
L’entretien avec le médecin MDPH suscite souvent appréhension et questions. Entre l’enjeu de la reconnaissance du handicap, les formulaires complexes et la peur de « mal expliquer » sa situation, ce rendez-vous peut sembler décisif. Pourtant, correctement préparé, il devient un moment où vous pouvez faire comprendre concrètement vos difficultés, votre perte d’autonomie et vos besoins de compensation. Comprendre le rôle du médecin, structurer un dossier médical solide, savoir quelles questions sont posées et comment y répondre permet d’aborder ce face-à-face avec plus de sérénité. L’objectif n’est pas de convaincre à tout prix, mais d’objectiver la réalité de votre vie quotidienne pour que les droits accordés soient en phase avec votre situation.
Comprendre le rôle du médecin MDPH dans la procédure de reconnaissance du handicap
Articulation entre le médecin MDPH, l’équipe pluridisciplinaire et la CDAPH
Le médecin MDPH n’agit jamais seul. Il intervient au sein d’une équipe pluridisciplinaire composée, selon les départements, de médecins, psychologues, ergothérapeutes, infirmiers, travailleurs sociaux, enseignants référents, spécialistes de l’insertion professionnelle, etc. Cette équipe analyse votre dossier, éventuellement vous reçoit en entretien, puis propose un plan personnalisé de compensation (PPC). Ce PPC sert de base aux décisions de la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées), seule instance décisionnaire.
Concrètement, le médecin MDPH évalue le retentissement de votre maladie ou de votre handicap sur la vie quotidienne, l’emploi, la scolarité ou la participation sociale. Son rapport médical est ensuite croisé avec les avis des autres professionnels. Vous n’êtes pas « jugé » par une seule personne, mais par un collectif qui s’appuie sur des référentiels communs et sur les documents transmis dans votre dossier.
Cadre légal et réglementaire : loi du 11 février 2005, décret du 6 novembre 2007
La loi du 11 février 2005 pose un principe majeur : le handicap se définit par l’interaction entre une déficience (physique, sensorielle, psychique, cognitive…) et l’environnement. L’entretien médical MDPH vise donc à apprécier cette interaction, et non uniquement le diagnostic. Le décret du 6 novembre 2007 décrit l’organisation des MDPH, le rôle de l’équipe pluridisciplinaire et les modalités d’évaluation à l’aide d’outils comme le GEVA (Guide d’Évaluation des Besoins de Compensation).
Ce cadre légal rappelle que la personne peut être accompagnée par un tiers de son choix lors des évaluations, et qu’elle peut demander communication des documents utilisés (par exemple le GEVA complété, ou les motivations de la CDAPH en cas de refus d’AAH ou de PCH). Cette base juridique donne des leviers importants si vous envisagez ultérieurement un recours gracieux ou contentieux.
Différence entre médecin MDPH, médecin conseil CPAM et médecin du travail
Plusieurs médecins peuvent intervenir dans votre parcours, avec des missions très différentes :
| Médecin | Rôle principal | Enjeux pour vous |
|---|---|---|
| Médecin MDPH | Évaluer le handicap et les besoins de compensation pour l’accès aux droits sociaux | Taux d’incapacité, PCH, carte, orientation, etc. |
| Médecin conseil CPAM | Contrôler les prestations d’Assurance maladie (arrêt de travail, invalidité, ALD) | Indemnités journalières, pension d’invalidité |
| Médecin du travail | Évaluer l’aptitude au poste et proposer des aménagements | Maintien dans l’emploi, reclassement, inaptitude |
Confondre ces rôles conduit souvent à de fausses attentes. Un avis favorable du médecin du travail ne garantit pas une RQTH, et un taux d’incapacité reconnu par la MDPH n’ouvre pas systématiquement droit à une pension d’invalidité CPAM. Le médecin MDPH se concentre sur le droit du handicap, pas sur le droit de la sécurité sociale ni sur le code du travail.
