
Recevoir une nouvelle paire de lunettes censée améliorer votre vue et vous retrouver avec des maux de tête, une vision floue ou une gêne permanente est particulièrement frustrant. Entre l’ordonnance de l’ophtalmologue, les mesures réalisées en magasin et la fabrication des verres, chaque étape doit être précise. Le moindre écart peut transformer vos lunettes en véritable handicap du quotidien. Comprendre comment identifier des lunettes mal faites, connaître le cadre légal et les recours possibles auprès de l’opticien, de la mutuelle ou de la justice vous permet de retrouver rapidement un équipement adapté et d’éviter de payer deux fois pour la même correction.
Lunettes mal faites : comment identifier un défaut de fabrication ou d’adaptation optique
Une paire de lunettes défectueuse se manifeste rarement par un seul symptôme. Vous pouvez ressentir une gêne diffuse, des vertiges, des nausées ou avoir l’impression de « flotter » en marchant. Dans de nombreux cas, cette inadaptation vient d’un défaut de fabrication (mauvais centrage, erreur de dioptrie) ou d’un mauvais réglage de la monture. Avant de parler de recours, il est essentiel d’identifier si le problème vient de l’ordonnance, des verres, de la monture ou d’une pathologie oculaire. Un contrôle croisé chez un second opticien ou un ophtalmologue permet souvent de trancher entre erreur technique et évolution de votre vue.
Mauvaise correction sphérique ou cylindrique : myopie, hypermétropie, astigmatisme et erreurs de dioptries
Les paramètres Sph (sphère) et Cyl (cylindre) corrigent respectivement la myopie/hypermétropie et l’astigmatisme. Une différence de seulement 0,25 à 0,50 dioptrie par rapport à l’ordonnance peut suffire à provoquer fatigue visuelle, maux de tête et vision imprécise, en particulier sur un écran ou en conduite. Les erreurs de dioptries surviennent lors de la saisie de la commande, de la fabrication ou d’une mauvaise interprétation de l’ordonnance, surtout si les valeurs sont proches entre l’œil droit et l’œil gauche.
Vous pouvez suspecter une mauvaise correction si, en remettant votre ancienne paire, la vision redevient immédiatement plus confortable. Dans ce cas, demander un contrôle de puissance des verres au frontofocomètre permet de vérifier si les valeurs livrées correspondent bien à la prescription. Lorsque l’examen révèle une discordance entre les chiffres gravés sur la facture et les verres montés, la responsabilité de l’opticien-lunetier est directement engagée au titre de son obligation de résultat.
Décentrage des verres et erreur de mesure de l’écart pupillaire (EP) chez l’opticien
L’écart pupillaire (EP) et la hauteur de centrage déterminent la position exacte de vos pupilles dans les verres. Un décentrage horizontal ou vertical de quelques millimètres crée un effet de prisme : les lignes droites se déforment, la vision semble « tirer » d’un côté, et des vertiges peuvent apparaître en marchant ou en lisant. Ce défaut est fréquent lorsque les mesures ont été prises rapidement, sans repositionner la monture correctement ou sans vérifier la posture naturelle de la tête.
Un second opticien peut contrôler l’EP réel et le centrage des verres par rapport à la monture. Si l’écart entre la mesure nécessaire et la réalisation excède les tolérances admises par la profession (souvent ±1 mm en vision de loin), il s’agit d’une lunette mal centrée. Ce type d’erreur impose, dans la plupart des cas, une re-fabrication complète des verres aux frais de l’opticien, car un simple réglage de branches ne suffit pas à corriger un mauvais centrage optique.
Problèmes spécifiques aux verres progressifs : hauteur de centrage, couloir de progression, champ de vision
Les verres progressifs sont particulièrement sensibles aux erreurs d’adaptation. La zone de vision de loin, le couloir de progression intermédiaire et la zone de lecture doivent être positionnés avec une précision quasi millimétrique. Une hauteur trop basse oblige à lever le menton pour lire, une hauteur trop haute gêne la vision de loin, notamment en conduite. Un couloir trop étroit peut créer une impression de « tunnel » ou de vision étriquée sur les côtés.
