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Lorsqu’un échange avec un assistant social dérape, le sentiment d’injustice peut être très fort. Vous vous sentez jugé, maltraité, ou au contraire totalement abandonné alors que votre situation est urgente. Parfois, un rapport social fantaisiste, un signalement abusif au juge des enfants ou un refus de vous aider peut avoir des conséquences dramatiques : retrait d’enfants, perte de droits sociaux, expulsion, rupture de soins. Face à cela, une question revient souvent : est-il possible de porter plainte contre un assistant social, en France ou en Belgique, et avec quelles chances de succès ? Comprendre le cadre légal, les recours possibles et les stratégies utiles permet de sortir du sentiment d’impuissance et de reprendre la main sur sa défense.

Cadre légal : dans quels cas peut-on porter plainte contre un assistant social en france et en belgique ?

Qualification pénale des faits reprochés : harcèlement moral, non-assistance à personne en danger, violation de domicile

Porter plainte contre un assistant de service social n’est juridiquement possible que si les faits entrent dans la catégorie d’un crime ou d’un délit prévu par le Code pénal. L’assistant social n’est pas au-dessus des lois : il peut répondre de harcèlement moral, de menaces, de violences, ou encore de violations de domicile, comme n’importe quel autre professionnel. En pratique, les plaintes visent souvent le harcèlement moral (pressions, propos humiliants répétés, menaces voilées de signalement), la diffamation (accusations graves sans fondement) ou, plus rarement, la non-assistance à personne en danger lorsque la personne en détresse n’a reçu aucune aide malgré un danger manifeste.

Le harcèlement moral est défini par l’article 222-33-2-2 du Code pénal comme des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de vie se traduisant par une altération de la santé physique ou mentale. Dans un contexte social, cela peut être le cas d’un travailleur social qui multiplie remarques dégradantes, culpabilisation et menaces de placement pour « faire plier » un parent. La non-assistance à personne en danger (article 223-6 du Code pénal) suppose, elle, de démontrer que l’assistant social avait connaissance d’un péril grave et imminent et a sciemment refusé d’agir alors qu’il pouvait intervenir sans risque pour lui ou pour des tiers.

La violation de domicile peut aussi être invoquée si un professionnel entre chez vous sans votre consentement, hors cadre judiciaire ou administratif, ou insiste pour s’imposer malgré votre refus. Toutefois, en pratique, les tribunaux sont exigeants sur la preuve et sur le contexte (mission de service public, mandat de juge des enfants, etc.). Porter plainte pour ces motifs impose donc un dossier solide et une analyse juridique fine, de préférence avec un avocat.

Responsabilité civile professionnelle de l’assistant de service social et régime d’assurance (RCP, MACSF, MAIF, SMACL)

À côté du pénal, la responsabilité civile professionnelle (RCP) de l’assistant social peut être engagée lorsqu’une faute professionnelle cause un préjudice : rapport social mensonger, perte de dossier, erreur grave dans l’instruction d’un droit (RSA, AAH, allocation logement) ayant conduit à une suspension injustifiée de prestations, etc. Dans ce cas, l’objectif n’est pas de faire condamner pénalement, mais d’obtenir des dommages-intérêts devant le tribunal judiciaire (ancien TGI).

Les assistants sociaux sont en principe couverts par une assurance RCP, souvent via des mutuelles spécialisées (MACSF, MAIF, SMACL pour les collectivités, ou d’autres assureurs professionnels). Cette assurance prend en charge l’indemnisation des victimes en cas de faute reconnue. Pour que la responsabilité soit retenue, trois éléments doivent être prouvés :

  • Une faute professionnelle (erreur manifeste, manquement grave aux règles de l’art ou au code de déontologie) ;
  • Un préjudice réel et chiffrable (perte de revenus, dommage moral, perte d’un logement, retrait d’enfant) ;
  • Un lien de causalité direct entre la faute et le préjudice.

Statistiquement, les actions purement civiles contre des travailleurs sociaux restent rares, car elles demandent un travail probatoire important. Mais lorsque le dossier est bien préparé (rapports sociaux contradictoires, certificats médicaux, décisions de justice, attestations), les chances d’obtenir réparation augmentent nettement.

