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Passer d’un planning classique en 7h30 à un planning en 10h en EHPAD bouleverse le quotidien des équipes comme celui des résidents. Derrière un simple changement d’horaires, il s’agit en réalité de repenser l’organisation des soins, la continuité de service, la qualité de vie au travail et l’équilibre vie pro/vie perso. Pour un directeur d’EHPAD, un cadre de santé ou un référent d’équipe, la question n’est pas seulement “comment remplir un tableau ?”, mais “comment garantir des soins sécurisés avec des soignants moins épuisés”. Un planning en 10h bien construit peut devenir un véritable levier pour fluidifier les transmissions, réduire les coupures et rendre le service plus attractif pour le recrutement.

Cadre réglementaire et contraintes organisationnelles d’un planning en 10h en EHPAD

Durée maximale de travail quotidien et repos obligatoires selon le code du travail et la convention collective 51/66

Avant de bâtir un exemple de planning en 10h en EHPAD, la première étape consiste à sécuriser le cadre juridique. Le temps de travail effectif des soignants reste encadré par le Code du travail (ou le décret de la FPH) et par la convention collective applicable (CCN 51, CCN 66 ou statut FPH). De manière générale, la durée quotidienne ne peut pas dépasser 10h, sauf dérogation spécifique, et la durée hebdomadaire ne doit pas excéder 48h sur une semaine isolée et 44h en moyenne sur 12 semaines consécutives. Les agents doivent bénéficier d’au moins 11h de repos quotidien consécutif et de 36h de repos hebdomadaire, avec un maximum de 6 jours travaillés d’affilée.

Dans un cycle en 10h, cela signifie que sur 14 jours, un soignant à temps plein effectue en moyenne 7 postes de 10h, soit 70h. La plupart des établissements choisissent un principe de 3,5 jours par semaine en moyenne, via des cycles type “petite semaine / grande semaine”. Pour rester conforme, il est indispensable de vérifier les amplitudes (début/fin de poste) et d’éviter les retours rapides du type 20h–7h, incompatibles avec le repos minimal. Un point souvent sous-estimé concerne les pauses : dès 6h de travail consécutif, une pause de 20 minutes au minimum est obligatoire, parfois étendue par accord local.

Articulation du planning 10h avec les exigences de la HAS et de l’ARS en EHPAD médicalisé

Un EHPAD médicalisé ne peut pas raisonner le planning uniquement en heures; il doit intégrer les référentiels HAS et les attentes de l’ARS en termes de qualité et de sécurité des soins. Les recommandations insistent sur la continuité du parcours de la personne âgée, la prévention de la iatrogénie médicamenteuse et la traçabilité des actes. Un planning en 10h offre un avantage clair : moins de changements d’équipe, donc des transmissions plus longues et plus qualitatives, ce qui sécurise le parcours des résidents polypathologiques. Pour un service Alzheimer ou une unité protégée, la stabilité des visages sur la journée est aussi un facteur clé pour limiter l’agitation et les troubles du comportement.

Les évaluations externes menées depuis la nouvelle procédure HAS montrent que la désorganisation des temps de soins (toilettes écourtées, retards aux repas, absence d’animations) est souvent liée à des plannings trop segmentés. En étendant la journée à 10h, vous avez la possibilité de mieux répartir les pics d’activité (matin, midi, soir) et de caler les temps de transmissions, de préparation des piluliers et de coordination médicale dedans, plutôt qu’en “hors temps”. Utiliser un planning 10h comme support d’amélioration continue permet d’aligner l’organisation avec les objectifs du projet d’établissement et du projet de soins.

