Si vous avez grandi en France, il est probable que le mot COTOREP ait déjà été entendu dans une cour d’école, un vestiaire ou sur un live Twitch. Longtemps sigle administratif parfaitement neutre, il est devenu, au fil du temps, une insulte visant les personnes en situation de handicap. Ce glissement n’est pas anodin : il révèle à quel point le validisme imprègne encore le langage courant et les représentations sociales. Comprendre pourquoi « COTOREP » est aujourd’hui ressenti comme violent, c’est aussi se donner des clés pour changer ses mots, ses réflexes et mieux protéger celles et ceux qui subissent ces attaques au quotidien.

Origine administrative du sigle COTOREP et évolution vers les MDPH

Création des COTOREP par la loi du 30 juin 1975 et cadre juridique initial

À l’origine, COTOREP signifie simplement « Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel ». Ces commissions sont créées par la loi du 30 juin 1975, grande loi fondatrice sur le handicap en France. Leur objectif officiel est d’évaluer les conséquences d’un handicap sur la capacité de travailler, d’orienter vers une formation ou un emploi adapté et d’ouvrir des droits sociaux spécifiques. Sur le plan juridique, la COTOREP s’inscrit dans une logique de protection et de compensation, dans un contexte où la question de l’accessibilité et de l’inclusion n’est encore qu’à ses débuts.

Concrètement, la COTOREP examine des dossiers médicaux et sociaux, rend des avis d’aptitude ou d’inaptitude, attribue des reconnaissances administratives. À cette époque, l’idée dominante est encore d’« adapter la personne » plus que d’adapter la société. Ce déséquilibre initial explique en partie pourquoi, dès les années 1990, le terme COTOREP commence à se détacher de sa signification neutre pour coller à l’image de personnes jugées « inemployables » ou « inadaptées ».

Rôle administratif des COTOREP : orientation professionnelle, RQTH et pensions d’invalidité

Dans les faits, la COTOREP joue un rôle central pour l’accès à l’emploi des personnes reconnues handicapées. Elle décide notamment de l’attribution de la RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), s’occupe des orientations vers les ESAT, les centres de rééducation professionnelle ou encore les formations adaptées. Elle participe aussi, aux côtés d’autres organismes, à l’évaluation permettant d’ouvrir certaines pensions d’invalidité ou allocations spécifiques.

Sur le papier, ce pouvoir administratif doit permettre un meilleur maintien dans l’emploi, une compensation des désavantages et un accès aux droits. Dans la pratique, beaucoup de personnes vivent ces démarches comme longues, intrusives et anxiogènes. Vous l’avez peut-être déjà constaté : obtenir une décision favorable peut prendre des mois, parfois des années, ce qui renforce l’idée d’un « parcours du combattant » pour faire reconnaître un handicap. À partir de là, le mot COTOREP commence à être associé à la lenteur, à la bureaucratie, mais surtout à l’étiquette « handicapé à vie ».

Remplacement des COTOREP par les CDAPH et MDPH : loi du 11 février 2005

La loi du 11 février 2005 marque un tournant majeur. Elle crée les MDPH (Maisons départementales des personnes handicapées) et les CDAPH (Commissions des droits et de l’autonomie des personnes handicapées), qui remplacent officiellement les anciennes COTOREP. L’idée est de regrouper, dans un guichet unique, l’ensemble des droits : AAH, PCH, RQTH, cartes de mobilité inclusion, orientation scolaire et professionnelle, etc.

Cette réforme vise aussi à rompre avec une appellation devenue, selon de nombreux témoignages et analyses, stigmatisante. Un expert de l’insertion professionnelle résume très bien cet enjeu en expliquant que la loi de 2005 a permis de supprimer une appellation devenue un « nom commun discriminant, voire insultant », ce qui illustre la prise de conscience déjà présente à cette époque. Même si le sigle COTOREP ne figure plus dans les textes, il reste durablement ancré dans le langage courant, comme si le vocabulaire avait pris du retard sur le droit.

Confusion entre sigle institutionnel COTOREP et usage familier dévalorisant

Comment passe-t-on d’un acronyme administratif à une injure du quotidien ? La confusion commence lorsque « être COTOREP » devient une façon familière de dire « être reconnu handicapé ». Le sigle glisse du dossier administratif à la personne elle-même. Au lieu de dire « une personne avec une RQTH » ou « une personne en situation de handicap », certains parlent « d’un COTOREP », comme si l’individu se réduisait à un formulaire.