Statut de l’agent public vs salarié associatif ou libéral : conséquences sur la procédure de plainte

Pour porter plainte contre un assistant social, son statut juridique compte beaucoup. En France, la majorité exerce comme agent public dans un département (MDS, PMI, ASE), une commune (CCAS), un hôpital ou l’Éducation nationale. D’autres sont salariés d’associations (CHRS, associations d’aide aux sans-abri, centres d’hébergement) ou, plus rarement, exercent en libéral.

La plainte pénale peut viser la personne, quel que soit son statut. En revanche, pour demander une indemnisation au civil, il faut parfois agir contre l’administration (département, commune, hôpital) devant le tribunal administratif, et non contre le professionnel à titre individuel. On parle alors de faute de service public social. À l’inverse, si l’assistant social est salarié d’une association ou libéral, la procédure se fera devant le tribunal judiciaire, car il s’agit d’un litige de droit privé.

En Belgique, la distinction se retrouve entre assistants sociaux salariés d’un CPAS (fonction publique locale) et ceux du secteur associatif ou hospitalier. Là encore, le choix de la juridiction (tribunal de première instance, juridiction administrative, instance disciplinaire de l’Ordre professionnel) dépend du statut, mais la logique reste proche : pénal pour les infractions, civil ou administratif pour l’indemnisation et la faute professionnelle.

Prescription des infractions et délais pour agir devant le tribunal judiciaire ou le conseil de prud’hommes

La question des délais de prescription est centrale. En matière pénale, la plupart des délits (diffamation non publique, harcèlement, non-assistance à personne en danger) se prescrivent en principe par 6 ans en France, mais certaines infractions comme la diffamation publique ont des délais beaucoup plus courts (3 mois à compter de la publication ou des propos litigieux). Un signalement abusif ou un rapport social mensonger peut soulever des questions de faux intellectuel, lui aussi soumis à prescription.

Pour les actions civiles en responsabilité, le délai de prescription est en général de 5 ans à compter de la connaissance du dommage et de son auteur (article 2224 du Code civil). Devant le conseil de prud’hommes (si vous êtes vous-même salarié et victime de harcèlement moral de la part d’un collègue ou d’un supérieur assistant social), le délai est également de 5 ans pour le harcèlement au travail. Ces délais exigent d’agir rapidement, surtout si vous envisagez de contester des rapports sociaux fantaisistes ayant servi à motiver une décision de juge des enfants.

Violations déontologiques et atteintes aux droits de l’usager en travail social

Manquement au secret professionnel (article 226-13 code pénal, CNAS, ANAS, code de déontologie)

Le respect du secret professionnel est l’une des pierres angulaires du travail social. En France, il est régi par l’article 226-13 du Code pénal, qui punit la révélation d’une information à caractère secret par un professionnel tenu au secret. Le code de déontologie des assistants de service social et les recommandations d’instances comme l’ANAS ou le CNAS rappellent régulièrement cette obligation, notamment depuis plusieurs affaires médiatisées de violation de données sociales.

Un assistant social ne peut, en principe, pas divulguer à un tiers (voisin, ex-conjoint, employeur) des informations sur votre santé, vos ressources, vos antécédents judiciaires ou ceux de vos enfants, en dehors des exceptions prévues par la loi (signalement d’enfant en danger, coopération avec l’autorité judiciaire, échanges strictement nécessaires au sein d’une équipe pluridisciplinaire). Une divulgation abusive à la CAF ou à la CPAM de données médicales sans lien avec la demande étudiée peut constituer un manquement déontologique, voire une infraction pénale.

Le secret professionnel en travail social n’est pas une simple formalité administrative : c’est une condition de confiance, sans laquelle de nombreuses personnes renonceraient à demander de l’aide par peur d’être exposées ou stigmatisées.

Discrimination dans l’accès aux droits : RSA, AAH, allocation logement, hébergement d’urgence 115

Un assistant social ne décide pas seul de l’attribution du RSA, de l’AAH ou des allocations logement, mais son attitude peut, de fait, faciliter ou bloquer l’accès aux droits. Lorsque, par préjugé ou discriminations (origine, situation familiale, handicap, précarité), il décourage une demande ou refuse systématiquement de vous aider à saisir les bons services (CAF, MDPH, CCAS), cela peut constituer un manquement grave à la déontologie, voire une discrimination au sens du Code pénal.