De nombreuses enseignes proposent une garantie d’adaptation de 1 à 3 mois sur les verres progressifs : si vous ne parvenez pas à vous adapter, un échange pour des verres d’une autre géométrie ou une conversion en verres de près + verres de loin doit être envisagé. Les statistiques du secteur montrent qu’environ 5 à 10 % des porteurs de verres progressifs rencontrent des difficultés d’adaptation initiales, mais que la majorité de ces cas se résolvent par un ajustage précis de la monture ou un changement de design de verre.
Incohérences entre l’ordonnance de l’ophtalmologue et la monture livrée (puissance, axe, addition)
Les lunettes mal faites peuvent également résulter d’une mauvaise transcription des valeurs de l’ordonnance. L’axe de l’astigmatisme (indiqué en degrés) est particulièrement critique : une inversion (ex. 20° au lieu de 200°) rend la correction très inconfortable et provoque une vision déformée. De même, une erreur sur l’Add (addition pour la vision de près) sur des verres progressifs ou de près peut vous contraindre à éloigner ou rapprocher excessivement le texte pour parvenir à lire.
Il est utile de comparer, point par point, votre ordonnance et les valeurs indiquées sur le devis et la facture. Toute incohérence manifeste constitue un élément de preuve en cas de litige avec l’opticien. Dans la pratique, de nombreux conflits se règlent à ce stade, l’opticien acceptant de refaire les verres à ses frais lorsqu’une erreur de saisie est clairement démontrée. Un deuxième avis médical peut également permettre de vérifier que l’ordonnance initiale reste adaptée et qu’il ne s’agit pas d’une évolution rapide de votre vue.
Contrôle technique en magasin : frontofocomètre, vérification du galbe, ajustage de la monture
Avant de conclure à un défaut optique, un contrôle complet en magasin est indispensable. L’opticien doit vérifier au frontofocomètre la puissance réelle de chaque verre, contrôler le galbe de la monture, l’alignement des branches, le réglage des plaquettes de nez et la stabilité sur votre visage. Une monture trop large, mal ajustée ou qui glisse en permanence peut suffire à fausser le centrage et à détériorer la qualité de vision, même si les verres sont correctement fabriqués.
L’opticien doit aussi s’assurer que les repères gravés sur les verres progressifs sont bien positionnés face à vos pupilles en situation réelle de port. Ce contrôle croisé entre données techniques et ressenti subjectif permet souvent de distinguer une simple gêne d’adaptation d’un véritable défaut de fabrication. Lorsque tous les paramètres techniques sont conformes mais que vous continuez à souffrir, un retour vers l’ophtalmologue est recommandé pour exclure une autre pathologie (kératocône, début de cataracte, problème de convergence, etc.).
Cadre juridique des lunettes défectueuses : garanties légales, responsabilités et textes applicables
Les lunettes de vue sont des dispositifs médicaux soumis au Code de la consommation, au Code civil et à la réglementation spécifique des produits d’optique. En cas de lunettes mal faites, plusieurs garanties coexistent : garantie légale de conformité, garantie contre les vices cachés, responsabilité contractuelle de l’opticien-lunetier et, plus rarement, responsabilité du médecin prescripteur. Chacune de ces garanties obéit à des délais, des preuves et des effets différents (réparation, remplacement, remboursement partiel ou total).
Garantie légale de conformité (articles L217-3 et suivants du code de la consommation) appliquée aux lunettes correctrices
Depuis la réforme de 2022, la garantie légale de conformité prévue aux articles L217-3 et suivants du Code de la consommation protège l’acheteur pendant 2 ans pour un bien neuf comme une paire de lunettes neuve. Un produit est non conforme s’il ne correspond pas à la description contractuelle, s’il présente un défaut de fabrication ou s’il ne permet pas l’usage normalement attendu d’un équipement optique (améliorer la vision selon la prescription).
Dans ce cadre, vous pouvez exiger la réparation ou le remplacement des verres ou de la monture, sans frais, dans un délai raisonnable. Si la réparation ou le remplacement est impossible ou disproportionné, une réduction du prix ou la résolution de la vente (remboursement) peut être demandée. Le défaut est présumé exister au jour de la délivrance pendant 24 mois, ce qui renforce nettement la position du consommateur face à un opticien récalcitrant.