Dans le langage familier, l’expression « il est COTOREP » prend rapidement un sens moqueur : elle sous-entend que la personne serait lente, bête, « cassée », inapte. Ce basculement est typique de la manière dont certaines institutions finissent par désigner, non plus une procédure, mais un groupe social, souvent minorisé. Pour vous, cette confusion peut sembler anodine, mais pour une personne concernée par un dossier MDPH, elle peut être extrêmement violente, surtout lorsqu’elle est répétée au travail, à l’école ou en ligne.

Glissement sémantique : comment “COTOREP” est devenu une insulte validiste dans le langage courant

Mécanismes de stigmatisation linguistique : de la désignation neutre au terme péjoratif

Sur le plan linguistique, le destin du mot COTOREP ressemble à celui d’autres termes techniques passés dans l’argot. À force d’être associé à des situations de grande vulnérabilité, le sigle se charge d’une connotation négative. Un peu comme lorsqu’un mot médical devient un sobriquet, le passage à l’insulte se fait par glissements successifs, par blagues, par surnoms « entre potes » qui, peu à peu, quittent le cercle privé.

La stigmatisation linguistique fonctionne comme un miroir grossissant du mépris social. Si vous traitez quelqu’un de « COTOREP », vous lui collez l’étiquette de « raté » ou de « cassos », en sous-entendant qu’il relèverait d’une administration des « cas lourds ». Le terme cesse d’être descriptif pour devenir performatif : il ne décrit pas un dossier, il rabaisse une personne. C’est ce mécanisme qui fait que de nombreuses associations de personnes handicapées qualifient aujourd’hui cet usage de profondément validiste.

Analyse sociolinguistique du mot “COTOREP” dans l’argot scolaire, professionnel et sur internet

Dans l’argot scolaire, dire à un camarade “t’es COTOREP” revient souvent à le traiter de « débile » ou d’« attardé ». Des enquêtes menées dans des collèges et lycées montrent que les injures liées au handicap sont parmi les plus fréquentes, parfois plus que les insultes racistes ou sexistes. Vous avez peut-être déjà entendu, dans un open space ou un atelier, des phrases comme « ce service, c’est la COTOREP » pour désigner une équipe jugée peu performante ou désorganisée.

Sur les réseaux sociaux, l’usage est encore plus brutal. Des analyses de contenus sur X/Twitter ou TikTok entre 2020 et 2022 mettent en lumière une hausse de plus de 20 % des propos injurieux visant explicitement les personnes handicapées. Des affaires récentes, comme le harcèlement en ligne ayant précédé la mort de Jean Pormanove, montrent que le mot « cotorep » est utilisé pour déshumaniser, moquer, réduire la personne à un statut de « sous-humain ». Là encore, le terme administratif n’est plus qu’un prétexte pour attaquer l’intégrité des personnes.

Validisme, capacitisme et hiérarchisation des corps : quand le handicap devient un synonyme de “moindre valeur”

Le validisme, parfois appelé capacitisme, désigne un système d’oppression qui valorise les corps et les esprits considérés comme « valides » et dévalorise les autres. Le mot « COTOREP » insultant illustre parfaitement ce système : il transforme la reconnaissance administrative d’un handicap en marqueur de « moindre valeur ». Comme si le fait d’avoir un dossier MDPH suffisait à prouver une infériorité globale.

Dans un continuum de violences, qui va des micro-agressions au meurtre, ces insultes occupent une place centrale. Elles nourrissent l’idée que certaines vies valent moins que d’autres, idée que des idéologies extrémistes exploitent ouvertement. L’histoire rappelle à quel point ce type de hiérarchisation a pu conduire au pire, notamment lorsque des régimes ont justifié l’élimination de personnes handicapées en les déclarant « indignes de vivre ». En utilisant « COTOREP » comme insulte, vous participez, même involontairement, à ce système de classement des vies humaines.

Parallèles avec d’autres termes devenus insultants : “mongol”, “attardé”, “handicapé mental”, “zinzin”

Le cas de COTOREP n’est pas isolé. De nombreux mots initialement médicaux ou descriptifs ont connu le même destin. Le terme « mongol » dérivait à l’origine d’une fausse théorie raciste associant la trisomie 21 à une prétendue « race mongoloïde » ; il reste aujourd’hui une insulte très violente, pourtant encore banalisée. « Attardé », « handicapé mental », « zinzin » ou « débile » suivent la même logique : chacun est issu d’un vocabulaire pseudo-scientifique qui s’est peu à peu chargé de mépris.

