Le stalking n’est pas qu’une curiosité excessive ou un « amour trop fort ». C’est un comportement de traque et de harcèlement obsessionnel, qui peut détruire une vie en quelques mois. Vous pouvez être suivi dans la rue, bombardé de messages, espionné sur Instagram ou WhatsApp, voire menacé de mort, tout en ayant l’impression que « ce n’est pas assez grave » pour en parler. Pourtant, les études montrent que le harcèlement obsessionnel augmente significativement le risque de violences physiques, de stress post-traumatique et de tentatives de suicide chez les victimes. Comprendre ce qu’est le stalking, repérer l’escalade, mettre en place des stratégies de protection et un accompagnement adapté permet de réduire fortement le danger et d’enclencher un véritable processus de reconstruction.

Définir le stalking : comportements répétitifs, cyberharcèlement et emprise psychologique

Le stalking, ou harcèlement obsessionnel, désigne un ensemble de comportements répétitifs, intrusifs et non désirés par lesquels une personne tente de garder le contrôle ou d’établir un lien avec une autre personne. Ce n’est pas un acte isolé, mais une succession d’actions : messages insistants, filature, menaces, espionnage numérique, intrusions dans la vie privée. Le point central n’est pas l’intensité de chaque geste pris séparément, mais leur répétition et l’angoisse durable qu’ils provoquent. Dans de nombreux dossiers, la personne harcelée a exprimé clairement son refus de tout contact, mais le stalker persiste, parfois en prétendant agir « par amour », parfois par haine ou vengeance.

Différencier stalking, harcèlement, cyberharcèlement et violence conjugale

La frontière entre stalking, harcèlement moral, cyberharcèlement et violence conjugale est souvent floue pour la victime. Le harcèlement « classique » regroupe des actes répétés visant à dégrader les conditions de vie ou de travail d’une personne : insultes, rumeurs, humiliations. Le cyberharcèlement se déroule principalement en ligne (messages, commentaires, montages, diffusion de photos intimes). Le stalking, lui, combine souvent ces dimensions avec une véritable traque : suivis, surveillances, recherches d’informations, contacts répétés avec les proches. Dans le cadre d’une violence conjugale ou post-séparation, le stalking devient un outil central de contrôle et de domination : l’ex-partenaire surveille vos déplacements, vous appelle sans cesse, menace vos proches ou sabote votre travail.

Typologie des stalkers : ex-partenaire, collègue, inconnu, fan obsédé

Les recherches internationales montrent que, dans plus de 50 % des cas de stalking, l’auteur est un ex-partenaire ou une ex-partenaire. Ce type de stalker ne supporte pas la séparation, refuse le « non » et cherche à maintenir un lien à tout prix. Vient ensuite le stalking par un collègue, un supérieur ou un camarade d’études, parfois sous couvert de « blagues » ou de prétextes professionnels. Un troisième profil concerne les inconnus ou relations très superficielles (rencontre en soirée, en ligne, client, voisin) qui développent une obsession soudaine. Enfin, un dernier type est le fan obsédé qui cible une personnalité publique, une influenceuse, une artiste ou même un professionnel de santé, avec des comportements de fanatisme pouvant vite déraper.

Signaux comportementaux d’alerte : filature, messages insistants, doxing, menaces voilées

Certains signaux sont des indicateurs forts d’un comportement de stalking et d’un risque de passage à l’acte. Les plus fréquents sont :

  • Présence répétée de la même personne sur vos trajets, devant votre domicile ou votre lieu de travail (filature, guet)
  • Messages insistants malgré vos demandes claires de cesser tout contact, parfois sur plusieurs canaux (SMS, messagerie, mail)
  • Doxing ou fouille de vos informations : recherche de vos adresses, de vos proches, de vos comptes cachés
  • Menaces à peine voilées (« Tu vas voir », « Tu ne sais pas de quoi je suis capable »), chantage affectif ou suicidaire

Individuellement, ces comportements peuvent sembler « supportables ». Leur cumul et leur caractère obsessionnel en font un véritable harcèlement obsessionnel, avec un danger réel pour votre sécurité.

