
Une convocation CPAM pour algodystrophie peut faire monter l’angoisse d’un cran : peur de perdre les indemnités journalières, crainte de ne pas être cru, impression de devoir « justifier » des douleurs pourtant bien réelles. Pourtant, cette étape s’inscrit dans un cadre médical et juridique très précis. Comprendre ce que la Caisse primaire attend, comment le médecin-conseil raisonne, et sur quels critères se joue la durée de l’arrêt de travail ou la reconnaissance en ALD permet de reprendre un peu de contrôle sur la situation. L’algodystrophie – ou syndrome douloureux régional complexe – reste mal connue, mais elle fait désormais l’objet de recommandations officielles et d’une vraie vigilance de la Sécurité sociale lorsqu’elle entraîne des arrêts longs ou une désinsertion professionnelle durable.
Algodystrophie (SDRC) et convocation CPAM : définitions médicales et cadre réglementaire
Algodystrophie / syndrome douloureux régional complexe (SDRC type I) : critères diagnostiques HAS et SFR
L’algodystrophie, appelée dans les textes médicaux syndrome douloureux régional complexe type I (SDRC I), est une complication douloureuse et inflammatoire survenant le plus souvent après un traumatisme (fracture, entorse), une chirurgie (épaule, poignet, cheville, genou, pied) ou parfois spontanément. Les recommandations de la HAS et de la Société Française de Rhumatologie (SFR) décrivent quatre grands piliers diagnostiques : une douleur persistante disproportionnée par rapport à l’événement initial, un œdème ou des modifications de volume, des troubles vasomoteurs (chaleur, rougeur, sueur) et des limitations importantes de la mobilité articulaire. Pour la CPAM, ces éléments cliniques sont plus importants que l’examen d’imagerie isolé.
La scintigraphie osseuse et l’IRM peuvent objectiver des anomalies osseuses ou des œdèmes médullaires, mais une scintigraphie normale n’exclut pas toujours un SDRC, notamment dans les formes dites « froides ». C’est souvent ce décalage entre douleur intense, examens parfois discrets et retentissement fonctionnel majeur qui conduit le médecin-conseil à vous convoquer afin de vérifier la cohérence globale du tableau clinique avec une algodystrophie authentique.
Différence entre algodystrophie, névralgie, fibromyalgie et lombalgies communes dans le dossier CPAM
Face à une plainte douloureuse prolongée, la CPAM doit distinguer plusieurs entités : algodystrophie, névralgie isolée, fibromyalgie diffuse, lombalgies communes avec irradiation, etc. Ces diagnostics n’ont pas le même pronostic, ni les mêmes conséquences en termes d’arrêt de travail ou de reconnaissance en affection de longue durée. L’algodystrophie se caractérise par un territoire bien délimité (main, épaule, genou, cheville) en lien temporel étroit avec un événement déclenchant. La fibromyalgie, au contraire, touche de multiples régions du corps et s’accompagne souvent de fatigue intense et de troubles du sommeil.
Pour la CPAM, qualifier correctement l’affection est essentiel : une névralgie post-traumatique, une tendinopathie chronique ou une lombalgie commune ne relèvent pas du même barème d’incapacité ni des mêmes durées moyennes d’arrêt de travail qu’un SDRC. C’est l’une des raisons pour lesquelles le médecin-conseil pose tant de questions sur la date d’apparition des douleurs, leur évolution, les facteurs déclenchants et l’historique précis des examens et traitements.
Textes de référence : code de la sécurité sociale, recommandations HAS, guide CPAM affections de longue durée (ALD)
Le contrôle médical de l’algodystrophie par la CPAM s’appuie sur plusieurs sources officielles. Le Code de la Sécurité sociale définit le rôle du service du contrôle médical et encadre les conditions d’attribution des indemnités journalières, de l’invalidité et de l’incapacité permanente. Les recommandations de la HAS sur le syndrome douloureux régional complexe apportent une base scientifique sur la définition, le diagnostic et la prise en charge, que les médecins-conseils sont censés connaître et appliquer.