Dans le cas de l’hébergement d’urgence 115, les travailleurs sociaux sont souvent des relais essentiels pour des personnes sans-abri, des femmes victimes de violences ou des familles en grande précarité. Un refus de prise en charge discriminatoire, ou l’absence d’orientation malgré un danger manifeste (enfants à la rue, personne âgée vulnérable), peut être analysé comme une atteinte aux droits fondamentaux. Plusieurs rapports récents de la Fondation Abbé Pierre soulignent l’ampleur du non-recours aux droits en matière de logement et d’hébergement, lié en partie à des pratiques administratives trop restrictives.

Rédaction de rapports sociaux et signalements abusifs au juge des enfants ou à l’ASE

Un sujet particulièrement sensible concerne les rapports d’évaluation, les informations préoccupantes et les signalements au juge des enfants. De nombreux parents découvrent des rapports sociaux où leurs propos sont déformés, sortis de leur contexte, voire totalement inventés. Des éléments médicaux ou scolaires sont présentés de manière catastrophiste pour justifier une mesure d’assistance éducative ou un retrait d’enfants. Ces « rapports sociaux fantaisistes » peuvent avoir des effets dévastateurs sur une famille.

Juridiquement, il est possible de contester ces écrits devant le juge des enfants, d’en demander la rectification, et, dans les cas les plus graves, d’envisager une plainte pour faux intellectuel ou pour signalement abusif. Cependant, la protection accordée aux professionnels agissant dans le cadre de la protection de l’enfance est forte : il faut démontrer non seulement l’erreur, mais aussi l’intention de nuire ou une légèreté blâmable manifeste. D’où l’importance d’un accompagnement par un avocat spécialisé en droit de la famille pour analyser chaque phrase du rapport et rassembler des contre-preuves (certificats médicaux, bulletins scolaires, témoignages).

Atteintes à la dignité, propos dégradants et attitude maltraitante en entretien social

Le droit au respect de la dignité de l’usager s’impose à tout travailleur social. Pourtant, il arrive que l’entretien social vire à l’humiliation : critiques sur l’hygiène, remarques classistes ou sexistes, accusations sans preuve (« vous fraudez », « vous n’êtes pas une bonne mère »), gestes intrusifs lors d’une visite à domicile. Même si ces comportements ne constituent pas toujours, à eux seuls, une infraction pénale, ils peuvent s’inscrire dans un harcèlement moral ou fonder une réclamation disciplinaire.

Les codes de déontologie insistent sur l’obligation de bienveillance professionnelle et sur le refus de toute forme de maltraitance institutionnelle. Plusieurs études récentes sur la relation d’aide montrent que plus de 30 % des usagers déclarent avoir déjà renoncé à un droit social après une mauvaise expérience avec un service social, par peur d’être mal accueillis ou jugés. Documenter ces attitudes (comptes rendus datés, témoignages de proches présents à l’entretien) permet de ne pas laisser ces comportements dans l’ombre.

Refus injustifié de prise en charge ou d’orientation (CCAS, MDS, CAF, CPAM, pôle emploi)

Un autre type d’atteinte fréquente concerne le refus de prise en charge sans motif sérieux. Exemple typique : vous vous présentez au CCAS ou à la MDS, et on vous répond « on ne peut rien pour vous », sans même regarder votre dossier, ni vous orienter vers le service compétent (CAF, CPAM, Pôle Emploi, associations). Or, la mission légale des travailleurs sociaux inclut l’information, l’orientation et l’accompagnement, notamment pour lutter contre le non-recours aux droits.

Lorsqu’un assistant social ferme la porte sans proposer d’orientation, c’est tout un système de protection sociale qui se dérobe, laissant la personne seule face aux dettes, aux expulsions ou à la rupture de soins.

Ce type de refus peut être contesté via un recours hiérarchique (chef de service, directeur d’action sociale, maire) ou par une saisine du Défenseur des droits si le comportement relève d’un dysfonctionnement de service public. Dans certains cas extrêmes, lorsqu’un refus injustifié de domiciliation, par exemple, a conduit à une rupture totale de droits sociaux, la responsabilité de la collectivité peut être recherchée devant le tribunal administratif.

Différencier réclamation, recours administratif, plainte pénale et action disciplinaire

Plainte pénale au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la république

La plainte pénale est l’outil le plus radical, mais aussi le plus encadré. Elle se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République pour dénoncer une infraction (harcèlement moral, non-assistance à personne en danger, diffamation, violation du secret professionnel, faux). La procédure suit ensuite son cours : enquête préliminaire, classement sans suite ou poursuites.