Spécificités du cyberstalking sur instagram, WhatsApp, snapchat, facebook et TikTok

Le cyberstalking exploite les réseaux sociaux et les messageries pour maintenir une emprise constante. Sur Instagram ou TikTok, cela passe par la surveillance de vos stories, l’analyse de vos likes, l’utilisation de faux comptes pour vous suivre ou commenter sous couvert d’anonymat. Sur WhatsApp ou Snapchat, le stalker peut vérifier vos connexions, les accusés de lecture, créer des groupes pour vous cibler et faire pression. Les fonctionnalités de localisation comme le partage de position ou certaines cartes d’amis peuvent transformer une simple application en outil de traque en temps réel. Ce harcèlement numérique a une particularité : il s’invite chez vous, dans votre intimité, à toute heure, et rend la coupure et le repos presque impossibles.

Repérer l’escalade du comportement de stalking : de la fixation à la mise en danger

Le comportement de stalking suit souvent une dynamique d’escalade. Au départ, il ressemble à une attention excessive ou à une jalousie « un peu trop forte ». Puis la fréquence augmente, les moyens se diversifient et le ton se durcit. De nombreuses études de cas montrent un passage rapide d’une fixation apparemment « romantique » à une mise en danger concrète, notamment après un refus catégorique, un dépôt de plainte ou l’entrée d’un nouveau partenaire dans la vie de la victime. Avoir en tête ce cycle d’obsession permet de réagir plus tôt et de ne pas minimiser des comportements qui pourraient devenir rapidement incontrôlables.

Analyse du cycle de l’obsession : phase de séduction, intrusion, contrôle, représailles

La première phase est souvent celle de la séduction insistante : compliments, cadeaux, déclarations d’amour disproportionnées, idéalisation. Ensuite survient la phase d’intrusion : questions intrusives, tentatives de géolocalisation, surveillance de vos interactions en ligne, commentaires sur votre façon de vous habiller ou de sortir. Vient ensuite la phase de contrôle : demandes de comptes permanentes, exigences sur vos fréquentations, pression pour répondre immédiatement. Lorsque vous posez une limite claire (rupture, blocage, refus de contact), certains stalkers entrent en phase de représailles : insultes, menaces, diffusion de photos intimes, fausses rumeurs, voire violences physiques. Ce cycle peut se répéter, avec à chaque tour une intensité accrue.

Évaluation du niveau de risque : échelles de dangerosité utilisées par les psys et associations

Les psys, associations spécialisées et services de police utilisent des grilles d’évaluation du danger pour le stalking. Beaucoup distinguent trois grands niveaux. Un niveau « risque » correspond à un stalker encore centré sur sa propre souffrance, qui cherche à être compris et reste peu violent, même s’il est intrusif. Le niveau « danger » apparaît quand l’auteur commence à vous accuser de tous ses problèmes, à vous dénigrer et à tenir des propos hostiles. Le niveau « poison » désigne une situation où le passage à l’acte violent devient probable : propos homicidaires ou suicidaires, obsession grandissante, rupture de la réalité. Se faire aider par un professionnel permet de situer précisément votre cas et d’adapter les mesures de sécurité.

Indices de passage à l’acte : repérages physiques, achat d’armes, menaces explicites

Certaines conduites doivent être considérées comme des alertes majeures. Des repérages physiques répétés autour de votre domicile ou de votre bureau, des tentatives d’intrusion ou de sabotage de vos biens (voiture rayée, boîte aux lettres fracturée) montrent une volonté de franchir le cap du virtuel. L’achat d’armes, même déclarées, ou l’évocation explicite de l’usage d’un couteau, d’une arme à feu ou d’un produit inflammable fait passer le risque à un niveau critique. Les menaces de mort claires, les phrases comme « Si je ne t’ai pas, personne ne t’aura » ou les scénarios détaillés de ce que la personne compte vous faire constituent des signaux à prendre au sérieux, même si l’auteur minimise ensuite en parlant de « plaisanterie ».

Phénomène de gaslighting et confusion de la victime sur la gravité des faits

Le gaslighting est une stratégie fréquente dans le stalking. L’auteur nie les faits, les minimise ou vous fait croire que vous « exagérez ». Il peut aussi se présenter comme la véritable victime (« C’est toi qui me harcèles en me bloquant partout »), ou prétendre que votre entourage « le soutient ». À force, vous pouvez vous mettre à douter de votre propre perception, vous demander si ce n’est pas « un peu de votre faute » ou si vous n’êtes pas trop sensible. Ce brouillage est accentué par le regard social : certaines personnes extérieures relativisent, banalisent ou romantisent le comportement du stalker. S’appuyer sur des professionnels et sur des amis de confiance aide à sortir de cette confusion.