Le guide CPAM sur les Affections de Longue Durée (ALD) mentionne l’algodystrophie dans la catégorie ALD 31 – « affections hors liste » – lorsque l’évolution est particulièrement prolongée et invalidante, avec des soins actifs de plus de six mois. Connaître ces textes aide à structurer un dossier solide lorsque vous sollicitez une reconnaissance en longue maladie, une pension d’invalidité ou une révision de votre taux d’incapacité permanente partielle (IPP).
Rôle respectif du médecin traitant, du rhumatologue et du médecin-conseil CPAM
Dans un dossier d’algodystrophie, chacun a une place bien définie. Le médecin traitant coordonne les soins, prescrit les arrêts de travail et demande éventuellement la reconnaissance en ALD ou en invalidité. Le rhumatologue, l’orthopédiste ou le médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR) apportent l’expertise spécialisée : confirmation diagnostique, choix des examens (IRM, scintigraphie), prescriptions de kinésithérapie, d’infiltrations ou d’hospitalisation en centre antidouleur.
Le médecin-conseil de la CPAM ne remplace aucun de ces acteurs : il ne soigne pas et ne prescrit pas, mais il contrôle la cohérence médicale entre votre situation, l’arrêt de travail et les prestations versées. Son rôle est d’apprécier si la durée de l’arrêt, la demande d’ALD ou d’invalidité sont justifiées au regard des données scientifiques et de votre dossier. En cas de désaccord, ce sont ses décisions qui ouvrent ensuite la voie aux recours amiables ou contentieux.
Pourquoi la CPAM convoque pour une algodystrophie : logiques de contrôle médical et enjeux indemnitaires
Vérification de la réalité clinique de l’algodystrophie : examen physique, imagerie (IRM, scintigraphie osseuse, radiographie)
Une convocation CPAM pour algodystrophie intervient souvent après plusieurs mois d’arrêt de travail ou de soins intensifs. L’un des objectifs centraux est de vérifier la réalité clinique du SDRC : le médecin-conseil observe le membre atteint, recherche un œdème, une rougeur ou une coloration anormale, teste les amplitudes articulaires, les réflexes et la force musculaire. Cet examen physique comparatif entre le côté atteint et le côté sain pèse lourd dans l’évaluation.
Les examens d’imagerie sont analysés en parallèle : radiographies (déminéralisation osseuse), scintigraphie osseuse triphasique (hyperfixation typique), IRM (œdème osseux, synovite). Cependant, de nombreuses études récentes rappellent que ces examens peuvent se normaliser alors que la douleur et la raideur persistent. Le contrôle médical se fonde donc sur un ensemble d’indices concordants plutôt que sur un seul examen « magique ».
Contrôle des arrêts de travail prolongés et des temps de consolidation après fracture, entorse ou chirurgie (épaule, poignet, cheville)
Les statistiques nationales montrent qu’une algodystrophie après fracture ou chirurgie entraîne en moyenne 10,5 mois d’arrêt de travail, avec des extrêmes allant de 3 à 18 mois selon la localisation et le métier exercé. Pour une atteinte du membre supérieur (épaule, poignet, main), certains travaux évoquent des durées moyennes proches de 12,2 mois, contre environ 9,7 mois pour le membre inférieur. La CPAM compare votre situation à ces durées usuelles : au-delà d’un certain seuil, le service médical cherche à comprendre ce qui justifie la poursuite de l’arrêt.
Après consolidation d’une fracture, d’une entorse grave ou d’une prothèse, l’algodystrophie peut retarder la reprise fonctionnelle. Le médecin-conseil vérifie alors si la rééducation a été correctement suivie, si des essais de reprise en temps partiel thérapeutique ont été proposés, et si des solutions d’adaptation de poste ont été explorées. Lorsque les arrêts successifs dépassent 12 à 18 mois, la question d’un reclassement, d’une inaptitude ou d’une invalidité se pose souvent de manière plus frontale.