Impact des cycles en 10h sur le taux d’absentéisme, le turn-over et la QVT des soignants

Les premiers retours d’expérience sur le travail en 10h en EHPAD, en SSIAD et en SPASAD convergent : l’impact sur la qualité de vie au travail (QVT) est significatif lorsqu’il est bien pensé. D’après plusieurs études régionales ARS, la mise en place de journées longues avec suppression des coupures a permis de réduire l’absentéisme de 15 à 20 % en deux ans, principalement grâce à une fatigue ressentie comme plus “concentrée” et à l’augmentation du nombre de jours de repos. Dans certains SSIAD passés en 10h, les recrutements d’aides-soignants CDI ont augmenté de plus de 30 % en un an, avec une nette baisse des postes vacants.

Il existe néanmoins un revers de médaille. Au-delà de 9–10h de travail, la vigilance diminue, surtout sur des unités très lourdes (nombreux GIR 1–2, nursing complexe). Sans effectif suffisant, le planning 10h peut devenir un miroir aux alouettes : plus de présence nominale sur la journée, mais une charge mentale et physique qui explose. La clé consiste à maintenir ou renforcer les ETP lors du passage en 10h, et non à “faire tourner le même effectif sur des amplitudes plus longues”. Dans les établissements qui ont couplé 10h et renfort d’équipe, le turnover a chuté de 25 à 30 % en trois ans.

Un planning en 10h n’améliore la QVT que s’il est accompagné d’une réflexion globale sur les effectifs, la charge de travail et les priorités de soins.

Prise en compte des temps de transmission, de douche, de nursing lourd et de manutention des résidents GIR 1-2

Pour construire un exemple de planning en 10h en EHPAD crédible, les temps de soins doivent être estimés de façon réaliste. Un résident GIR 1–2 demande souvent entre 1h et 1h30 de soins quotidiens (toilette, transfert, habillage, installation, changes, surveillance), sans compter les temps d’écoute ou de gestion des troubles du comportement. Sur une unité de 30 résidents avec une majorité de GIR 1–2, une équipe de matin composée de 3 AS et 1 IDE en 10h doit intégrer un volume de nursing très conséquent, en particulier entre 7h et 11h.

Les transmissions orales et écrites occupent en moyenne 30 à 45 minutes par équipe, selon les outils (logiciels Netsoins, TITAN, Easily). Ces temps sont du vrai temps de travail effectif, à comptabiliser dans la journée de 10h. Une erreur fréquente consiste à ajouter 15–20 minutes “bénévoles” en début ou fin de poste pour “faire les transmissions”. Pour respecter la réglementation et limiter le sentiment d’injustice, ces créneaux doivent être intégrés dans la trame officielle, idéalement avec un léger chevauchement entre équipes pour sécuriser la continuité des informations.

Exemple de planning en 10h pour l’équipe du matin (7h-17h) sur une unité alzheimer de 30 résidents

Répartition des actes de soins (toilettes, changes, levers) entre AS et IDE sur le créneau 7h-10h

Sur une unité Alzheimer de 30 résidents, un planning en 10h 7h–17h permet de lisser les soins du matin sans les concentrer sur une fenêtre trop courte. Entre 7h et 10h, la priorité reste les levers, les toilettes et les changes, avec une vigilance accrue sur la prévention des chutes et des fugues. Un schéma courant prévoit 3 AS en poste 7h–17h, accompagnés d’une IDE référente présente de 7h à 17h également ou de 7h30 à 17h30.

Une organisation possible consiste à répartir les résidents en trois secteurs de 10 lits, chaque AS gérant un groupe identifié pour favoriser la connaissance fine des habitudes. L’IDE intervient en soutien pour les levers complexes, la surveillance clinique (état général, hydratation, douleur) et la gestion des troubles du comportement. Cette IDE profite aussi du créneau 7h–9h pour lancer les premiers traitements du matin et repérer les situations d’alerte avant la visite médicale éventuelle.