Conséquences psychotraumatiques du stalking : stress post-traumatique, hypervigilance et isolement

Les conséquences du harcèlement obsessionnel dépassent largement le simple inconfort. Des études européennes estiment qu’environ 25 à 35 % des victimes de stalking développent un trouble de stress post-traumatique, et plus de 50 % présentent des symptômes anxieux et dépressifs significatifs. La peur permanente, l’hypervigilance, la difficulté à dormir, l’isolement progressif peuvent profondément modifier votre personnalité, vos projets, vos relations. Le stalking agit comme une agression répétée sur votre système nerveux, un peu comme une alarme incendie qui se déclenche sans cesse, même en l’absence de danger immédiat.

Trouble de stress post-traumatique (TSPT), anxiété généralisée et attaques de panique

Le TSPT lié au stalking se manifeste par des flashbacks (souvenirs intrusifs de scènes de harcèlement), des cauchemars, une hypervigilance constante (sursaut au moindre bruit, surveillance obsessionnelle du téléphone ou de la porte d’entrée). Vous pouvez éviter certains lieux, certaines rues ou tout usage des réseaux sociaux par peur de retomber sur la personne. L’anxiété généralisée s’exprime par une inquiétude chronique, des pensées catastrophistes (« Il va finir par me tuer »), des tensions musculaires et des troubles digestifs. Les attaques de panique sont fréquentes : accélération du cœur, sensation d’étouffer, impression de devenir fou ou de faire une crise cardiaque, souvent déclenchées par un message ou un rappel du stalker.

Atteinte à l’estime de soi et à l’identité : honte, culpabilité, sentiment de responsabilité

Le harcèlement obsessionnel attaque directement l’estime de soi. À force d’être critiqué, dénigré, menacé ou réduit à un objet de désir ou de haine, vous pouvez finir par vous convaincre que vous « méritez » ce qui vous arrive. La honte est très fréquente : honte d’avoir laissé la situation s’installer, honte d’avoir aimé la personne, honte de ne pas réussir à s’en sortir. Le discours social, parfois culpabilisant (« Tu n’avais qu’à le quitter plus tôt », « Tu n’avais qu’à ne pas envoyer ces photos »), renforce ce mécanisme. Or la responsabilité du stalking incombe à 100 % à l’auteur, jamais à la victime, même en cas de relation passée ou de comportements imprudents.

Impacts sur la vie professionnelle et scolaire : absentéisme, burn-out, décrochage

Dans le monde du travail et des études, les conséquences sont massives. Une enquête canadienne a montré que plus de 50 % des victimes de violence conjugale rapportent également du harcèlement sur le lieu de travail (appels, visites, filature à proximité). Cela entraîne absentéisme, retards, baisse de concentration, erreurs, conflits avec l’équipe. Certaines personnes finissent par quitter leur emploi ou interrompre leurs études pour échapper au stalker, avec un impact durable sur leur carrière et leur autonomie financière. L’épuisement émotionnel lié à cette pression constante ressemble à un burn-out, mais dont la cause principale est la violence subie, pas un simple surcroît de travail.

Spécificités chez les adolescents et jeunes adultes : sextorsion, revenge porn, cybercontrol

Chez les adolescents et jeunes adultes, le stalking prend souvent des formes numériques spécifiques : sextorsion (chantage à partir de photos ou vidéos intimes), revenge porn (diffusion de contenus sexuels sans consentement), cybercontrol (exigence de mots de passe, vérification des conversations, obligation de répondre immédiatement). Dans un contexte où les réseaux sociaux sont centraux, ces comportements peuvent ruiner une réputation en quelques heures et déclencher un harcèlement de masse. Les jeunes ont parfois du mal à distinguer jalousie « normale » et contrôle toxique, surtout lorsqu’un partenaire présente ces actes comme des preuves d’amour. Une éducation claire au consentement numérique et aux limites saines est indispensable.

Stratégies immédiates de protection face à un stalker : protocoles concrets à mettre en place

Face à un comportement de stalking, la priorité est de réduire le risque immédiat et de reprendre du pouvoir d’action. Il ne s’agit pas de s’adapter à la violence, mais de mettre en place une vraie stratégie de sécurité, comme on le ferait face à un incendie ou à un cambriolage. Les mesures numériques, physiques et juridiques se renforcent mutuellement. Un protocole bien pensé vous permet de respirer un peu plus, de documenter les faits et de préparer sereinement un dépôt de plainte ou une demande de protection.