Typologie des décisions impactées : AAH, PCH, RQTH, carte mobilité inclusion
L’évaluation médicale MDPH influence plusieurs décisions majeures pour votre quotidien :
- AAH : taux d’incapacité (≥ 50 % ou ≥ 80 %) et éventuelle
RSDAE(restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi). - PCH : besoin d’aide humaine, technique, aménagement du logement ou du véhicule, sur la base d’une analyse très détaillée de l’autonomie.
- RQTH : reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, essentielle pour l’aménagement du poste ou l’accès à certains dispositifs d’emploi accompagné.
- Carte mobilité inclusion : volets « invalidité », « priorité » et « stationnement » selon le niveau de limitation fonctionnelle.
Chaque décision repose sur des critères spécifiques décrits dans le guide-barème pour l’évaluation des déficiences et incapacités et dans plusieurs fiches techniques nationales. Comprendre ces critères permet d’orienter efficacement le discours pendant l’entretien médical.
Constituer un dossier médical MDPH techniquement solide avant l’entretien
Rédaction et optimisation du certificat médical CERFA n°15695*01 par le médecin traitant
Le certificat médical MDPH est la pièce maîtresse de votre dossier. Sans surprise, une part importante de la décision en découle. Le formulaire CERFA n°15695*01 doit être rempli avec précision par votre médecin traitant ou spécialiste, idéalement à partir d’un échange approfondi avec vous. Plus le certificat est détaillé sur le retentissement fonctionnel (et pas seulement sur les diagnostics), moins le médecin MDPH aura besoin de combler les vides par des hypothèses.
Une bonne pratique consiste à préparer en amont une liste écrite de vos principales difficultés : temps nécessaire pour la toilette, fréquence des chutes, crises d’angoisse, troubles de la concentration, douleurs, fatigabilité, etc. Certaines MDPH mettent à disposition des outils d’auto-évaluation des besoins d’aide humaine ou des guides pour bien remplir le dossier MDPH, proches de ce que l’on trouve sur des sites spécialisés et associatifs. Ces supports aident votre médecin à objectiver votre situation et à utiliser un vocabulaire adapté aux attentes des évaluateurs.
Pièces complémentaires utiles : comptes rendus de spécialistes (neurologie, psychiatrie, rhumatologie…)
Les statistiques de nombreuses MDPH montrent qu’un dossier enrichi de comptes rendus récents est mieux compris et, souvent, traité plus rapidement. Les documents les plus utiles sont :
- comptes rendus d’hospitalisation récents détaillant l’évolution de la maladie ;
- courriers de spécialistes (neurologie, psychiatrie, rhumatologie, ophtalmologie, ORL, etc.) avec diagnostic précis et traitements tentés ;
- bilans paramédicaux (ergothérapie, orthophonie, psychomotricité) qui décrivent concrètement l’autonomie dans les actes essentiels.
Ces pièces ne sont pas obligatoires, mais elles rendent votre dossier plus « lisible ». Un rhumatologue qui décrit la polyarthrite, par exemple, doit idéalement préciser la raideur matinale en minutes, le nombre d’articulations douloureuses, le périmètre de marche et l’impact sur la vie professionnelle. Ce niveau de détail parle directement au médecin MDPH.
Traduire son parcours de soins en limitations fonctionnelles selon la CIF (classification internationale du fonctionnement)
La CIF (Classification Internationale du Fonctionnement, du handicap et de la santé) distingue les déficiences (atteintes des organes ou fonctions) des limitations d’activité et des restrictions de participation. C’est exactement cette logique qui structure l’évaluation MDPH. L’objectif n’est pas seulement de dire « je suis dépressif » ou « je suis paraplégique », mais d’expliquer ce que cela change dans votre quotidien :
Vous pouvez par exemple décrire :
« Je ne peux plus me lever sans aide », « je dois m’allonger chaque après-midi au moins une heure », « je ne peux pas rester debout plus de 5 minutes pour préparer un repas », « une simple sortie en transports en commun déclenche une crise de panique ». Cette manière de présenter les choses correspond à une « traduction en CIF » de votre parcours de soins et maximise la compréhension de votre demande par l’équipe pluridisciplinaire.