Organisation des repas, aide à la prise alimentaire et surveillance de la déglutition entre 11h et 14h

Entre 11h et 14h, la gestion du repas est centrale. Dans une unité Alzheimer, les troubles de la déglutition et le risque de fausses routes sont fréquents. Le planning en 10h permet de positionner les 3 AS présents pour l’installation au restaurant ou en salle à manger protégée, l’aide à la prise alimentaire et l’accompagnement des résidents les plus dépendants. L’IDE reste disponible pour les adaptations de textures, la gestion des sondes de nutrition entérale, la surveillance glycémique et la préparation des traitements de midi.

Une bonne pratique consiste à prévoir un temps post-repas (13h30–14h) dédié à l’observation : niveau de vigilance, agitation, état respiratoire, hydratation. Ce moment est aussi propice pour organiser un passage aux toilettes et éviter les épisodes d’incontinence massifs avant la sieste. Avec des journées de 10h, les soignants peuvent mieux articuler ces actions sans courir en permanence contre la montre.

Gestion des traitements médicamenteux (piluliers, patchs, insuline) par l’IDE référente de l’unité protégée

Dans un planning en 10h, l’IDE référente dispose d’une plage plus large pour sécuriser la chaîne du médicament. La préparation des piluliers quotidiens ou hebdomadaires, la pose des patchs (antidouleurs, nicotiniques, etc.), la surveillance des traitements anticoagulants et l’administration de l’insuline pré et post-prandiale nécessitent du temps, de la concentration et une traçabilité rigoureuse dans le dossier de soins. Les études nationales soulignent qu’en EHPAD, près de 50 % des évènements indésirables graves sont liés au médicament, souvent par défaut de coordination ou d’information.

Avec un poste 7h–17h, l’IDE peut organiser des séquences dédiées : par exemple 7h–8h30 pour les traitements du matin, 10h30–11h pour la préparation des cures du midi, 14h–15h pour les réajustements et modifications de prescriptions, 16h–16h45 pour la vérification globale et la mise à jour des ordonnances. Cette structuration réduit le risque d’erreur de dosage et permet de mieux intégrer les visites des médecins traitants.

Intégration des temps d’animations (atelier mémoire, mobilisation douce) avec l’ergothérapeute ou l’animateur

Un planning en 10h pour l’équipe du matin doit aussi intégrer les temps d’animations thérapeutiques. En unité Alzheimer, les ateliers mémoire, les groupes de mobilisation douce ou les stimulations sensorielles sont essentiels pour maintenir les capacités restantes et réduire les troubles du comportement. Entre 10h30 et 12h, un binôme AS–animateur ou AS–ergothérapeute peut accompagner un petit groupe, pendant qu’une autre AS continue les soins individuels.

Grâce à l’amplitude 7h–17h, il est plus simple de positionner un créneau d’atelier sans sacrifier les soins d’hygiène. L’IDE peut également participer ponctuellement pour observer l’impact des activités sur l’humeur, le sommeil ou l’appétit, et adapter ensuite le plan de soins. Les projets d’animations inscrits dans le projet d’établissement gagnent en cohérence lorsqu’ils sont intégrés au planning, et non ajoutés “en plus” sur des journées déjà saturées.

Préparation des transmissions orales et écrites (netsoins, TITAN, easily) avant la relève de 17h

Entre 16h et 17h, l’équipe du matin prépare les transmissions destinées à l’équipe d’après-midi ou de nuit. La rédaction dans le logiciel de soins (Netsoins, TITAN, Easily) doit être réalisée à chaud, en fin de poste, pour éviter les oublis. Le planning en 10h permet de sanctuariser ce temps, souvent autour de 30 minutes, au cours duquel chaque AS signale les évènements marquants : refus de soins, chutes, modifications de comportement, douleurs, incidents alimentaires.

L’IDE complète avec les informations médicales : modifications thérapeutiques, appels aux médecins, résultats d’examens, décisions de la famille. Un court chevauchement avec l’équipe de 10h–20h facilite les échanges directs et la réponse aux questions. De nombreux retours terrain montrent qu’une amélioration de la qualité des transmissions réduit les erreurs de soins et les ré-hospitalisations non programmées d’environ 10 à 15 %.