Mesures de cybersécurité : paramétrage avancé des comptes google, apple ID, réseaux sociaux

La sécurité numérique est la première ligne de défense contre le cyberstalking. Commencez par vérifier tous les appareils et comptes susceptibles d’être compromis : Google, Apple ID, messageries, réseaux sociaux, plateformes de cloud. Sur chaque service, consultez la liste des appareils connectés, des sessions ouvertes et des applications tierces autorisées. Fermez tout ce qui vous semble suspect, révoquez les accès partagés. Sur les réseaux sociaux, limitez la visibilité de vos contenus : passez en compte privé, réduisez la liste d’amis, désactivez la géolocalisation en temps réel. Sur les messageries, bloquez les contacts problématiques, désactivez le statut « en ligne » si possible, et supprimez le partage automatique de photos dans la galerie.

Hygiène numérique : changement de mots de passe, double authentification, suppression de métadonnées

Une bonne hygiène numérique réduit les possibilités d’intrusion. Utilisez des mots de passe longs, uniques et complexes pour chaque compte important, idéalement gérés par un gestionnaire de mots de passe. Activez la double authentification (2FA) partout où c’est possible, de préférence via une application dédiée plutôt que par SMS. Sur vos photos, pensez à supprimer les métadonnées de géolocalisation avant de les publier, afin d’éviter de révéler vos lieux de vie ou d’habitude. Si vous soupçonnez un spyware sur votre téléphone, faites-le analyser par un professionnel ou réinitialisez-le en revenant aux paramètres d’usine, puis réinstallez uniquement les applications indispensables.

Protocoles de sécurité physique : trajets variés, lieux refuges, personnes de confiance prévenues

Le stalking physique nécessite des mesures très concrètes. Varier vos trajets et vos horaires limite la possibilité de guet organisé. Identifiez des « lieux refuges » sur vos parcours (commerces, cafés, maisons d’amis, lieux publics sécurisés) où vous pourrez vous réfugier si vous vous sentez suivi. Prévenez quelques personnes de confiance de la situation : voisins, collègues, proches. Partagez-leur une description du stalker, son nom et les comportements observés. Prévoyez un mot-code que vous pourrez utiliser en cas de danger pour qu’ils appellent immédiatement les secours. En cas de menace directe, l’appel aux services d’urgence doit être prioritaire.

Constitution d’un dossier de preuves : captures d’écran, main courante, journal de faits chronologique

Pour que la justice puisse qualifier les faits de harcèlement ou de menaces, la documentation est cruciale. Constituez un dossier comprenant des captures d’écran de messages, posts, mails, commentaires, avec dates et heures visibles. Conservez les enveloppes, lettres ou cadeaux non sollicités. Tenez un journal chronologique des faits : jours, heures, lieux, témoins éventuels, description précise de ce qui s’est passé et de votre ressenti. Une déclaration de type « main courante » peut être déposée pour laisser une trace, même avant la plainte. Ce matériel factuel sera extrêmement utile pour les enquêteurs, le parquet et votre avocat.

Plan de rupture sécurisée avec un ex-partenaire stalker (méthode no contact, téléphone dédié)

Lorsque l’auteur est un ex-partenaire, la rupture est souvent le moment le plus dangereux. Un plan de rupture sécurisée implique de préparer le terrain avant d’annoncer votre décision ou de partir : sécuriser vos papiers, votre argent, vos clés, prévenir un proche, identifier un hébergement possible. La méthode No Contact consiste à couper totalement toute communication non indispensable : blocage sur tous les canaux, absence de réponse, absence de justification. Pour gérer d’éventuels échanges obligatoires (enfants, sujet administratif), l’usage d’un téléphone dédié, d’une adresse mail spécifique ou d’une plateforme de co-parentalité encadrée par la justice limite les intrusions dans votre quotidien.

Recours juridiques contre le stalking en france : plaintes, infractions et dispositifs de protection

En France, le terme stalking n’apparaît pas tel quel dans le Code pénal, mais de nombreuses infractions permettent de réprimer ce comportement : harcèlement moral, menaces, appels malveillants, violences conjugales, violation de domicile, atteintes à la vie privée. Les réformes récentes ont renforcé la protection des victimes, notamment dans les contextes de violences intrafamiliales et de cyberharcèlement. Comprendre ces outils juridiques vous aide à mieux préparer votre plainte, à dialoguer avec la police ou la gendarmerie et à suivre les étapes de la procédure.