Analyse des coûts : indemnités journalières, soins de kinésithérapie, infiltrations, bloc sympathicolytique, hospitalisation en centre de la douleur
L’algodystrophie est une pathologie coûteuse pour l’Assurance maladie : longues séries de séances de kinésithérapie (souvent trois par semaine), consultations spécialisées répétées, examens d’imagerie, traitements antalgiques parfois lourds (opioïdes, antiépileptiques), blocs sympathicolytiques, voire hospitalisation en centre antidouleur. S’y ajoutent les indemnités journalières pour arrêt de travail prolongé, parfois complétées par une prévoyance professionnelle.
Les données économiques disponibles montrent que les coûts cumulés d’un SDRC sévère peuvent dépasser plusieurs dizaines de milliers d’euros en quelques années. La CPAM a donc un double objectif : garantir vos droits à une indemnisation juste tout en s’assurant qu’il n’existe ni excès, ni traitements redondants ou inefficaces. Cette logique de « maîtrise médicalisée des dépenses » explique certains contrôles jugés intrusifs, mais elle doit rester compatible avec le respect des recommandations scientifiques récentes.
Évaluation d’un éventuel passage en affection de longue durée (ALD 31), invalidité ou incapacité permanente (IPP)
Au-delà de six mois de soins actifs et d’un arrêt de travail prolongé, la question d’une reconnaissance en ALD hors liste (ALD 31) peut se poser pour l’algodystrophie. Cette reconnaissance permet une prise en charge à 100 % des soins en rapport avec la maladie, mais ne modifie pas directement le niveau des indemnités journalières. Le médecin-conseil analyse alors la durée prévisible des traitements, la sévérité des séquelles et l’impact sur votre autonomie quotidienne.
Lorsque les séquelles deviennent définitives (raideur majeure, déficit de force, douleurs permanentes), la CPAM peut envisager soit une invalidité (si la capacité de travail est durablement réduite de plus des deux tiers), soit une incapacité permanente (IPP) en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. L’algodystrophie post-traumatique donne alors lieu à la fixation d’un taux d’IPP prenant en compte la gêne fonctionnelle, l’âge, la profession et les besoins d’adaptation à long terme.
Repérage des facteurs de chronicisation et de désadaptation professionnelle liés à l’algodystrophie
Tous les patients atteints de SDRC ne deviennent pas douloureux chroniques de longue durée. Les études cliniques identifient plusieurs facteurs de risque de chronicisation : retard au diagnostic, immobilisation prolongée, absence de rééducation adaptée, surcharge psychologique (anxiété, dépression), conflits avec l’employeur ou l’assureur. Le médecin-conseil est attentif à ces signaux, car ils peuvent expliquer pourquoi une algodystrophie qui aurait dû régresser en 12 à 18 mois reste très invalidante au-delà.
Du point de vue professionnel, l’absence d’adaptation de poste, la répétition des gestes douloureux, un métier très physique ou le refus de proposer un temps partiel thérapeutique favorisent une désinsertion durable. Lors de la convocation CPAM, la discussion porte aussi sur votre poste, vos tâches concrètes et les essais d’aménagement réalisés. L’objectif affiché est de favoriser un maintien dans l’emploi lorsque cela reste possible, plutôt qu’un arrêt prolongé sans perspective.
Déroulé pratique d’une convocation CPAM pour algodystrophie : visite, examens et décisions possibles
Convocation au service du contrôle médical : lettre CPAM, délai de réponse et risques de suspension d’indemnités
La convocation CPAM se matérialise par un courrier (parfois doublé d’un SMS) vous invitant à vous présenter à une date précise au service du contrôle médical. Le délai entre la réception de la lettre et le rendez-vous est généralement de 8 à 15 jours. En cas d’impossibilité majeure (hospitalisation, consultation spécialisée déjà programmée), un report peut être demandé, idéalement par écrit, en joignant un justificatif médical.