Une observation fréquente dans les ateliers de sensibilisation : beaucoup de personnes disent « c’est juste pour rire » ou « je ne pensais pas à ça ». Mais le sens social d’un mot ne dépend pas de l’intention individuelle, il dépend des rapports de pouvoir. Lorsque vous utilisez « COTOREP » ou « mongol » comme synonyme de nul, vous renforcez la honte ressentie par celles et ceux qui portent réellement une étiquette médicale ou administrative liée au handicap.

Cadre légal : COTOREP, discrimination liée au handicap et infractions pénales en droit français

Qualification pénale des propos injurieux à caractère handiphobe (article 29 de la loi du 29 juillet 1881)

Sur le plan juridique, l’usage insultant de « COTOREP » peut relever de plusieurs qualifications pénales. L’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 définit l’injure comme toute expression outrageante, terme de mépris ou invective ne renfermant l’imputation d’aucun fait. Lorsque cette injure vise une personne ou un groupe à raison de son handicap réel ou supposé, elle devient une injure à caractère discriminatoire, ce qui alourdit les sanctions.

Les peines encourues peuvent aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende lorsque l’injure est publique et qu’elle est fondée sur un critère protégé comme le handicap. Le délai de prescription est généralement de trois ans pour ce type de délits. Si vous pensez qu’un « simple mot » n’a pas de conséquences, il suffit de regarder le nombre croissant de condamnations pour propos handiphobes pour mesurer l’ampleur du phénomène.

Discrimination fondée sur le handicap au sens du code pénal et du code du travail

Au-delà de l’injure, le handicap est un critère protégé en matière de discrimination. Le Code pénal réprime le fait de refuser un droit, un service ou un emploi à une personne en raison de son handicap. Le Code du travail interdit la discrimination à l’embauche, dans le déroulement de carrière ou la rupture du contrat pour le même motif. Traiter un candidat ou un salarié de « COTOREP » peut constituer un élément de preuve d’une discrimination, surtout si cette expression est associée à un refus d’embauche ou à une mise à l’écart.

Des données récentes du Défenseur des droits montrent que près de 20 % des réclamations pour discrimination au travail concernent le handicap. Une partie importante de ces dossiers mentionne des propos dégradants, des surnoms humiliants, des remarques répétées sur le dossier MDPH ou la RQTH. Pour un employeur, laisser circuler des insultes de type « COTOREP » dans les équipes revient à s’exposer à un risque juridique sérieux, en plus d’installer un climat de travail toxique.

Jurisprudence et décisions de la HALDE puis du défenseur des droits sur les propos dégradants envers les personnes handicapées

La HALDE, puis le Défenseur des droits, ont eu à connaître de nombreux cas où des mots liés au handicap étaient utilisés comme insultes. Les décisions convergent : même tenus sur le ton de la plaisanterie, ces propos peuvent constituer un harcèlement discriminatoire. Dans plusieurs affaires, des juges ont estimé que la répétition de remarques du type « tu es bon pour la COTOREP » ou « on dirait un débile » créait un environnement dégradant et humiliant, engageant la responsabilité de l’employeur.

Une constante se dégage de cette jurisprudence : ce qui compte, c’est l’effet sur la personne visée et le contexte global. Si vous êtes manager ou RH et que vous laissez s’installer ce type de blagues, vous contribuez à une situation de harcèlement, même sans y participer directement. L’absence de réaction peut être interprétée comme une tolérance, voire un encouragement implicite à l’égard de comportements handiphobes.

Responsabilité des employeurs et des établissements scolaires face aux propos “COTOREP” et autres insultes handiphobes

En entreprise comme à l’école, la responsabilité des institutions est clairement engagée. Le Code du travail impose à l’employeur une obligation de sécurité et de prévention des risques psychosociaux, ce qui inclut le harcèlement discriminatoire. Un chef d’établissement scolaire doit également prévenir tout harcèlement fondé sur un critère protégé et sanctionner les auteurs. Entendre « COTOREP » comme insulte dans un couloir et ne rien dire n’est donc pas neutre juridiquement.

Une bonne pratique consiste à intégrer explicitement, dans les règlements intérieurs et chartes éthiques, l’interdiction des injures liées au handicap, au même titre que les insultes racistes, sexistes ou LGBTphobes. Vous pouvez, par exemple, prévoir une procédure claire de signalement, une enquête interne systématique et des sanctions graduées. Une telle démarche protège les personnes visées, mais protège aussi juridiquement l’organisation en montrant qu’une politique active de prévention du validisme est en place.