Qualification pénale : harcèlement moral, harcèlement par ex-conjoint, menaces de mort, violation de domicile

Le comportement de stalking est souvent qualifié de harcèlement moral lorsqu’il se manifeste par des actes répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime. Lorsque l’auteur est un ex-conjoint, un concubin ou un partenaire, la loi prévoit des circonstances aggravantes avec des peines plus lourdes. Les menaces de mort, même conditionnelles, constituent une infraction autonome. Les intrusions répétées chez vous peuvent être poursuivies pour violation de domicile, même sans effraction. Chaque élément (appels, SMS, visites, messages sur les réseaux) peut venir renforcer le dossier global et démontrer la systématicité du harcèlement.

Porter plainte efficacement : dépôt en gendarmerie, commissariat, plainte en ligne, plainte contre X

Pour porter plainte, vous pouvez vous rendre dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, quelle que soit votre commune de résidence. Il est possible de préparer une pré-plainte en ligne pour gagner du temps, avant de finaliser sur place. Apporter votre dossier de preuves (captures d’écran imprimées ou sur clé USB, journal des faits, certificats médicaux) facilite le travail des enquêteurs. Si vous ne connaissez pas l’identité exacte du stalker (cas de cyberstalking anonyme), une plainte contre X permet d’ouvrir des investigations techniques (adresses IP, identifications de comptes). Un accompagnement par une association d’aide aux victimes ou un avocat spécialisé peut vous soutenir pendant cette étape souvent éprouvante.

Ordonnances de protection, ITT, numéro parquet : comment fonctionne la réponse judiciaire

Dans les situations de grande dangerosité, l’ordonnance de protection peut être demandée en urgence au juge aux affaires familiales. Elle permet, sous certaines conditions, d’interdire tout contact, d’éloigner l’auteur, d’attribuer le logement ou de statuer provisoirement sur les enfants. Le certificat médical mentionnant une ITT (incapacité totale de travail) contribue à objectiver l’atteinte psychique ou physique et à renforcer le dossier. Le parquet (procureur de la République) décide des suites pénales : classement, convocation, contrôle judiciaire, comparution immédiate. Disposer du numéro parquet de votre dossier permet de suivre l’avancée de la procédure avec l’aide d’un avocat ou d’une association.

Rôle du procureur, du juge aux affaires familiales et du juge pénal dans les dossiers de stalking

Le procureur coordonne l’enquête pénale, donne des instructions à la police ou à la gendarmerie et choisit la réponse judiciaire (mise en examen, convocation, alternatives aux poursuites). Le juge aux affaires familiales intervient pour les mesures civiles d’urgence liées à la famille : ordonnances de protection, modalités de garde, autorisations d’éloignement. Le juge pénal (tribunal correctionnel ou cour d’assises selon les faits) statue sur la culpabilité et la peine. Dans les dossiers de stalking conjugal, ces niveaux se chevauchent souvent : une même situation donne lieu à des audiences civiles et pénales, ce qui peut être déroutant si vous n’êtes pas accompagné juridiquement.

Aides juridiques et accompagnement : CIDFF, france victimes, avocats spécialisés violences intrafamiliales

De nombreux dispositifs existent pour ne pas affronter seul la machine judiciaire. Les CIDFF (Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles) proposent des permanences gratuites avec des juristes et des avocates sensibilisées aux violences conjugales et au stalking. Le réseau France Victimes offre écoute, soutien et orientation, ainsi qu’un accompagnement aux démarches. L’aide juridictionnelle partielle ou totale permet de financer un avocat spécialisé en violences intrafamiliales lorsque vos ressources sont limitées. Un tel professionnel peut vous aider à qualifier les faits, rédiger la plainte, demander des mesures de protection et vous représenter lors des audiences.

Accompagnement psychologique et reconstruction après un comportement de stalking

Sortir du stalking ne se limite pas à faire cesser les faits. Après des mois ou des années d’emprise et de peur, le corps et le psychisme restent marqués. La reconstruction psychologique est une étape à part entière, aussi importante que la protection et la réponse judiciaire. Elle vise à apaiser le système nerveux traumatisé, à redonner du sens à ce qui a été vécu et à rétablir des limites relationnelles saines. De plus en plus de structures spécialisées en psychotrauma intègrent désormais le stalking et le cyberharcèlement parmi les violences à prendre au sérieux.