L’absence injustifiée au rendez-vous expose à une suspension des indemnités journalières, voire à une interruption du versement jusqu’à régularisation de la situation. Il s’agit d’un pouvoir prévu par le Code de la Sécurité sociale, que la CPAM utilise davantage lorsque les arrêts sont longs ou répétés. De votre côté, informer rapidement la caisse en cas de difficulté logistique (transport, mobilité réduite) permet souvent de trouver une solution compatible avec votre état de santé.
Contenu de l’entretien avec le médecin-conseil : interrogatoire détaillé, localisation (épaule gelée, main, genou, cheville), retentissement fonctionnel
L’entretien débute par un interrogatoire détaillé : date et nature de l’accident ou de la chirurgie, moment d’apparition de la douleur, modalités de début (phase chaude, puis phase froide), intensité et fluctuations, éléments aggravants ou calmants. Le médecin-conseil vous demande de décrire votre journée type : temps passé debout, capacité à marcher, à lever le bras, à utiliser la main, difficultés pour les gestes du quotidien (se laver, s’habiller, conduire).
Selon la localisation – épaule gelée, main, genou, cheville, pied – certaines questions ciblent plus précisément le retentissement fonctionnel : distance de marche possible, port de charges, gestes répétitifs, station debout prolongée. L’objectif est de comprendre non seulement la douleur, mais aussi ce que vous pouvez encore faire ou non dans la vie quotidienne et au travail. Cette dimension fonctionnelle pèse lourd dans les décisions CPAM sur la durée d’arrêt ou la reprise en temps partiel thérapeutique.
Pièces médicales à présenter : comptes rendus de rhumatologie, orthopédie, médecine physique (MPR), examens d’imagerie
Pour optimiser cette convocation, il est crucial d’apporter un dossier médical complet et récent. Les documents les plus utiles pour l’algodystrophie incluent : comptes rendus opératoires (s’il y a eu chirurgie), consultations de rhumatologie, d’orthopédie ou de MPR, certificats du centre antidouleur, compte rendu de scintigraphie osseuse, d’IRM ou de radiographies. Les comptes rendus de kinésithérapie mentionnant les amplitudes articulaires mesurées et l’évolution au fil des séances constituent également des éléments objectifs précieux.
Lorsque plusieurs médecins corroborent le diagnostic de SDRC type I et décrivent des séquelles fonctionnelles persistantes, la crédibilité du dossier augmente nettement aux yeux du médecin-conseil. À l’inverse, un dossier lacunaire, sans imagerie ni avis spécialisé, laisse davantage de place au doute, ce qui peut conduire à des décisions de réduction d’arrêt ou de refus d’ALD plus fréquentes.
Décisions possibles : poursuite ou réduction de l’arrêt de travail, reconnaissance ou refus d’ALD, orientation vers expertise médicale externe
À l’issue de la convocation CPAM pour algodystrophie, plusieurs scénarios sont possibles. Le plus courant est la validation de la poursuite de l’arrêt de travail pour une durée déterminée, avec parfois une incitation forte à envisager un temps partiel thérapeutique ou une reprise avec aménagement. Dans d’autres cas, le médecin-conseil considère que l’arrêt n’est plus médicalement justifié et fixe une date de fin, au-delà de laquelle les indemnités journalières cesseront d’être versées.
Pour les dossiers les plus lourds et les plus prolongés, une proposition d’ALD hors liste ou d’étude en vue d’une invalidité peut être formulée. Il arrive aussi que la CPAM saisisse un expert externe pour une expertise médicale contradictoire, en particulier lorsque les avis entre médecins sont divergents ou que le lien avec un accident du travail ou une maladie professionnelle est discuté. Ces expertises jouent un rôle important pour fixer un taux d’IPP ou trancher un litige persistant.
Notification écrite de la CPAM, voies de recours amiable (CRA) et contentieux devant le pôle social du tribunal judiciaire
Les décisions du service du contrôle médical sont toujours suivies d’une notification écrite, adressée par courrier simple ou recommandé. Ce document mentionne la décision (poursuite ou interruption des indemnités, refus d’ALD, taux d’IPP, etc.), la date d’effet et les voies de recours possibles. La première étape est le recours amiable devant la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CPAM, à exercer dans un délai de deux mois, par lettre motivée et si possible accompagnée de nouveaux éléments médicaux.