Garantie contre les vices cachés (articles 1641 à 1649 du code civil) en cas de défaut invisible à l’achat
La garantie des vices cachés, prévue à l’article 1641 du Code civil, s’applique lorsqu’un défaut grave, non apparent au moment de l’achat, rend les lunettes impropres à l’usage ou en diminue fortement l’utilité. Il peut s’agir par exemple d’un matériau de monture fragilisé qui casse anormalement vite, d’un traitement de surface défectueux qui se décolle, ou d’un défaut de structure dans les verres provoquant des aberrations optiques importantes.
Vous disposez d’un délai de 2 ans à compter de la découverte du vice pour agir sur ce fondement. En cas de vice caché avéré, deux options existent : rendre les lunettes et obtenir le remboursement total du prix, ou conserver les lunettes en demandant un remboursement partiel. Contrairement à la conformité, la charge de la preuve repose sur l’acheteur, ce qui rend souvent nécessaire une expertise amiable ou judiciaire pour établir le caractère caché, antérieur et suffisamment grave du défaut.
Responsabilité de l’opticien-lunetier vs responsabilité de l’ophtalmologue prescripteur
L’opticien-lunetier est tenu à une obligation de résultat sur la fabrication et l’adaptation de l’équipement : les verres livrés doivent être conformes à l’ordonnance et parfaitement montés dans une monture adaptée. En cas d’erreur de centrage, de puissance ou de montage, la responsabilité contractuelle de l’opticien est engagée et impose, en principe, une mise en conformité sans frais pour le client.
L’ophtalmologue, quant à lui, est tenu à une obligation de moyens renforcée : il doit prescrire une correction adaptée après un examen complet. Une erreur manifeste de prescription (par exemple, inversion des valeurs entre les yeux) peut engager sa responsabilité civile professionnelle. Toutefois, la majorité des litiges portent sur la réalisation matérielle des lunettes, et non sur la prescription elle-même. Les assureurs constatent d’ailleurs que les sinistres visant l’opticien sont statistiquement plus fréquents que ceux visant le prescripteur, notamment en raison du volume de ventes de lunettes en France (plus de 12 millions de paires par an).
Droit de rétractation, vente à distance et lunettes achetées en ligne (krys, afflelou, sensee, easyverres, etc.)
Pour des lunettes achetées en ligne auprès d’enseignes comme Krys, Afflelou, Sensee ou Easyverres, le droit de rétractation de 14 jours prévu par l’article L221-18 du Code de la consommation s’applique en principe, sauf pour certains produits nettement personnalisés. La jurisprudence considère toutefois que des verres correcteurs taillés selon une ordonnance constituent souvent un bien personnalisé, limitant dans certains cas le droit de retour automatique.
De nombreuses plateformes d’optique en ligne ont néanmoins adopté des politiques commerciales plus favorables, avec des garanties « satisfait ou remboursé » de 30 jours ou plus. Il est donc crucial, avant de valider la commande, de lire attentivement les conditions générales de vente et les clauses relatives au retour des verres correcteurs, à l’échange de monture ou au remboursement partiel en cas d’inadaptation.
Rôle de la DGCCRF, de l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et normes CE pour dispositifs médicaux
Les lunettes correctrices relèvent du régime des dispositifs médicaux marqués CE. L’ANSM est chargée de la surveillance de ces produits sur le marché, notamment en cas de défauts répétés de certains lots de verres ou de montures présentant un risque pour la santé. La DGCCRF, de son côté, contrôle les pratiques commerciales des opticiens, l’information du consommateur et le respect des obligations d’affichage des prix et de délivrance de devis normalisés.
En cas de problème de qualité récurrent dans un magasin ou une chaîne, un signalement à la DGCCRF via la plateforme de signalement dédiée aux litiges de consommation permet d’alerter l’administration. Un nombre important de plaintes sur une même enseigne peut déclencher une enquête ciblée, des contrôles sur place et, le cas échéant, des sanctions administratives ou pénales pour pratiques trompeuses ou non-respect des normes applicables.
Recours amiables en cas de lunettes mal faites : échanges, remboursements et protocoles internes des enseignes
La majorité des litiges concernant des lunettes mal faites se résolvent par des solutions amiables : échange de verres, changement de monture, avoir, ou parfois remboursement. Les grandes enseignes ont chacune des protocoles internes de service après-vente, souvent plus généreux que la stricte application de la loi, car la satisfaction client et la réputation locale restent cruciales dans ce secteur très concurrentiel. Un dialogue structuré, appuyé par des éléments objectifs (examens, mesures, photos), aboutit bien plus souvent qu’un bras de fer immédiat.