Structurer un « projet de vie » cohérent avec les demandes d’aides AAH, PCH, RQTH
Le formulaire MDPH comporte une section « vie quotidienne » (ancien « projet de vie ») souvent négligée ou remplie en quelques lignes. Pourtant, ce texte libre guide fortement l’interprétation du médecin MDPH et de l’équipe pluridisciplinaire. Il s’agit d’expliquer comment vous souhaitez vivre avec votre handicap : maintenir un emploi à temps partiel, rester à domicile, poursuivre des études, élever vos enfants, limiter les hospitalisations, etc.
Un projet de vie cohérent avec vos demandes évite les contradictions. Par exemple, une demande d’AAH au titre de la RSDAE (impossibilité durable d’accéder à l’emploi) combinée avec un projet de reprise d’études à temps plein sans aménagement peut interroger. À l’inverse, expliquer que vous visez un emploi adapté avec horaires réduits, en lien avec une RQTH et un accompagnement par Cap Emploi, met en cohérence les différents volets de votre dossier.
Exemples de dossiers pour pathologies spécifiques : sclérose en plaques, troubles du spectre autistique, dépression sévère
Pour une sclérose en plaques, un dossier solide comportera idéalement : le type de SEP (rémittente, progressive), le score EDSS, le nombre de poussées récentes, le périmètre de marche, les troubles sphinctériens, la fatigabilité et les troubles cognitifs éventuels. L’entretien médical s’appuiera sur ces éléments pour apprécier la PCH aide humaine, les aides techniques ou la carte de stationnement.
Pour un trouble du spectre autistique, l’accent sera mis sur la communication, les interactions sociales, la gestion des imprévus, l’hypersensibilité sensorielle, l’autonomie domestique et la scolarité ou l’emploi. Les bilans psychologiques, orthophoniques, et le GEVAsco pour les enfants scolarisés sont particulièrement précieux.
Pour une dépression sévère ou un trouble anxieux invalidant, l’apport du psychiatre est central : intensité des symptômes, tentatives de traitement (médicaments, psychothérapies), hospitalisations, impact sur les fonctions exécutives (organisation, prise de décision), sur le sommeil et la capacité à maintenir un rythme de vie. Des échelles comme HAD ou MADRS peuvent aider à quantifier la sévérité.
Plus le dossier médical anticipe le langage et les grilles d’évaluation de la MDPH, moins l’entretien médical repose sur des impressions subjectives.
Déroulé concret de l’entretien avec le médecin MDPH : étapes, questions types et critères d’évaluation
Organisation de la convocation : délais, lieu (MDPH départementale, visite à domicile), présence d’un tiers
L’entretien avec le médecin MDPH n’est pas systématique : selon les données de plusieurs départements, 15 à 20 % des demandes donnent lieu à une rencontre. Vous recevez une convocation par courrier ou, de plus en plus souvent, via un téléservice MDPH départemental. Le rendez-vous a généralement lieu dans les locaux de la MDPH, mais une visite à domicile ou un entretien en visioconférence peuvent être proposés si votre état de santé ne permet pas le déplacement.
Vous avez le droit d’être accompagné par une personne de confiance : proche, travailleur social, professionnel de santé. Cette présence peut sécuriser l’échange, compléter vos propos ou vous aider à gérer le stress. Prévoir une marge horaire confortable est utile, les délais d’attente sur place étant parfois importants, en particulier dans les départements fortement sollicités.
