiens) augmente le risque d’ulcère et de perforation ; les anticoagulants majorent le risque d’hémorragie digestive ou intra‑abdominale. Le contexte (voyage, épisode infectieux, effort inhabituel, épisode de stress majeur) éclaire également l’étiologie possible. Un bon interrogatoire permet souvent de réduire considérablement le champ des diagnostics envisageables avant même l’examen.
Examen clinique abdominal : palpation segmentaire, recherche de blumberg, murphy, défense et masse abdominale
L’examen clinique est ensuite systématique. La palpation segmentaire de l’abdomen repère les zones douloureuses, les masses, les météorismes. Le signe de Blumberg (douleur provoquée par la décompression brutale après une pression lente) explore l’irritation péritonéale. Le signe de Murphy (douleur à l’inspiration profonde lors de la palpation de l’hypochondre droit) évoque une cholécystite. La présence d’une défense ou d’une contracture oriente vers une péritonite, alors qu’une douleur reproductible uniquement à la contraction des abdominaux peut faire suspecter une cause pariétale. L’examen pelvien ou rectal, bien que parfois redouté, apporte des informations cruciales sur les pathologies gynécologiques, prostatiques ou rectales associées.
Bilan biologique de première intention : NFS, CRP, bilan hépatique, lipase, bilan rénal et β‑HCG
Le bilan biologique initial vise à confirmer une inflammation, une infection ou une atteinte d’organe. La NFS (numération formule sanguine) explore l’anémie, l’hyperleucocytose ; la CRP et la VS reflètent le degré d’inflammation. Le bilan hépatique (ASAT, ALAT, phosphatases alcalines, GGT, bilirubine) oriente vers une atteinte bilio‑pancréatique ; la lipase est l’enzyme clé pour la pancréatite aiguë. Le bilan rénal (urée, créatinine, ionogramme) est indispensable en cas de colique néphrétique ou de déshydratation. Chez la femme en âge de procréer, le dosage de β‑HCG est systématique afin d’identifier une grossesse évolutive ou extra‑utérine. Ces analyses, confrontées à la clinique, guident la suite du parcours diagnostic.
Imagerie en urgence : échographie abdominale et pelvienne, scanner abdomino‑pelvien (TDM), IRM pelvienne dans l’endométriose
L’échographie abdominale et pelvienne est souvent le premier examen d’imagerie, car non irradiant, disponible et très informatif pour la vésicule, le foie, les reins, l’utérus et les ovaires. Le scanner abdomino‑pelvien (TDM) est aujourd’hui l’outil de référence pour une grande partie des douleurs abdominales aiguës : il visualise appendice, diverticules, pancréas, ischémie, abcès, anévrismes. L’IRM pelvienne est particulièrement utile dans le bilan de l’endométriose et des douleurs pelviennes chroniques, en offrant une excellente résolution des tissus mous sans irradiation. Le choix entre ces examens repose sur la clinique, l’âge, la grossesse éventuelle, et le niveau d’urgence, afin de limiter les irradiations inutiles tout en sécurisant le diagnostic.
Endoscopie digestive et examens spécialisés : fibroscopie œso‑gastroduodénale, coloscopie, hystéroscopie, cystoscopie
Lorsque la catalgie est associée à des symptômes digestifs chroniques ou à des signes d’alarme (amaigrissement, anémie, saignement), une fibroscopie œso‑gastroduodénale ou une coloscopie peuvent être indiquées pour visualiser directement la muqueuse digestive, réaliser des biopsies et traiter certaines lésions (polypes, saignements). En gynécologie, l’hystéroscopie permet d’explorer la cavité utérine et de traiter certains kystes ou polypes responsables de douleurs ou de saignements. En urologie, la cystoscopie inspecte la vessie en cas de douleurs pelviennes, d’hématurie ou de suspicion de tumeur. Ces examens spécialisés s’inscrivent dans une stratégie graduée, décidée en concertation avec les spécialistes concernés.
Traitements médicaux et chirurgicaux de la catalgie selon l’étiologie
Prise en charge antalgique graduée : paracétamol, AINS, opioïdes faibles et puissants (échelle analgésique de l’OMS)
Le traitement de la catalgie suit en général l’échelle analgésique de l’OMS. Le paracétamol constitue le palier 1, bien toléré, efficace dans de nombreux cas de douleurs légères à modérées. Les AINS (ibuprofène, kétoprofène, etc.) appartiennent aussi au palier 1, mais leur utilisation doit rester prudente du fait du risque d’ulcère, d’insuffisance rénale ou de saignement, notamment en cas de déshydratation ou chez le sujet âgé. Les opioïdes faibles (codéine, tramadol) et puissants (morphine, oxycodone) relèvent des paliers 2 et 3, réservés aux douleurs intenses ou rebelles. L’objectif reste toujours d’obtenir un soulagement suffisant sans masquer un signe clinique important ni exposer à des effets indésirables majeurs.
Traitements étiologiques digestifs : antibiothérapie, IPP, chirurgie de l’appendicite, prise en charge de la pancréatite
Au‑delà de la simple analgésie, la catalgie d’origine digestive impose un traitement étiologique. Une appendicite aiguë non compliquée relève aujourd’hui le plus souvent de la chirurgie (appendicectomie) par coelioscopie, même si certaines équipes testent des stratégies antibiotiques dans des cas très sélectionnés. Les infections digestives comme la diverticulite ou certaines colites nécessitent antibiothérapie, mise au repos digestif et parfois intervention chirurgicale en cas de complication. Les IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) sont la pierre angulaire du traitement des ulcères et des reflux acides. La pancréatite aiguë, quant à elle, repose surtout sur une prise en charge intensive : jeûne, hydratation, surveillance rapprochée, traitement des complications et de la cause (alcool, calcul biliaire).