Droit à la reprise ou à la réfection des verres : échange standard, re-fabrication, avoir en magasin
En cas d’erreur clairement imputable à l’opticien (mauvaise puissance, centrage incorrect, monture inadaptée à la correction), la solution de base consiste à refaire les verres aux frais du professionnel. Il s’agit d’un droit direct lié à la garantie de conformité et à l’obligation de résultat. De nombreux opticiens proposent, en plus, un échange de monture sans surcoût si la gêne vient de la forme ou du maintien plutôt que de la correction optique.
Lorsque vous n’êtes pas satisfait malgré plusieurs tentatives de correction, un avoir en magasin peut être proposé pour financer une autre monture, une autre gamme de verres ou un équipement différent (par exemple, une paire dédiée au travail sur écran). Cette option reste discutable si vous souhaitez changer d’opticien, mais elle peut constituer une solution rapide si vous avez confiance dans le professionnalisme de l’enseigne.
Procédures de service après-vente chez GrandOptical, optic 2000, atol, générale d’optique, lunettes pour tous
Les grandes chaînes comme GrandOptical, Optic 2000, Atol, Générale d’Optique ou Lunettes Pour Tous mettent en avant des garanties commerciales : adaptation de 30 jours (voire 90 jours pour certains verres progressifs), casse monture pendant un an, voire engagement « satisfait ou remboursé ». Ces garanties s’ajoutent aux droits légaux, sans les remplacer. Les enseignes imposent souvent des étapes internes : contrôle technique, re-vérification de la correction, avis d’un optométriste maison.
Une bonne pratique consiste à demander que chaque intervention soit tracée : compte-rendu de contrôle de vue, fiche de réglage, bon de prise en charge SAV. Ces documents prouvent que vous avez signalé le problème dans les délais de la garantie commerciale et facilitent les démarches ultérieures si un remboursement total doit être envisagé ou si un médiateur doit être saisi.
Négociation d’un remboursement total ou partiel : devis initial, bon de commande, bon de livraison et facture
Le remboursement intégral de lunettes mal faites n’est pas automatique, mais il devient légitime lorsque, malgré plusieurs tentatives de correction, vous n’avez jamais pu utiliser réellement la paire. Pour convaincre l’opticien, l’argumentation doit s’appuyer sur des pièces écrites : devis initial, bon de commande, bon de livraison daté, facture acquittée, échanges de courriels, comptes-rendus d’examens contradictoires.
Un remboursement partiel peut aussi être négocié, par exemple lorsque la monture est gardée mais que les verres ne conviennent pas, ou inversement. Une solution fréquente consiste à rembourser au moins la part que vous avez payée de votre poche, en laissant à l’opticien le soin de gérer avec la mutuelle et la Sécurité sociale les éventuelles régularisations de facturation.
Intervention de la mutuelle et de la complémentaire santé : refacturation, tiers payant, nouveau dossier de prise en charge
Avec le système du tiers payant, une grande partie du prix des lunettes est réglée directement par l’Assurance maladie et la complémentaire santé. En cas de remboursement ou d’échange, l’opticien doit souvent émettre une facture d’annulation et, le cas échéant, rembourser les organismes de prise en charge. Cela explique parfois la réticence à rembourser rapidement, car la gestion administrative est lourde.
Si vous devez refaire un équipement complet chez un autre opticien, un nouveau dossier de prise en charge doit être soumis à la mutuelle, qui applique généralement des plafonds et des délais de renouvellement (souvent tous les 2 ans). Il est conseillé de contacter votre complémentaire avant de lancer une nouvelle commande pour vérifier si un financement exceptionnel est possible en cas de litige avéré sur un premier équipement inutilisable.
Conservation des preuves : photos, comptes-rendus d’examen de vue, tests croisés chez un second opticien
En matière de lunettes mal faites, la preuve est très souvent technique. Garder des photos de la monture, des repères de centrage, des défauts visibles (verre qui dépasse, monture déformée) aide à documenter la situation. Un examen de vue chez un autre opticien ou ophtalmologue, avec un compte-rendu écrit, permet d’objectiver l’inadaptation de la correction ou un défaut de centrage.