Impact psychologique et social de l’usage insultant de “COTOREP” sur les personnes handicapées

Effets sur l’estime de soi, l’auto‑stigmatisation et le syndrome de l’imposteur chez les bénéficiaires de la RQTH

Sur le plan psychologique, l’usage de « COTOREP » comme insulte peut avoir des effets profonds et durables. De nombreuses enquêtes menées par des MDPH ou des associations montrent que plus de la moitié des personnes ayant une RQTH déclarent s’être déjà senties humiliées ou dévalorisées à cause de propos liés à leur handicap. L’estime de soi s’en trouve atteinte, parfois au point de développer un fort sentiment de honte d’avoir un dossier MDPH.

Chez beaucoup de salarié·es reconnus travailleurs handicapés, un véritable syndrome de l’imposteur se développe : « Est-ce que je mérite vraiment ces aménagements ? Est-ce que je ne suis pas juste un COTOREP comme disent certains ? ». Vous pouvez imaginer les conséquences : peur de demander ses droits, refus d’utiliser ses aménagements, culpabilité de prendre des congés maladie. Ce cercle vicieux fragilise la santé mentale et, paradoxalement, aggrave parfois les symptômes du handicap lui-même.

Conséquences sur l’insertion professionnelle : peur de révéler son dossier MDPH/COTOREP en entreprise

Des études de l’INSEE et du Défenseur des droits montrent que près de 45 % des personnes en situation de handicap déclarent avoir subi une discrimination dans leur parcours professionnel. Dans ce contexte, beaucoup choisissent de cacher leur RQTH à l’embauche ou de ne pas renouveler leur reconnaissance administrative. L’ombre du mot « COTOREP », entendu comme insulte, plane souvent derrière ces choix : qui a envie d’être assimilé, aux yeux de ses collègues, à une caricature de « cassos » ou de « boulet » ?

Pour vous, en tant que recruteur ou manager, cette peur a des conséquences très concrètes : moins de déclarations de handicap, donc moins de possibilités de mettre en place des aménagements pertinents, moins de prévention de l’usure professionnelle. À grande échelle, cela entretient des taux de chômage plus élevés chez les personnes handicapées (souvent deux fois supérieurs à la moyenne nationale) et des sorties prématurées de l’emploi pour raison de santé.

Micro‑agressions quotidiennes, harcèlement scolaire et cyberharcèlement (TikTok, X/Twitter, discord)

Les injures type « COTOREP » ne se limitent pas aux grandes explosions de haine. Elles s’inscrivent aussi dans un ensemble de micro-agressions : remarques sur la lenteur, plaisanteries sur les « cas sociaux », imitation caricaturale de tics ou de difficultés motrices. À l’école, ces micro-agressions peuvent rapidement devenir du harcèlement : surnoms, exclusions des jeux, « blagues » en groupe. Les parents d’enfants avec carte mobilité inclusion rapportent très souvent ce type de situations.

Sur les plateformes comme TikTok, X/Twitter ou Discord, le cyberharcèlement amplifie encore ces violences. Des affaires médiatisées ont montré comment des personnes en situation de handicap peuvent être transformées en « personnages » ridiculisés, affublés de surnoms comme « cotorep », « cassos », « béluga ». L’anonymat et la recherche du buzz décuplent la cruauté. Pour un adolescent ou un jeune adulte déjà fragilisé psychiquement, subir ce type de campagne peut mener à des troubles anxieux sévères, voire à des comportements suicidaires.

Témoignages et enquêtes : APF france handicap, UNAPEI, CLHEE, rapports du défenseur des droits

Les associations de défense des droits des personnes handicapées documentent depuis des années l’impact de ces insultes. APF France handicap, l’UNAPEI ou encore des collectifs comme le CLHEE recueillent des centaines de témoignages de personnes pour qui « COTOREP » est devenu un mot déclencheur, rappelant un passé de moqueries, de ségrégation scolaire ou de violences familiales. Les rapports annuels du Défenseur des droits soulignent également la sous-déclaration massive des injures handiphobes, alors même que les études montrent que 59 à 67 % des personnes handicapées disent avoir déjà été discriminées.