Stratégies thérapeutiques gynécologiques : contraception hormonale, agonistes de la GnRH, coelioscopie pour endométriose et kystes
Les catalgies gynécologiques demandent une approche spécifique. Dans l’endométriose, le traitement repose sur la modulation hormonale : contraception hormonale continue, progestatifs, ou agonistes de la GnRH qui induisent une ménopause artificielle temporaire afin de mettre au repos les foyers endométriosiques. La coelioscopie permet de visualiser et d’exérèse les lésions, d’adhésiolyse et de traiter certains kystes ovariens ou anomalies tubaires. Les kystes ovariens simples peuvent parfois être surveillés, mais un kyste compliqué (torsion, rupture, suspicion de malignité) impose souvent un geste chirurgical. La maladie inflammatoire pelvienne nécessite antibiothérapie, parfois hospitalisation, et une prise en compte de la fertilité future dans les choix thérapeutiques.
Traitement des causes urologiques : hydratation, antispasmodiques, lithotritie extracorporelle, chirurgie endoscopique
En urologie, la colique néphrétique simple bénéficie d’un traitement combinant hydratation, antispasmodiques, antalgiques et parfois médicaments facilitant l’expulsion du calcul (alpha‑bloquants). Les calculs trop volumineux ou bloqués peuvent nécessiter une lithotritie extracorporelle (fragmentation par ondes de choc) ou une chirurgie endoscopique (urétéroscopie, néphrolithotomie). La pyélonéphrite aiguë impose une antibiothérapie rapidement adaptée à l’antibiogramme, parfois en hospitalisation, avec surveillance de la fonction rénale. Le traitement des cystites compliquées ou récidivantes intègre aussi des mesures de prévention (hydratation, mictions régulières, hygiène urogénitale) afin de limiter les épisodes de catalgie pelvienne douloureuse.
Catalgie chronique : approche multidisciplinaire douleur, rééducation, prise en charge psychologique et TCC
La chronicisation de la catalgie transforme une urgence parfois ponctuelle en véritable maladie de la douleur, qui nécessite un changement radical de stratégie thérapeutique.
Lorsque la catalgie persiste depuis plusieurs mois malgré un bilan exhaustif, l’approche doit devenir multidisciplinaire. Les centres de la douleur combinent ajustement des traitements médicamenteux (antalgiques, antidépresseurs à visée antalgiques, anti‑épileptiques), rééducation (kinésithérapie, exercices de renforcement et d’assouplissement, travail postural), et prise en charge psychologique. Les thérapies cognitivo‑comportementales (TCC) aident à modifier la perception de la douleur, à diminuer l’hyper‑vigilance et à restaurer une meilleure qualité de vie. Des techniques comme la relaxation, la cohérence cardiaque ou certaines approches corporelles peuvent compléter ce dispositif, à condition de s’inscrire dans un parcours coordonné et validé médicalement.
Prévention, suivi et auto‑prise en charge de la catalgie au long cours
La prévention de la catalgie repose d’abord sur l’identification et le contrôle des facteurs de risque propres à chaque patient. En cas d’antécédent d’ulcère ou de saignement digestif, la limitation des AINS, la prise d’IPP de protection au besoin et le sevrage tabagique réduisent nettement les récidives. Pour les coliques néphrétiques, une hydratation suffisante (au moins 1,5 à 2 litres d’eau par jour, sauf contre‑indication), une adaptation de l’apport en sel et parfois en protéines animales contribuent à prévenir la formation de nouveaux calculs. Les femmes souffrant d’endométriose ou de syndrome douloureux pelvien chronique tirent bénéfice d’un suivi gynécologique régulier et d’une adaptation fine de leur traitement hormonal pour limiter les poussées douloureuses.
Sur le plan quotidien, plusieurs habitudes permettent de mieux gérer une catalgie récurrente. Ajuster l’alimentation (réduire les repas trop gras ou trop copieux, repérer les aliments qui déclenchent les symptômes), fractionner les prises alimentaires et maintenir une activité physique régulière améliorent la motricité intestinale et diminuent la sensibilité viscérale. Une bonne hygiène du sommeil et une gestion active du stress (respiration, méditation guidée, activités de plaisir) réduisent l’intensité perçue de la douleur chez de nombreux patients. Lorsque la douleur survient, vous pouvez utiliser des stratégies simples validées par votre médecin : position antalgique, application de chaleur ou de froid selon l’étiologie, prise d’antalgiques de premier palier en respectant scrupuleusement les posologies.
Enfin, le suivi au long cours d’une catalgie chronique gagne à être structuré : carnet de bord des douleurs (intensité, localisation, contexte), repérage des facteurs déclenchants mais aussi des facteurs protecteurs, consultations de suivi programmées plutôt que déclenchées uniquement par les crises aiguës. Cette démarche permet d’ajuster progressivement votre traitement, d’éviter l’escalade médicamenteuse inutile et de repérer précocement tout changement de profil douloureux qui pourrait traduire une nouvelle pathologie. En adoptant ce rôle actif, vous devenez un partenaire à part entière dans la compréhension et la maîtrise de votre catalgie, ce qui constitue souvent un tournant majeur dans la diminution du handicap lié à la douleur abdominale et pelvienne au long cours.