Méthodologie d’évaluation fonctionnelle : mobilité, autonomie, cognition, communication, environnement
Le médecin MDPH suit une grille d’entretien inspirée du GEVA et du guide-barème. L’évaluation couvre plusieurs domaines :
- mobilité : marche, transferts, utilisation d’aides techniques, chutes, endurance ;
- autonomie dans les actes essentiels : toilette, habillage, alimentation, élimination, prise des médicaments ;
- cognition et psychisme : mémoire, attention, planification, anxiété, hallucinations, impulsivité ;
- communication : expression orale ou écrite, compréhension, utilisation d’outils numériques ;
- environnement : logement, entourage, aidants, aide professionnelle, transport, isolement social.
Ce n’est pas un interrogatoire, mais plutôt une enquête approfondie sur votre façon de vivre au quotidien. Une bonne préparation permet d’illustrer chaque domaine par des exemples concrets, ce qui est beaucoup plus parlant que des formulations générales.
Exemples de questions fréquentes pour la RQTH, l’AAH et la PCH (aide humaine, aides techniques, aménagement du logement)
Pour une RQTH, les questions portent souvent sur votre activité actuelle ou passée : « Quel poste occupez-vous ? », « Combien d’heures par semaine ? », « Quels gestes ou situations au travail posent le plus de problèmes ? », « Avez-vous déjà bénéficié d’aménagements de poste ? ». L’objectif est d’identifier si un emploi est possible avec des adaptations, ou si l’accès à l’emploi est durablement compromis.
Pour l’AAH, le médecin MDPH explore à la fois le taux d’incapacité et la RSDAE. Attendez‑vous à des questions sur vos tentatives de maintien ou de retour à l’emploi, vos refus d’embauche liés au handicap, ou les échecs répétés malgré un suivi adapté.
Pour la PCH, les questions sont généralement très précises : « Combien de temps mettez-vous pour la toilette ? », « Pouvez-vous entrer et sortir de la baignoire seul ? », « Qui vous aide pour les courses ? », « Que se passerait-il si cette aide n’était plus là ? ». L’objectif est de quantifier le besoin d’aide humaine et d’identifier d’éventuels aménagements du logement ou du véhicule.
Grilles et référentiels utilisés : barème MDPH, GEVAsco, GEVA, échelles de retentissement (HAD, MADRS, EDSS…)
Le guide‑barème pour l’évaluation des déficiences et incapacités reste la base réglementaire pour fixer le taux d’incapacité. Il décrit, pour chaque fonction (motrice, sensorielle, mentale…), les niveaux de limitation et les pourcentages associés. Pour les enfants scolarisés, le GEVAsco complète le GEVA en détaillant les besoins d’aide humaine en milieu scolaire et les adaptations pédagogiques.
Dans certaines pathologies, des échelles standardisées orientent l’appréciation : EDSS pour la sclérose en plaques, HAD ou MADRS pour la dépression ou l’anxiété, échelles de dépendance type AGGIR pour les personnes âgées. Le médecin MDPH peut s’y référer explicitement ou implicitement pour situer votre situation dans une gradation partagée.
La décision MDPH n’est pas « au feeling » : elle s’ancre dans un maillage d’outils, de grilles d’évaluation et de textes réglementaires nationaux.
Différence de conduite d’entretien selon l’âge : enfant, adulte en activité, sénior
Pour un enfant, l’entretien porte largement sur le développement, la scolarité et les interactions sociales. Un enseignant référent ou un psychologue peut être présent. Les parents décrivent la journée type : lever, repas, école, loisirs, coucher. Le médecin s’intéresse autant au comportement qu’aux apprentissages.
Pour un adulte en activité, la question centrale est souvent le maintien dans l’emploi : possibilité de télétravail, temps partiel, adaptation du poste, reconversion. L’entretien explore les difficultés au travail, mais aussi les conséquences sur la vie familiale et la santé mentale.
Pour un sénior, la priorité porte souvent sur le maintien à domicile, la prévention des chutes, la dépendance croissante, l’épuisement des aidants familiaux. La PCH ou d’autres dispositifs de soutien sont discutés, en articulation éventuelle avec l’APA (aide personnalisée d’autonomie) qui dépend du conseil départemental.