Ces données dessinent un paysage préoccupant : une violence ordinaire, souvent minimisée par l’entourage, qui laisse pourtant des traces profondes. Si vous travaillez dans l’éducation, la santé, le social ou les ressources humaines, prendre au sérieux la portée de ce mot est un enjeu professionnel, mais aussi éthique. Le langage n’est pas une simple façade : il façonne la possibilité, pour chacun, de se sentir digne, légitime et en sécurité.

Militantisme handicap et déconstruction du terme “COTOREP” comme insulte

Approche par les droits humains : convention ONU relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH)

Le mouvement handi, en France comme ailleurs, ne se contente plus de demander de la compassion ; il s’inscrit dans une approche par les droits humains. La Convention relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU, ratifiée par la France, affirme que le handicap résulte d’une interaction entre des limitations individuelles et des barrières environnementales et attitudinales. Les mots utilisés au quotidien font partie de ces barrières.

Dans cette perspective, traiter quelqu’un de « COTOREP » n’est pas juste « malpoli », c’est contraire à l’esprit même de la Convention, qui impose aux États de lutter contre les stéréotypes, les préjugés et les pratiques nocives fondées sur le handicap. Pour vous, cela signifie que le changement de langage ne relève pas d’une simple politesse, mais d’un alignement sur des obligations internationales en matière de droits humains.

Réappropriation de certains termes vs rejet du sigle COTOREP : débats au sein des collectifs handi (Handi-Social, les dévalideuses)

Dans les milieux militants, le rapport aux mots est souvent discuté. Certains collectifs peuvent choisir de se réapproprier des étiquettes dévalorisantes, comme « handicapé·e », pour en faire un marqueur politique assumé. D’autres insistent sur l’expression personne en situation de handicap pour remettre la personne au centre. Concernant « COTOREP », un consensus assez large se dégage cependant : le terme reste massivement rejeté.

Pourquoi ce rejet alors que d’autres mots sont parfois revendiqués ? Parce que « COTOREP » reste fondamentalement un sigle d’institution, porteur d’une histoire de tri, de contrôle, de catégorisation administrative. Sa transformation en insulte l’a associé, dans la mémoire collective, à l’humiliation et au mépris plus qu’à une identité politique. Pour beaucoup de militants, vous l’entendrez clairement exprimé : ce mot appartient au passé et à l’arsenal des agresseurs, pas aux luttes d’émancipation.

Campagnes de sensibilisation contre le validisme : APF france handicap, #StopValidisme, journée internationale des personnes handicapées

Face à cette réalité, les campagnes de sensibilisation se multiplient. Des associations comme APF France handicap ou des collectifs militants ont lancé des hashtags comme #StopValidisme pour dénoncer les insultes et micro-agressions. La Journée internationale des personnes handicapées, le 3 décembre, est régulièrement l’occasion de mettre en lumière la violence des mots et leurs conséquences concrètes sur la santé mentale.

Ces campagnes ne se limitent pas à des slogans. Elles proposent souvent des ressources pédagogiques, des fiches pratiques, des vidéos expliquant pourquoi certains termes sont blessants et par quoi les remplacer. Si vous animez une équipe, une classe ou une communauté en ligne, vous pouvez vous en inspirer pour construire vos propres actions de sensibilisation. L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais de faire évoluer progressivement les réflexes de langage.

Bonne pratique rédactionnelle : référentiel handicap de la CNCDH, chartes éditoriales des médias (france télévisions, radio france)

Les médias ont aussi commencé à revoir leurs pratiques. Des chartes éditoriales internes, par exemple à France Télévisions ou Radio France, recommandent d’éviter les formulations réductrices et de privilégier la mention de la personne avant le handicap. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) insiste également sur l’importance d’un vocabulaire respectueux dans ses avis et recommandations sur le handicap.

Pour vous, cela peut servir de modèle : dans vos supports de communication, vos newsletters internes, vos règlements, il est possible de s’inspirer de ces référentiels. Bannir des termes comme « COTOREP » ou « cas lourd », expliquer pourquoi, proposer des alternatives précises, tout cela contribue à créer un environnement plus inclusif. La rédaction professionnelle ne se contente plus d’être correcte juridiquement ; elle devient un levier actif de prévention du validisme.

Lexique à privilégier aujourd’hui : quelles formulations remplacer “COTOREP” dans le langage professionnel et courant

Utilisation des termes “MDPH”, “CDAPH”, “RQTH”, “AAH” dans les documents administratifs et RH

Dans les contextes administratifs ou RH, le remplacement de « COTOREP » passe d’abord par le recours aux bons sigles actuels. Pour désigner l’organisme compétent, il convient d’utiliser MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) ou CDAPH pour la commission décisionnaire. Pour parler du statut, l’expression adaptée est RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé). Pour les prestations financières, les termes corrects sont AAH (allocation aux adultes handicapés) ou PCH (prestation de compensation du handicap).