Exemple de planning en 10h pour l’équipe du soir (10h-20h) en EHPAD de 80 lits

Planification des couchers échelonnés, changes de nuit anticipés et prévention des chutes

Dans un EHPAD de 80 lits, une équipe de soir en 10h (10h–20h) se situe au cœur de deux pics : fin de matinée/déjeuner et couchers du soir. Entre 18h et 20h, la planification des couchers échelonnés est déterminante. Un planning en 10h permet d’anticiper certains changes et couchers dès 17h–17h30 pour les résidents les plus fatigués ou ceux qui ont besoin de plus de temps, sans concentrer tout le flux entre 19h et 20h. Les statistiques internes de nombreux établissements montrent qu’une mauvaise organisation des couchers augmente les chutes de soirée de 20 à 30 %.

Les AS peuvent être répartis par ailes ou secteurs (ex. 3 AS pour 80 résidents, chacun gérant un couloir de 20 à 30 lits avec soutien mutuel pour les transferts lourds). L’anticipation des changes de nuit pour les résidents incontinents limite les réveils douloureux et les risques d’escarres. En parallèle, l’équipe doit organiser des rondes de prévention des chutes (passages programmés pour vérifier les levers intempestifs, la bonne installation au lit, la présence de la sonnette à portée).

Coordination avec l’équipe de jour pour la continuité des soins palliatifs et des surveillances rapprochées

Les équipes de soir sont souvent en première ligne pour la continuité des soins palliatifs et des surveillances rapprochées (décompensation respiratoire, fin de vie, surveillance post-chute). Un planning en 10h favorise une meilleure coordination car l’équipe de 10h–20h est présente pendant une grande partie de la journée. La relève structurée avec l’équipe du matin permet d’identifier les résidents prioritaires, de clarifier les objectifs de la soirée (soulagement de la douleur, confort, accompagnement des familles) et de répartir les tâches.

Dans ce cadre, le rôle de l’IDE de soir est crucial : ajustement des antalgiques, surveillance des constantes, gestion des PCA ou des patchs, contact avec le médecin traitant ou l’HAD. Des protocoles écrits et partagés fluidifient ces pratiques, surtout lorsque le médecin de garde est joignable à distance. Les retours d’expérience montrent qu’une bonne anticipation réduit significativement les transferts aux urgences la nuit, source de stress majeur pour les familles et les résidents.

Gestion des urgences (chutes, détresse respiratoire) et protocole d’appel au médecin de garde ou au SAMU

Entre 16h et 20h, les urgences en EHPAD sont fréquentes : chutes lors des transferts, détresses respiratoires, décompensation cardiaque, agitation majeure. Dans un planning en 10h, la stabilité de l’équipe sur cette tranche horaire facilite la mise en œuvre rapide des protocoles. Chaque soignant sait qui alerter, quel protocole de chute appliquer, comment sécuriser le résident et documenter l’évènement dans le dossier de soins.

L’IDE de soir doit disposer d’un tableau clair des numéros d’astreinte (médecin de garde, SAMU, HAD, IDE coordinatrice) et d’une check-list pour ne rien oublier dans le feu de l’action : surveillance des constantes, appel à la famille si nécessaire, mise à jour des transmissions. Une organisation où chaque poste de 10h comprend un temps de formation continue (par exemple une heure par mois dédiée à la simulation d’urgence) renforce la confiance des équipes et la qualité des réponses.

Suivi des résidents désorientés ou déambulants via dispositif de géolocalisation ou unité fermée

Les résidents déambulants ou très désorientés représentent un défi particulier pour l’équipe du soir. À partir de 17h–18h, la symptomatologie de type “syndrome crépusculaire” apparaît souvent : agitation, angoisse, errance. Un planning en 10h permet d’assigner un soignant référent sur ce créneau pour des rondes ciblées, des temps de réassurance et l’utilisation de dispositifs de sécurisation (géolocalisation, unités fermées, digicodes).