Adapter sa préparation à différents troubles : handicap psychique, moteur, sensoriel, cognitif
Préparer un entretien en cas de handicap psychique : troubles bipolaires, schizophrénie, troubles anxieux sévères
Dans le handicap psychique, la difficulté majeure vient souvent de la variabilité des symptômes et de la tendance naturelle à minimiser ses difficultés. Comment expliquer une vie faite de phases où « tout semble aller à peu près bien » et d’autres où sortir de chez soi devient impossible ? Une solution consiste à préparer un court écrit reprenant les épisodes marquants : hospitalisations, arrêts de travail, crises, comportements à risque.
You pouvez demander à votre psychiatre un courrier détaillant non seulement le diagnostic, mais aussi le retentissement fonctionnel : impulsivité, phobies sociales, désorganisation, troubles de l’initiative. Des échelles chiffrées aident à objectiver, mais la description qualitative de la fatigue mentale, de la charge anxieuse ou de l’isolement social reste déterminante pour la MDPH.
Argumenter les limitations pour un handicap moteur : polyarthrite rhumatoïde, lombalgies chroniques, paraplégie
Pour un handicap moteur, l’analogie avec un « périmètre de vie » peut être parlante : jusqu’où pouvez‑vous aller sans aide, combien de temps, avec quelles douleurs, et avec quels risques ? Le médecin MDPH s’intéresse moins à l’image radiologique qu’à ce que vous pouvez réellement faire dans la vie courante. Décrire par exemple : « je dois m’asseoir après 5 minutes de marche », « je ne peux pas porter des charges de plus de 2 kg » ou « je ne peux pas lever les bras au‑dessus de la tête » éclaire les conséquences concrètes de votre pathologie.
Pour la PCH ou la carte mobilité inclusion, cette granularité est essentielle. Un même diagnostic (lombalgies chroniques) peut recouvrir des situations très différentes : certains gardent une activité à temps plein avec un aménagement de poste, d’autres ne peuvent plus se lever seuls de leur lit. Seule une description précise permet de distinguer ces cas.
Présenter les besoins en cas de handicap sensoriel : surdité, malvoyance, cécité, acouphènes invalidants
Dans le handicap sensoriel, la tentation est parfois de se limiter aux résultats des audiogrammes ou des bilans ophtalmologiques. Pourtant, ce qui intéresse avant tout la MDPH, c’est la capacité à communiquer, se repérer, se déplacer, accéder à l’information. Un malentendant peut, par exemple, avoir besoin d’un système de micro HF en réunion, d’un interprète LSF ou de sous‑titres systématiques. Une personne malvoyante peut nécessiter un téléagrandisseur, un lecteur d’écran ou des aménagements de logement (contrastes, éclairage, suppression d’obstacles).
Les acouphènes invalidants ou l’hyperacousie posent un défi particulier : le handicap n’est pas visible, les examens sont parfois peu parlants, mais le retentissement peut être massif (impossibilité de rester dans un environnement bruyant, isolement social, troubles du sommeil). Un témoignage écrit décrivant une journée type, complété par un avis ORL, aide le médecin MDPH à prendre la mesure de la situation.
Spécificités des troubles neurodéveloppementaux : TSA, TDAH, dyslexie, dyspraxie
Les troubles neurodéveloppementaux (TSA, TDAH, troubles « dys ») nécessitent une approche globale. Le handicap ne se résume pas aux difficultés scolaires ou professionnelles, il touche souvent la gestion du temps, l’organisation matérielle, la tolérance au bruit ou aux imprévus, la compréhension des implicites sociaux. Pour un enfant, le GEVAsco décrit précisément le besoin d’AVS/AESH, d’adaptations pédagogiques, d’outils numériques.