Pour que votre plainte ait du poids, la constitution d’un dossier probatoire est déterminante : copies de rapports sociaux, mails, SMS, certificats médicaux attestant de l’impact sur votre santé, décisions de justice, etc. Les enregistrements clandestins sont souvent délicats : en France, ils peuvent être inadmissibles comme preuve au civil, mais parfois pris en compte au pénal s’ils sont indispensables à la manifestation de la vérité et que vous êtes partie à la conversation. L’appréciation revient au juge.

Recours hiérarchique auprès du chef de service, de la direction de l’action sociale ou du maire

Avant d’envisager la voie pénale, un recours hiérarchique permet de signaler un dysfonctionnement ou un comportement inadapté. Il s’adresse au chef de service, au directeur de la structure (CCAS, MDS, hôpital, association) ou, pour un assistant social communal, au maire. Ce recours, souvent écrit, détaille les faits, leurs conséquences et demande une réponse formelle : changement de référent, médiation, explication sur une décision prise, etc.

Ce type de démarche peut aboutir à un rappel à la déontologie, à une formation, voire à des sanctions internes. Il ne remplace pas une éventuelle plainte au pénal, mais constitue souvent une étape indispensable pour montrer que vous avez tenté de régler le litige à un niveau administratif. Il permet aussi de constituer des pièces utiles si la situation dégénère.

Saisine du défenseur des droits, de l’ordre professionnel (belgique) ou des instances internes (ANAS)

Lorsque le problème concerne directement l’accès à un service public (CAF, CPAM, Pôle emploi, préfecture, mairie, CCAS, MDS), la saisine du Défenseur des droits est un levier puissant. Ce dernier intervient en cas de difficultés persistantes après épuisement des démarches classiques et peut formuler des recommandations, intervenir auprès des administrations, voire dénoncer des discriminations.

En Belgique, les assistants sociaux sont encadrés par un Ordre professionnel qui peut être saisi pour des manquements déontologiques : divulgation d’informations, attitude maltraitante, partialité dans l’évaluation, etc. En France, l’ANAS (Association nationale des assistants de service social) n’a pas de pouvoir disciplinaire, mais dispose de commissions éthiques internes pouvant recevoir des signalements, émettre des avis et nourrir un débat professionnel utile, notamment dans les affaires médiatisées de retrait d’enfants contesté.

Contentieux administratif devant le tribunal administratif pour faute de service public social

Si l’assistant social incriminé est agent d’une collectivité (département, commune) ou d’un établissement public (hôpital, établissement médico-social public), la faute de service peut être contestée devant le tribunal administratif. Il peut s’agir, par exemple, d’un refus illégal de domiciliation, d’une carence manifeste dans la protection d’un enfant signalé, ou d’un défaut d’information ayant entraîné une perte de droits sociaux.

Le contentieux administratif vise l’entité publique (département, commune, hôpital), non la personne physiquement, même si son comportement est au cœur du litige. Il permet d’obtenir une réparation financière ou l’annulation d’une décision administrative (par exemple le refus d’une prestation sociale après un rapport social erroné). La procédure est technique, mais des associations spécialisées et des avocats en droit public peuvent vous accompagner pour monter un dossier solide.

Démarches pratiques pour déposer plainte contre un assistant social : étapes et documents clés

Constitution d’un dossier probatoire : comptes rendus d’entretien, mails, SMS, enregistrements, témoins

Avant toute démarche formelle, la priorité consiste à rassembler les preuves. Concrètement, il est utile de consigner chaque entretien dans un carnet ou un fichier : date, lieu, participants, propos tenus, décisions annoncées. Les mails, SMS, courriers recommandés, comptes rendus de réunions sont des éléments précieux. Les décisions de justice (ordonnance du juge des enfants, jugement d’expulsion, notification de la CAF) permettent de montrer l’impact concret du comportement contesté.

Les témoignages de proches présents lors d’entretiens (conjoint, ami, médiateur) peuvent être recueillis sous forme d’attestations sur l’honneur. En matière de signalement abusif, chaque document montrant le décalage entre la réalité (certificats médicaux, bulletins scolaires, rapports d’autres professionnels) et le rapport social incriminé est essentiel. Cette constitution de dossier prend du temps, mais elle donne de la force à vos arguments, que ce soit dans une plainte pénale, un recours administratif ou une saisine du Défenseur des droits.