Les solutions technologiques (bracelets, capteurs, alarmes de porte) sont utiles, mais ne remplacent pas la présence humaine. L’équipe de 10h–20h peut programmer des activités apaisantes en fin d’après-midi (lecture, musique douce, marche accompagnée dans le jardin) qui réduisent les déambulations dangereuses. Les études en gérontologie montrent qu’un environnement structuré et prévisible diminue les comportements d’errance de 20 à 40 % selon les profils.

Modèle de planning en 10h pour l’équipe IDE (matin/soir) en EHPAD médicalisé

Découpage des tournées IDE entre préparation des piluliers, injections et pansements complexes

Pour les infirmiers en EHPAD médicalisé, un modèle de planning en 10h peut se décliner en deux grands créneaux : 7h–17h et 10h–20h, avec une couverture minimale de 12h par jour, parfois étendue à la nuit en fonction de l’organisation. La tournée IDE doit être découpée pour éviter les surcharges : un temps pour la préparation des piluliers et des médicaments, un temps pour les injections (insuline, anticoagulants, injections retard) et un temps pour les pansements complexes (escarres, ulcères, plaies post-opératoires).

Une approche efficace consiste à attribuer les soins techniques lourds (pansements complexes, perfusions, dispositifs invasifs) à l’IDE avec le moins de résidents à charge, afin de garantir la concentration nécessaire. Un logiciel de soins bien paramétré permet d’optimiser les tournées, en regroupant certains soins par étage ou par secteur, ce qui réduit les allers-retours inutiles et le risque d’oubli. L’objectif reste d’offrir des soins techniquement maîtrisés tout en maintenant un contact relationnel de qualité avec chaque résident.

Organisation des visites médicales, téléconsultations et coordination avec les médecins traitants

La coordination médicale est l’un des points forts d’un planning en 10h pour l’équipe IDE. L’IDE présente de 7h à 17h peut organiser les visites des médecins traitants pendant les temps les plus stables de la journée (par exemple 10h–12h ou 14h–16h), préparer les dossiers, rassembler les éléments cliniques et administratifs (courriers, résultats d’examens, demandes de renouvellement). Les téléconsultations, de plus en plus fréquentes depuis la crise sanitaire, s’inscrivent également dans ces créneaux.

Un long créneau de disponibilité permet d’anticiper les ordonnances, de clarifier les objectifs thérapeutiques avec les familles et de mettre à jour le projet de soins. L’IDE de soir prend le relais pour les surveillances post-visite, l’application des nouvelles consignes et la gestion des effets secondaires éventuels. Cette continuité réduit les malentendus et les “pertes d’informations” entre médecins et soignants.

Gestion des entrées/sorties, évaluations GIR-AGGIR et mises à jour du projet de soins individualisé

Les entrées et sorties en EHPAD représentent un moment critique, tant pour la personne âgée que pour les équipes. Dans un planning en 10h, l’IDE en journée peut se consacrer pleinement à l’accueil des nouveaux résidents : recueil des habitudes de vie, des antécédents médicaux, des traitements, mais aussi des attentes du résident et de la famille. L’évaluation GIR-AGGIR et l’intégration dans le logiciel de gestion doivent être réalisées rapidement pour ajuster le plan d’accompagnement et le plan de soins.

Les sorties (retour à domicile, hospitalisation, transfert dans une autre structure) nécessitent également une coordination fine : organisation des documents, compte-rendu infirmier, préparation du traitement pour la continuité de soins. Un temps protégé dans la journée de 10h, par exemple 15h–16h, peut être dédié à ces missions de coordination. Cela évite d’y consacrer des heures supplémentaires invisibles qui épuisent les IDE et génèrent de la frustration.

Une planification réaliste des tâches IDE dans un planning en 10h est un levier puissant pour sécuriser le parcours de soins et fidéliser les infirmiers en EHPAD.