Un tableau comparatif peut vous aider à clarifier l’usage :

Ancien terme Terme actuel recommandé Usage approprié
COTOREP MDPH / CDAPH Désigner l’organisme qui instruit les droits
« être COTOREP » « avoir une RQTH » Parler de la reconnaissance de travailleur handicapé
« dossier COTOREP » « dossier MDPH » Désigner la demande de droits et prestations

Dans vos formulaires, vos entretiens ou vos échanges écrits, ces expressions précises sont plus justes, plus respectueuses et juridiquement à jour. Elles évitent surtout de réduire la personne à une étiquette obsolète chargée de connotations négatives.

Expression “personne en situation de handicap” et vocabulaire recommandé par le CNCPH

Au-delà des sigles, la formulation la plus recommandée aujourd’hui par les instances de référence comme le CNCPH est celle de personne en situation de handicap. Cette expression a deux avantages majeurs. D’abord, elle place la personne avant la caractéristique, ce qui rappelle qu’un individu ne se réduit jamais à son handicap. Ensuite, elle insiste sur la dimension contextuelle : c’est la situation (environnement, organisation, préjugés) qui crée le handicap autant que l’état de santé.

Plutôt que de dire « un handicape » ou « un COTOREP », vous pouvez dire, par exemple : « une personne en situation de handicap moteur », « un salarié ayant une RQTH pour un trouble psychique », « un étudiant avec un handicap sensoriel ». Ce changement de vocabulaire peut vous sembler long au début, mais il modifie réellement la manière de penser : le handicap n’est plus un défaut individuel à corriger, mais une réalité humaine que la société doit accueillir et compenser.

Formulations à bannir dans les fiches de poste, entretiens d’embauche et règlements intérieurs

Dans les documents de recrutement et la communication RH, certaines formulations sont à bannir clairement, car elles entretiennent la stigmatisation. Parmi elles :

  • Éviter toute mention de COTOREP dans les fiches de poste ou questionnaires de santé, et parler plutôt de RQTH ou d’« aménagements raisonnables ».
  • Supprimer des formulations comme « profil sain », « bonne condition physique exigée » lorsqu’elles ne sont pas strictement indispensables et juridiquement justifiées.
  • Proscrire les surnoms informels ou les commentaires oraux du type « on n’est pas là pour faire la COTOREP » ou « ce poste n’est pas pour des fragiles ».

Lors des entretiens, quelques réflexes simples peuvent changer beaucoup de choses. Plutôt que de demander « vous avez un dossier COTOREP ? », vous pouvez dire : « Avez-vous besoin d’aménagements particuliers pour exercer ce poste dans de bonnes conditions ? ». Cette question vous permet de respecter la confidentialité du statut tout en ouvrant la porte à un dialogue concret sur les besoins.

Protocoles de sensibilisation et de formation au handicap en entreprise : exemples de SNCF, orange, la poste

De grandes entreprises comme la SNCF, Orange ou La Poste ont développé des politiques handicap structurées, avec des accords d’entreprise, des référents handicap et des programmes de sensibilisation réguliers. Ces dispositifs incluent souvent des modules spécifiques sur le vocabulaire à utiliser, l’impact des blagues et la lutte contre les stéréotypes. Des mises en situation, des témoignages vidéos, des ateliers participatifs y sont couramment proposés.

Si vous souhaitez mettre en place une démarche similaire, une approche en trois étapes est souvent efficace :

  1. Former les managers et les RH aux notions de validisme, de RQTH et de droits des personnes handicapées.
  2. Actualiser les documents internes (règlements, fiches de poste, supports de communication) pour supprimer « COTOREP » et adopter un lexique à jour.
  3. Ouvrir des espaces de parole sûrs pour que les salarié·es concerné·es puissent partager leurs besoins sans crainte d’être étiqueté·es ou moqués.

Ces protocoles montrent qu’un changement de langage ne se décrète pas seulement par une note de service ; il se construit dans la durée, par la formation, la cohérence managériale et l’écoute des personnes directement concernées. À terme, ce travail permet de faire disparaître progressivement « COTOREP » du registre injurieux et de renforcer une culture d’entreprise réellement inclusive.