Un dossier bien constitué augmente considérablement les chances d’obtenir un accord amiable rapide ou une décision favorable en cas de médiation ou de contentieux.
Archiver systématiquement devis, ordonnances, factures, échanges de mails et courriers recommandés permet également d’attester des dates, des délais et des engagements pris. Cette rigueur est déterminante si le litige dégénère en procédure judiciaire, notamment pour prouver que vous avez agi dans les délais de la garantie de conformité ou de la garantie contre les vices cachés.
Recours juridiques et contentieux pour lunettes mal faites : démarches avancées et procédures formelles
Lorsque la discussion avec l’opticien n’aboutit pas, les recours se structurent autour de trois axes : mise en demeure, médiation de la consommation et, en dernier ressort, action en justice. Chaque étape vise à formaliser le désaccord, rappeler les textes applicables et, idéalement, trouver une solution avant d’engager des frais et des délais supplémentaires. Le choix de la stratégie dépend du montant en jeu, de la gravité du préjudice et de votre volonté de poursuivre la relation commerciale avec le professionnel concerné.
Mise en demeure de l’opticien par lettre recommandée avec AR : modèles, délais et mentions obligatoires
La mise en demeure envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception constitue le point de départ classique d’un recours formel. Ce courrier doit rappeler les faits (dates, montants, symptômes), les interventions déjà réalisées, les textes sur lesquels vous vous fondez (garantie de conformité, vice caché, obligation de résultat) et la solution demandée (réfection, remboursement partiel ou total) dans un délai précis, généralement 8 à 15 jours.
Une mise en demeure bien rédigée met le professionnel face à ses responsabilités et démontre, en cas de procès, que vous avez cherché une solution amiable avant de saisir le juge.
Il est possible de s’inspirer de modèles de lettres disponibles sur des sites spécialisés ou d’être accompagné par une association de consommateurs. Joindre copie de l’ordonnance, du devis, de la facture et de tout rapport d’expertise ou de second avis renforce la crédibilité de votre démarche et montre que le problème ne relève pas d’un simple inconfort subjectif.
Médiation de la consommation : saisir le médiateur de la FNOF, du SYNOM ou le médiateur dédié à une enseigne
Tout professionnel doit proposer un recours gratuit à un médiateur de la consommation. Dans le secteur de l’optique, il peut s’agir d’un médiateur interne à l’enseigne ou d’un médiateur sectoriel (par exemple rattaché à une fédération professionnelle comme la FNOF ou le SYNOM). La médiation s’effectue après échec des démarches amiables directes et sur la base d’un dossier écrit.
Le médiateur analyse les pièces fournies par chaque partie, peut solliciter un avis technique, puis propose une solution, qui n’est pas juridiquement contraignante mais constitue souvent un bon compromis : échange complet, remboursement partiel, geste commercial supplémentaire. Les statistiques nationales montrent qu’environ 60 à 70 % des médiations de la consommation aboutissent à un accord, ce qui en fait un outil stratégique avant d’envisager une action judiciaire longue et coûteuse.
Plainte et signalement à la DGCCRF en cas de pratiques commerciales trompeuses ou défauts répétés
Lorsque le litige ne porte plus seulement sur une paire de lunettes mal faites, mais sur des pratiques systématiques (facturation opaque, refus d’appliquer les garanties légales, publicité trompeuse), un signalement à la DGCCRF peut être envisagé. Ce signalement n’a pas pour objet principal d’obtenir votre remboursement, mais de faire cesser des manquements susceptibles de toucher de nombreux consommateurs.
Dans certains cas, la simple réception d’un courrier ou d’un appel de la DGCCRF incite le professionnel à revoir sa position et à proposer un règlement amiable. L’administration peut également décider de contrôler l’établissement, vérifier les conditions d’information du public et sanctionner des infractions (par exemple, absence de devis normalisé ou mentions manquantes sur les factures).
Procédure devant le juge des contentieux de la protection (ex-tribunal d’instance) pour litiges inférieurs à 10 000 €
Pour un litige de lunettes inférieur à 10 000 €, la juridiction compétente est le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. La procédure est simplifiée, parfois sans avocat obligatoire, notamment via la procédure dite « contentieux de proximité ». La saisine se fait par formulaire ou par assignation, selon les cas, en joignant toutes les pièces justificatives et la copie des échanges de courriers.