Pour un adulte avec TDAH ou TSA, la question de l’emploi est centrale : besoin de tâches structurées, de temps de pause, d’un environnement calme, de consignes claires. Un projet de vie centré sur un travail adapté, soutenu par une RQTH, une formation et un accompagnement spécialisé, a plus de chances d’être compris et pris en compte dans l’évaluation médicale.
Techniques de communication pendant l’entretien : structurer son discours et objectiver le retentissement
Un entretien MDPH réussi repose autant sur le fond médical que sur la façon de raconter votre histoire. Pensez cet échange comme un « résumé clinique » de votre quotidien plutôt qu’un plaidoyer. Une méthode efficace consiste à structurer votre discours autour de trois axes : avant, maintenant, sans aide.
D’abord, décrire brièvement la situation avant l’apparition ou l’aggravation du handicap : emploi, études, vie sociale, loisirs. Ensuite, expliquer comment les choses se passent maintenant : ce que vous avez perdu, ce qui reste possible, au prix de quels efforts. Enfin, imaginer ce qui se passerait sans aide (sans aidant familial, sans adaptation de poste, sans traitement). Cette projection aide le médecin à mesurer les risques réels (chutes, isolement, décompensation psychique) et à justifier les compensations demandées.
Deux autres outils peuvent rendre votre discours plus percutant :
- tenir un « carnet de bord » sur une semaine, notant douleurs, crises, temps passé pour chaque activité ;
- préparer une feuille A4 avec les 5 difficultés majeures et les 5 aides indispensables, afin de ne pas vous disperser pendant l’entretien.
Se poser la question : « Si le médecin ne devait retenir que trois informations sur ma situation, lesquelles seraient‑ce ? » permet d’aller à l’essentiel et de canaliser le stress. Exposer ces trois points dès le début crée un fil conducteur utile pour vous comme pour le professionnel en face.
Parler de ses limites n’est ni se plaindre ni exagérer : c’est donner les éléments nécessaires à une évaluation juste et professionnelle.
Éviter les erreurs fréquentes et gérer un avis défavorable du médecin MDPH
Certaines attitudes, fréquentes par pudeur ou par peur d’être jugé, nuisent à la bonne compréhension de votre situation. Minimiser systématiquement les difficultés (« ça va, je me débrouille »), présenter uniquement les « bons jours », ou au contraire dramatiser sans apporter d’éléments concrets, brouille le message. Une autre erreur classique consiste à se focaliser sur le diagnostic (« j’ai telle maladie rare ») sans expliquer ce qu’il implique dans la vie de tous les jours.
Un avis médical MDPH défavorable ou réservé n’est pas une condamnation définitive. La décision finale revient à la CDAPH, et en cas de refus de l’AAH, de la PCH ou d’une carte, un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) est possible. Ce recours permet de demander les motivations précises de la décision et, le cas échéant, la communication de documents comme le GEVA renseigné ou les grilles utilisées pour apprécier la RSDAE. Un complément médical, une lettre explicative ou de nouveaux bilans peuvent alors être ajoutés.
Sur le plan pratique, trois stratégies renforcent vos chances lors d’un réexamen :
- mettre à jour votre dossier médical avec des comptes rendus récents, des bilans fonctionnels et, si besoin, une évaluation à domicile ;
- reprendre point par point les critères réglementaires (taux d’incapacité, RSDAE, besoins en aide humaine) pour montrer en quoi vous y répondez ;
- vous faire accompagner par un professionnel du secteur médico‑social ou par une association spécialisée, habitués aux argumentaires techniques demandés par la MDPH.
Dans ce type de démarche, le temps joue un rôle clé : de nombreux droits doivent être renouvelés plusieurs mois avant leur échéance pour éviter les ruptures de prestations. Anticiper les dossiers, conserver une copie complète de tout ce qui est envoyé et noter les dates de dépôt sont des réflexes essentiels pour sécuriser votre parcours et aborder chaque futur entretien médical MDPH dans les meilleures conditions possibles.