Rédaction d’un courrier de plainte détaillé : chronologie des faits, préjudice, textes de loi cités

Que ce soit pour le procureur, un chef de service ou le Défenseur des droits, le courrier de plainte doit être précis et structuré. Une méthode efficace consiste à établir une chronologie claire : dates, événements, interventions de l’assistant social, décisions prises, conséquences pour vous ou vos enfants. Ensuite, il convient de décrire le préjudice : angoisse, dépression, perte de droits sociaux, retrait d’enfant, perte de logement, etc., en s’appuyant sur des pièces médicales ou administratives.

Citer quelques textes de loi pertinents renforce le sérieux de la démarche : article 226-13 du Code pénal pour la violation du secret, article 222-33-2-2 pour le harcèlement moral, articles du Code de l’action sociale et des familles sur la mission des travailleurs sociaux, etc. L’objectif n’est pas de faire un exposé juridique, mais de montrer que vous connaissez vos droits et que les faits allégués ne sont pas de simples ressentis, mais peuvent correspondre à des manquements objectivables.

Accompagnement juridique par un avocat, une association d’usagers (ATD quart monde, FNARS) ou un syndicat

Face à un service social, l’impression d’affronter une institution toute-puissante est fréquente. Pour rééquilibrer le rapport de force, l’appui d’un avocat spécialisé en droit de la famille, en droit public ou en droit pénal s’avère souvent décisif. Un professionnel du droit peut analyser votre dossier, filtrer les arguments pertinents, rédiger des courriers plus efficaces et vous représenter devant les tribunaux.

Des associations comme ATD Quart Monde, la Fédération des acteurs de la solidarité (ex-FNARS), ou des collectifs de parents confrontés à l’ASE peuvent également vous soutenir, tant sur le plan juridique que psychologique. Dans certains cas, même un syndicat de travailleurs sociaux peut être surpris par la gravité d’un comportement et participer à une réflexion interne pour éviter les dérives, ce qui montre que dénoncer une faute ne signifie pas être « contre » tout le travail social, mais contre des pratiques déviantes.

Suivi de la procédure : classement sans suite, médiation pénale, poursuites, audience correctionnelle

Une fois la plainte pénale déposée, plusieurs issues sont possibles. Le procureur peut décider d’un classement sans suite faute de preuve suffisante ou parce que les faits ne sont pas suffisamment caractérisés. Il peut aussi proposer une médiation pénale, où vous rencontrez le professionnel (ou sa hiérarchie) avec un médiateur pour trouver une solution amiable : excuses, engagement à modifier les pratiques, changement de référent.

Si les faits apparaissent graves et bien étayés, des poursuites peuvent être engagées devant le tribunal correctionnel. L’audience permet alors d’exposer votre point de vue, de produire vos pièces, tandis que la défense de l’assistant social présentera ses arguments. Les condamnations de travailleurs sociaux restent statistiquement rares, notamment pour des signalements jugés de bonne foi, mais elles existent, en particulier pour des cas de harcèlement, de violences ou de violation du secret professionnel. Quelle que soit l’issue, la démarche peut avoir un impact symbolique fort et contribuer à des changements internes.

Cas concrets de mise en cause d’un travailleur social : exemples de jurisprudence et scénarios typiques

Plainte pour signalement abusif à l’aide sociale à l’enfance (ASE) et retrait d’enfants contesté

Un scénario fréquent concerne le signalement abusif à l’ASE ou au juge des enfants. Un parent se voit reprocher une prétendue instabilité, des troubles psychologiques ou une incapacité éducative sur la base d’entretiens rapides, sans corroboration médicale ni scolaire. Les enfants sont placés, parfois à plusieurs centaines de kilomètres, et les visites deviennent rares.

Dans ces situations, le recours prioritaire est l’appel de la décision du juge des enfants, puis, éventuellement, une plainte pénale pour faux intellectuel ou dénonciation calomnieuse si un non-lieu ou une ordonnance de mainlevée démontre que les accusations étaient infondées. Il s’agit d’un contentieux complexe : les juges acceptent rarement de condamner un travailleur social ayant agi, même maladroitement, au nom de la protection de l’enfance, sauf en cas de manipulation manifeste des faits ou d’animosité personnelle clairement prouvée.