En cas de confirmation défavorable par la CRA, un recours contentieux reste possible devant le pôle social du tribunal judiciaire. Dans les dossiers complexes d’algodystrophie, l’accompagnement par un avocat spécialisé en droit de la Sécurité sociale ou en réparation du dommage corporel, ainsi que par un médecin conseil de victimes, augmente sensiblement les chances de faire reconnaître la gravité réelle des séquelles et d’obtenir un taux d’incapacité plus conforme à la réalité.
Critères CPAM pour apprécier la gravité de l’algodystrophie et la durée de l’arrêt de travail
Pour évaluer la gravité d’une algodystrophie et la durée justifiable d’un arrêt de travail, la CPAM s’appuie sur plusieurs critères combinés. Le premier est l’intensité de la douleur, généralement appréciée sur une échelle de 0 à 10, mais aussi par son caractère permanent ou paroxystique, et par la nécessité de recourir à des antalgiques de palier 2 ou 3. Le second est l’importance de la raideur articulaire mesurée (perte de degrés de flexion, extension, rotation) et la présence d’une amyotrophie musculaire visible. Plus les amplitudes sont réduites et plus le déficit musculaire est marqué, plus le SDRC est considéré comme sévère.
Le troisième critère clé concerne le retentissement fonctionnel et professionnel : incapacité à marcher au-delà de quelques dizaines de mètres, impossibilité de tenir un volant, de porter des charges, de réaliser des gestes fins ou répétés, de travailler bras au-dessus de l’horizontale. Les métiers manuels, de manutention ou exigeant une station debout prolongée justifient des durées d’arrêt plus longues que les emplois de bureau sédentaires. Enfin, l’évolution temporelle joue un rôle central : une amélioration progressive, même lente, plaide pour une poursuite temporaire de l’arrêt, alors qu’une stagnation complète au-delà de 18 à 24 mois conduit souvent à envisager des solutions plus structurelles (reclassement, inaptitude, invalidité).
| Critère | Atteinte légère | Atteinte modérée à sévère |
|---|---|---|
| Douleur (0-10) | < 4, intermittente | ≥ 6, quasi permanente malgré traitement |
| Raideur / amplitude | Perte < 20 % | Perte > 40 % + blocages |
| Autonomie | Gêne pour les efforts intenses | Aide pour gestes courants, marche limitée |
| Impact professionnel | Adaptation simple du poste possible | Poste incompatible, risque d’inaptitude |
Plus votre situation se rapproche de la colonne « atteinte modérée à sévère », plus un arrêt de travail prolongé, une reconnaissance en ALD ou une étude pour invalidité deviennent cohérents aux yeux du médecin-conseil. À l’inverse, une stabilisation à un niveau de gêne modérée, avec un poste aménageable, incite la CPAM à favoriser un retour progressif en emploi, en particulier via un temps partiel thérapeutique.
Algodystrophie et reconnaissance en ALD, invalidité et incapacité permanente : stratégies de dossier
La reconnaissance en affection de longue durée, en invalidité ou en incapacité permanente n’est jamais automatique avec un diagnostic d’algodystrophie. L’enjeu consiste donc à bâtir un dossier cohérent et argumenté, centré sur trois axes : durée des soins, sévérité des séquelles, impact sur la capacité de travail. Pour l’ALD 31, le médecin traitant doit remplir un protocole de soins détaillant les traitements nécessaires sur plus de six mois (kiné, consultations spécialisées, centre antidouleur, médicaments coûteux) et justifiant l’exonération du ticket modérateur. Un courrier explicatif appuyé sur les critères de la HAS renforce le dossier.
Pour une pension d’invalidité, le critère clé est la réduction durable d’au moins deux tiers de la capacité de gain. Une algodystrophie sévère d’un membre dominant, chez un travailleur manuel, peut clairement remplir cette condition lorsque la reconversion s’avère impossible malgré les démarches. De même, en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, l’algodystrophie séquellaire doit être intégrée dans l’évaluation du taux d’IPP. Il est alors pertinent de solliciter un médecin expert de recours afin de préparer l’examen, de chiffrer précisément les pertes d’amplitude, les limitations et les douleurs, et de discuter, si nécessaire, l’application du barème indicatif d’invalidité.