Le juge peut ordonner une expertise, proposer une conciliation, ou trancher sur pièces en condamnant l’opticien à rembourser, à refaire les lunettes ou à verser des dommages et intérêts en réparation du préjudice (gêne de conduite, arrêts de travail, frais médicaux supplémentaires). Il convient de conserver à l’esprit que la durée de procédure peut atteindre plusieurs mois, voire plus, en fonction de la charge des tribunaux.
Expertise amiable ou judiciaire : recours à un opticien expert, à un ophtalmologue, chiffrage du préjudice visuel
L’expertise est souvent la clé dans les litiges complexes de lunettes mal faites. Une expertise amiable peut être réalisée par un opticien tiers ou un ophtalmologue, qui établira un rapport écrit détaillant les défauts techniques (écart pupillaire erroné, dioptries inexactes, axes inversés, monture inadaptée à la correction). Ce document sert de base à la négociation avec l’opticien ou au dossier soumis au médiateur.
En cas de procédure judiciaire, le juge peut désigner un expert judiciaire, dont les conclusions s’imposeront largement au débat. L’expert peut également chiffrer le préjudice : coût d’un nouvel équipement, frais médicaux, retentissement sur la vie professionnelle (par exemple pour un conducteur professionnel ou un travailleur sur écran intensif). Cette approche structurée permet d’objectiver un litige qui, sans cela, resterait perçu comme une simple divergence d’appréciation entre client et commerçant.
Cas particuliers : lunettes commandées sur internet, à l’étranger ou en grande surface d’optique
Les lunettes commandées sur Internet, dans une grande surface d’optique ou à l’étranger présentent des spécificités en matière de recours. Pour les sites étrangers livrant en France, le droit applicable dépend des conditions générales de vente et du pays d’établissement, même si le consommateur européen bénéficie d’une protection minimale harmonisée. Dans la pratique, faire reprendre ou refaire des verres mal centrés chez un vendeur situé hors de France peut s’avérer long et complexe.
En grande surface d’optique, l’opticien responsable sur place demeure soumis aux mêmes obligations professionnelles qu’en magasin spécialisé : devis détaillé, information sur les garanties, conformité aux normes CE. Les marges de manœuvre commerciales peuvent toutefois être moindres, notamment pour des lunettes à bas prix. Il devient alors d’autant plus important de faire vérifier soigneusement les mesures (écart pupillaire, hauteur) et de profiter pleinement des essais en magasin avant de valider la commande, surtout pour des verres progressifs ou de fortes corrections.
Prévenir les litiges : bonnes pratiques avant de valider un devis de lunettes et contrôles techniques à exiger
La meilleure façon de gérer des lunettes mal faites reste encore de limiter le risque dès le départ. Avant de signer un devis, vérifiez que toutes les mentions obligatoires y figurent : référence précise de la monture, marque et gamme des verres, type de traitement (anti-reflets, lumière bleue), délai de livraison, conditions de service après-vente et de garantie d’adaptation. Un devis clair agit comme un contrat : il fixe précisément ce que l’opticien s’engage à vous fournir.
Lors de la prise de mesures, prenez le temps : position assise naturelle, regard droit, monture déjà choisie bien ajustée sur votre visage. Pour des verres progressifs ou des corrections importantes, demander un contrôle complémentaire de la vue en magasin peut sécuriser la correspondance entre l’ordonnance et vos besoins réels, surtout si l’ordonnance date de plusieurs mois. Poser des questions précises sur les garanties d’adaptation, les possibilités d’échange et les cas concrets de remboursement renforce également votre position future si la paire de lunettes s’avère inadaptée.
Après la livraison, consacrez quelques minutes à un test systématique : lecture de près, usage sur écran, marche en extérieur, montée et descente d’escaliers, conduite si possible en conditions sécurisées. Toute gêne intense, persistante au-delà de quelques jours ou s’aggravant doit être signalée rapidement, idéalement dans le mois suivant la délivrance. Un retour précoce en magasin augmente les chances de rectification simple et rapide, avant que les délais légaux ou commerciaux ne rendent le dialogue plus tendu et les solutions plus lourdes à mettre en œuvre.