Mise en cause pour divulgation de données médicales ou sociales dans un rapport à la CAF ou à la CPAM

Autre cas typique : un assistant social transmet à la CAF ou à la CPAM des informations médicales ou sociales sans lien direct avec la prestation demandée, par exemple des éléments sur une ancienne hospitalisation en psychiatrie, des conflits familiaux ou un passé judiciaire prescrit. Ces données se retrouvent dans un rapport social qui sert de base à un contrôle ou à une suspension de droits.

Une telle divulgation peut être analysée comme une violation du secret professionnel si elle n’était pas strictement nécessaire à l’instruction du dossier. Le Défenseur des droits a, à plusieurs reprises, rappelé que le partage de données sensibles doit être proportionné et limité. Une plainte pénale sur le fondement de l’article 226-13 du Code pénal, accompagnée d’une réclamation auprès de la structure d’appartenance, peut alors être envisagée, surtout si l’impact sur vos droits sociaux est important.

Affaires de harcèlement moral dans un CCAS ou un centre médico-social de département

Le harcèlement moral ne touche pas seulement les usagers : il peut aussi concerner des salariés, parfois entre assistants sociaux ou avec leur hiérarchie. Des affaires de harcèlement au sein de CCAS ou de centres médico-sociaux ont donné lieu à des condamnations, tant au pénal qu’aux prud’hommes, lorsque des pratiques de management toxiques, des charges de travail intenables ou des humiliations répétées étaient prouvées.

Pour vous, usager, ces affaires montrent que les travailleurs sociaux eux-mêmes ne sont pas toujours en position de force et peuvent être poussés à des comportements inadaptés par des contraintes institutionnelles. Cela ne justifie pas une faute, mais aide à comprendre le contexte. En cas de harcèlement moral envers un usager (propos répétitifs dénigrants, menaces, pressions), la démarche probatoire reste similaire : consigner, documenter, faire constater l’impact sur votre santé, mobiliser les dispositifs de protection, puis, si nécessaire, saisir la justice.

Responsabilité engagée après un refus de prise en charge d’une personne sans-abri ou en danger

Des décisions de justice ont parfois reconnu la responsabilité de services sociaux après un refus de prise en charge d’une personne vulnérable, notamment à la rue. Lorsque la carence est manifeste (par exemple, refus réitéré de domiciliation, absence de prise en compte d’un état de santé critique, inaction face à une situation de danger grave), les tribunaux administratifs ont pu condamner des collectivités pour faute, avec indemnisation.

Pour vous, si une personne dépendante (personne âgée isolée, personne handicapée, mineur non accompagné) subit un refus d’aide ou une absence d’orientation, la collecte d’éléments objectifs (certificats médicaux, courriers restés sans réponse, témoignages) et la saisine rapide d’un juge des référés peuvent permettre de faire cesser le danger, avant même d’envisager la responsabilité de l’assistant social ou du service sur le long terme.

Stratégies alternatives à la plainte pénale : médiation, conciliation et changement de référent social

La plainte pénale n’est pas toujours le chemin le plus adapté ni le plus protecteur, surtout si vous dépendez encore du service social pour l’ouverture de droits, l’accompagnement ou la protection de vos enfants. Selon les situations, une stratégie graduée peut être plus efficace. La demande de changement de référent social, par exemple, permet parfois de sortir d’une relation dégradée et de repartir sur des bases plus sereines avec un autre professionnel.

La médiation ou la conciliation interne, sous l’égide d’un responsable hiérarchique ou d’un médiateur externe, permet de mettre à plat les incompréhensions, de pointer les phrases blessantes, les erreurs de formulation dans les rapports, et de convenir de pratiques plus respectueuses. Dans certains départements, des chartes de relation usagers–travailleurs sociaux ont été mises en place après des remontées de terrain importantes sur la maltraitance institutionnelle. Les utiliser comme support de discussion peut vous offrir un cadre de dialogue plus équilibré.

Enfin, s’appuyer sur un réseau (associations d’usagers, collectifs, avocats, professionnels de santé) aide à ne pas rester seul face à l’institution. Se sentir soutenu, pouvoir confronter sa perception à celle d’autres personnes passées par des parcours similaires, permet aussi de mieux décider quand une plainte contre un assistant social est pertinente, et quand d’autres leviers – recours administratifs, changement d’interlocuteur, accompagnement spécialisé – offriront, pour vous et vos proches, une issue plus rapide et plus sécurisante.