Prise en charge spécialisée en psychotraumatisme : EMDR, thérapie cognitive et comportementale (TCC)

Une prise en charge spécialisée en psychotraumatisme est particulièrement adaptée aux victimes de harcèlement obsessionnel. Les thérapies de type EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) permettent de retraiter les souvenirs traumatiques bloqués, un peu comme si l’on « défragmentait » un disque dur saturé d’alertes. Les TCC (thérapies cognitives et comportementales) aident à repérer et modifier les pensées anxieuses, culpabilisantes ou catastrophistes, et à reconstruire progressivement un sentiment de sécurité. Certaines consultations hospitalières pour victimes de violences proposent des parcours coordonnés : psychiatre, psychologue, assistante sociale, parfois en lien avec des associations de terrain.

Groupes de parole et associations de soutien : CIDFF, en avant toute(s), stop harcèlement

Les groupes de parole offrent un espace où raconter son histoire sans être jugé, entouré de personnes qui ont connu des formes similaires de harcèlement ou de violence. Entendre d’autres témoignages montre que les mécanismes de stalking et d’emprise se répètent, ce qui aide à sortir de la culpabilité individuelle. Certaines associations, comme les CIDFF, En Avant Toute(s) pour les jeunes femmes, ou des collectifs de type Stop Harcèlement, organisent des ateliers et des permanences dédiés au cyberharcèlement, au revenge porn et aux violences intrafamiliales. Participer à ce type de dispositif est souvent un puissant levier de reconstruction et de réaffirmation de soi.

Reconstruction de la confiance et des limites relationnelles : psychoéducation et travail sur l’attachement

Le stalking fragilise la capacité à faire confiance, mais aussi la capacité à poser des limites. La psychoéducation permet de comprendre les mécanismes d’emprise, de dépendance affective, de jalousie pathologique et de perversion narcissique. Ce savoir redonne une forme de maîtrise intellectuelle : ce qui paraissait incompréhensible prend sens. Un travail sur l’attachement, parfois en thérapie individuelle ou de groupe, permet de revisiter ses propres schémas relationnels : tendance à sauver l’autre, peur de l’abandon, difficulté à dire non. Peu à peu, vous pouvez repérer plus tôt les signaux d’une relation malsaine et construire des relations où le respect, le consentement et la réciprocité priment sur la fusion et le contrôle.

Réhabilitation de l’espace numérique : réappropriation des réseaux sociaux avec un cadre sécurisé

Après une période de stalking intense, l’envie de supprimer tous les réseaux sociaux est fréquente. Une pause peut être salutaire, mais, à long terme, l’objectif est souvent de retrouver un usage apaisé et sécurisé du numérique. Cette « réhabilitation » passe par la création de nouveaux comptes mieux paramétrés, l’ajout progressif de contacts de confiance, la définition de règles personnelles (temps limité, aucun inconnu, aucun partage de localisation). Se former aux bonnes pratiques de cybersécurité, apprendre à reconnaître les faux profils, les tentatives de phishing ou d’ingénierie sociale, permet de renforcer le sentiment de maîtrise. L’espace numérique redevient alors un outil au service de votre vie, et non un canal d’angoisse permanent.

Prévention et sensibilisation : éduquer au consentement et aux limites à l’ère numérique

Prévenir le stalking implique de changer les représentations autour de l’amour, de la jalousie et du contrôle, en particulier chez les plus jeunes. Dans beaucoup de séries, de chansons ou de films, la persistance d’un prétendant est glorifiée comme une preuve de passion, alors que, dans la réalité, ce type de comportement peut basculer en harcèlement obsessionnel. Éduquer au consentement, c’est rappeler que « non » signifie non, que l’absence de réponse n’est pas une invitation à insister, que le droit de rompre, de bloquer ou de partir est inconditionnel. Dans les établissements scolaires et universitaires, des ateliers de jeux de rôle, des campagnes d’affichage, des interventions de professionnels du psychotrauma et du droit peuvent aider à reconnaître tôt les signaux d’une relation toxique.

À l’ère numérique, la prévention du cyberstalking nécessite aussi d’enseigner les bases de la vie privée en ligne : paramétrage des comptes, gestion des photos intimes, conscience de la traçabilité des données. Les adultes ont un rôle clé pour prendre au sérieux la parole des jeunes, sans minimiser sous prétexte que « c’est sur Internet ». À la maison comme au travail, instaurer une culture où les comportements de surveillance, d’insistance ou d’intrusion sont clairement nommés et recadrés permet de limiter le terreau sur lequel se développe le harcèlement obsessionnel. Agir tôt, même face à des signaux qui semblent mineurs, reste l’un des moyens les plus efficaces pour éviter qu’un simple malaise ne se transforme en véritable mise en danger.