Dans les dossiers complexes d’algodystrophie, la qualité du dossier écrit et la cohérence des certificats médicaux pèsent souvent plus lourd que la seule intensité subjective de la douleur.
Une stratégie efficace consiste enfin à documenter les échecs répétés de tentatives de reprise ou de mi-temps thérapeutique : reprise avortée au bout de quelques jours, aggravation nette de la symptomatologie, arrêts à répétition malgré les aménagements proposés. Ces éléments montrent que le problème ne relève plus seulement d’un « temps de guérison » mais d’un véritable handicap fonctionnel nécessitant une compensation plus durable.
Préparer efficacement une convocation CPAM pour algodystrophie : documents, arguments médicaux et erreurs à éviter
Se rendre à une convocation CPAM pour algodystrophie sans préparation, c’est un peu comme se présenter à un examen sans avoir relu le cours : le fond ne change pas, mais la manière de le présenter peut faire toute la différence. La première étape consiste à rassembler méthodiquement tous les documents utiles : comptes rendus opératoires, dernières consultations de rhumatologie ou d’orthopédie, compte rendu de scintigraphie ou d’IRM, bilans de kinésithérapie récents, protocole de soins ALD s’il existe. Un tableau chronologique simple – date de l’accident, début des douleurs, examens, hospitalisations, tentatives de reprise – aide aussi à clarifier le parcours pour vous et pour le médecin-conseil.
Sur le plan médical, évitez deux écueils fréquents : minimiser vos difficultés par pudeur ou, à l’inverse, dramatiser chaque symptôme sans apporter de faits concrets. Décrire précisément ce que vous arrivez encore à faire, ce que vous ne pouvez plus du tout réaliser, et ce qui vous demande un effort ou provoque une majoration des douleurs donne au médecin-conseil des repères objectifs. Par exemple, préciser que vous ne pouvez plus rester debout plus de dix minutes, porter plus de deux kilos dans la main atteinte, monter un étage sans pause, ou que la conduite devient impossible au-delà de quinze minutes constitue un langage commun compréhensible par tous.
Une description fonctionnelle précise et chiffrée de vos limitations vaut souvent mieux qu’une simple affirmation « j’ai très mal en permanence ».
Autre point souvent sous-estimé : l’importance de mentionner un éventuel suivi psychologique ou psychiatrique. L’algodystrophie est reconnue comme une pathologie à fort retentissement anxio-dépressif, et la prise en charge de cette dimension améliore globalement le pronostic. Expliquer que vous êtes accompagné par un psychologue, que vous suivez une thérapie cognitive et comportementale ou que vous bénéficiez d’un traitement antidépresseur montre une démarche active pour faire face, et non un simple « laisser-aller ». Contrairement à une idée reçue, cela ne discrédite pas la réalité de vos douleurs, au contraire.
Enfin, certaines erreurs exposent à des malentendus sérieux : multiplier les certificats contradictoires, changer souvent de médecin sans raison claire, refuser systématiquement la rééducation ou les propositions de temps partiel thérapeutique sans argument médical solide. La CPAM peut alors interpréter ces attitudes comme un manque de coopération ou une désinsertion plus sociale que médicale. Articuler vos craintes (par exemple, peur de perdre votre poste, de réveiller les douleurs) avec des données médicales permet d’ouvrir un dialogue plus constructif avec le médecin-conseil.
En vous appuyant sur un dossier bien structuré, un discours clair sur votre syndrome douloureux régional complexe et un suivi médical cohérent, la convocation CPAM devient moins une épreuve subie qu’un passage obligé pour faire reconnaître, au mieux, la réalité de votre algodystrophie, la durée nécessaire de votre arrêt de travail et les adaptations dont vous avez besoin à plus long terme.