Traçabilité des actes dans le dossier de soins informatisé (netsoins, CareUS, mediboard)

La traçabilité dans le dossier de soins informatisé (Netsoins, CareUS, Mediboard, etc.) fait partie intégrante du travail infirmier. Dans un modèle de planning en 10h, il est indispensable de réserver explicitement des plages pour cette activité : saisie des actes, mise à jour des transmissions ciblées, validation des prescriptions, archivage des documents scannés. Les critères de la HAS insistent sur l’importance de cette traçabilité pour vérifier la cohérence et la continuité des soins.

Une astuce organisationnelle consiste à découper la journée IDE en “blocs” : soins techniques, coordination médicale, traçabilité. Plutôt que de “taper les transmissions quand il reste 5 minutes”, réserver deux plages de 20–30 minutes allège la charge mentale et diminue le risque d’oubli. Cette rigueur profite à toute l’équipe, car aides-soignants et direction disposent d’informations fiables et à jour pour organiser le travail et répondre aux familles.

Méthodologie de construction d’un planning en 10h avec planning prévisionnel sur 4 semaines

Utilisation d’outils de planification (SPÉRIOS, OCTIME, medisys) pour générer les cycles en 10h

Construire un planning en 10h à la main sur Excel devient rapidement complexe, surtout au-delà de 40–50 salariés. Les outils professionnels de planification comme SPÉRIOS, OCTIME ou Medisys sont conçus pour intégrer automatiquement les règles légales (11h de repos, 36h de repos hebdo, 6 jours max consécutifs), les temps de travail contractuels et les contraintes individuelles (temps partiels, jours fixes, etc.). En paramétrant correctement les cycles en 10h, vous pouvez générer un planning prévisionnel sur 4 semaines qui respecte ces règles.

Ces logiciels permettent aussi de simuler plusieurs organisations (7h30, 10h, 12h ou hybrides) et de comparer l’impact sur le nombre d’ETP nécessaires, la répartition des week-ends ou la couverture des pics d’activité. Une fois la trame validée en CSE ou en CTE, le planning devient un outil vivant, ajustable à chaque absence ou nouvel arrivant, sans repartir de zéro. La fonction d’alerte en cas de non-conformité (temps de repos non respecté, dépassement de la durée hebdomadaire) sécurise fortement la gestion.

Équilibrage des week-ends, jours fériés et nuits pour les AS, AMP et AES dans le respect de l’équité

Un planning en 10h réussi repose aussi sur un sentiment d’équité entre aides-soignants (AS), aides médico-psychologiques (AMP) et accompagnants éducatifs et sociaux (AES). L’équilibrage des week-ends, des jours fériés et des nuits doit être pensé sur un cycle long, souvent 4 ou 6 semaines, pour que chacun ait l’impression de “donner et recevoir” de manière juste. Les recommandations métier préconisent au minimum un week-end complet de repos par mois et une répartition équilibrée des jours fériés sur l’année.

Les plannings en 10h simplifient parfois cette équité, car les cycles type 3–2–2–3 permettent d’alterner semaines courtes et longues en incluant naturellement des week-ends. La transparence est essentielle : afficher le cycle, expliquer la logique, anticiper les contraintes familiales (garde d’enfants, aidants familiaux) favorise l’adhésion des équipes. Quelques ajustements individuels restent possibles, mais sans casser la structure globale sous peine de perdre le bénéfice du système.

Gestion des temps partiels, des contrats 0,8 ETP et des remplacements via pool volant ou intérim

Les temps partiels et les contrats à 0,8 ETP compliquent souvent la construction du planning. En 10h, un 0,8 ETP représente environ 5,6 postes sur 4 semaines, soit le plus souvent une alternance de 5 et 6 journées. Les outils de planification permettent d’intégrer ces quotités et de générer des cycles spécifiques, par exemple 2j/3j/2j/3j sur 4 semaines. Un enjeu important concerne la lisibilité pour le salarié : un planning chargé en micro-modifications devient vite illisible et source d’erreurs.

Pour la gestion des absences (maladie, congés, formations), un pool volant ou une équipe de remplaçants internalisée à la structure offre une souplesse bien supérieure à l’intérim ponctuel. Ces professionnels, formés au fonctionnement de l’établissement, peuvent s’intégrer rapidement sur les postes de 10h, sans temps d’adaptation excessif. Les directions qui ont investi dans un pool de remplacement constatent une baisse significative du recours à l’intérim et une meilleure stabilité d’équipe.

Mise en place d’un cycle type (2 jours ON / 2 jours OFF, 3-2-2-3) adapté aux besoins de l’EHPAD

Parmi les nombreux cycles possibles en 10h, le modèle “3-2-2-3” est très utilisé : 3 jours travaillés, 2 jours de repos, 2 jours travaillés, 3 jours de repos, soit 10 jours de travail sur 14. Ce cycle permet d’atteindre environ 50 heures par quinzaine, à adapter ensuite en ajoutant ou retirant certains postes sur une période de 4 semaines pour coller au contrat (35h, 39h, 100 %, 80 %, etc.). Un autre modèle consiste à alterner “petite semaine” de 2 jours et “grande semaine” de 5 jours, ce qui donne une moyenne de 3,5 jours par semaine.

Le choix du cycle type doit tenir compte de plusieurs paramètres : activité réelle de l’EHPAD (profil des résidents, nombre de toilettes complètes, taux de dépendance), stabilité des équipes, attractivité du territoire pour le recrutement. Un cycle trop agressif peut séduire à court terme (beaucoup de repos) mais générer une fatigue massive sur les semaines denses. Un cycle équilibré, testé en concertation avec les équipes, apporte souvent un meilleur résultat à moyen terme.

Exemple de grille horaire détaillée d’une journée type en 10h en EHPAD

Pour concrétiser ces principes, un exemple de grille horaire en 10h pour une équipe de jour en EHPAD peut servir de base de travail. Le tableau ci-dessous illustre une journée 7h–17h sur une unité de 30 résidents avec 3 AS et 1 IDE :

Horaire AS 1 AS 2 AS 3 IDE
7h00–7h30 Transmission nuit/jour, préparation chariots Transmission nuit/jour, préparation linge Installation salle de bain, vérification matériel Transmission, préparation traitements matin
7h30–10h00 Levers + toilettes secteur A Levers + toilettes secteur B Levers + toilettes secteur C Traitements matin, surveillance clinique
10h00–11h30 Fin toilettes, habillage, hydratation Atelier mémoire (groupe 1) Rangements, aide ponctuelle toilettes Préparation piluliers, appels médecins
11h30–13h30 Aide aux repas, installation restaurant Aide aux repas, surveillance déglutition Aide aux repas en chambres Surveillance repas, insuline, adaptation textures
13h30–15h00 Sieste, changes, prévention escarres Accompagnement WC, hydratation Rangement salles, linge Traçabilité, coordination médicale
15h00–16h00 Animations légères, promenade Toilettes partielles, coiffage Préparation goûter, hydratation Réajustement traitements, appels familles
16h00–17h00 Transmissions écrites Transmissions écrites Transmissions écrites Transmissions orales et écrites, relève

Ce type de trame donne un cadre, mais doit rester souple pour s’adapter aux imprévus du quotidien : hospitalisations, chutes, décès, arrivées de nouveaux résidents. L’important, pour vous, est de disposer d’une base solide qui répartit les missions de manière réaliste sur 10h, tout en intégrant les temps “invisibles” (transmissions, coordination, déplacements). Un planning en 10h bien construit devient alors un outil structurant pour l’équipe, au service de la qualité des soins, de la sécurité des résidents et de la préservation de la santé des soignants.