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Se sentir exclu de sa belle-famille est une douleur très particulière. Elle touche à la fois l’estime de soi, la sécurité affective du couple et, parfois, le bien-être des enfants. Beaucoup de personnes décrivent ce malaise comme une sorte de « deuxième adolescence »: vous débarquez dans un groupe déjà soudé, avec ses codes, son histoire, ses tabous, et vous avez l’impression de déranger. Quand les remarques blessantes, les oublis d’invitation ou les comparaisons avec d’autres belles-filles ou gendres se répètent, le doute s’installe: « Est-ce que le problème vient de moi ? ». Comprendre ce qui se joue réellement derrière ce rejet apparent, apprendre à poser des limites et à préserver votre santé mentale devient alors essentiel pour ne pas laisser ces tensions familiales grignoter votre vie de couple et votre équilibre personnel.

Identifier les dynamiques familiales qui génèrent le sentiment d’exclusion dans la belle-famille

Repérer les alliances implicites, clans et coalitions au sein de la belle-famille (modèle de salvador minuchin)

Si vous avez l’impression de ne « jamais trouver votre place » dans votre belle-famille, l’une des premières pistes consiste à observer sa structure comme un thérapeute systémicien le ferait. Salvador Minuchin, père de la thérapie familiale structurale, décrit les familles comme des systèmes organisés autour de frontières plus ou moins claires entre les sous-groupes: parents, fratrie, grands-parents, etc. Dans certaines belles-familles, ces frontières sont si rigides qu’aucun « nouveau venu » ne peut entrer dans le cercle intime. Dans d’autres, au contraire, tout le monde s’en mêle, chacun se sent autorisé à commenter ou critiquer votre couple, ce qui crée un sentiment d’intrusion.

Repérez les coalitions durables: une belle-mère et un fils « en duo », deux belles-sœurs très alliées, un clan « famille de sang » qui prend systématiquement des décisions sans vous. Ce n’est pas forcément contre vous, mais si votre conjoint reste coincé dans ces alliances historiques, vous aurez du mal à être perçu comme un membre à part entière. Visualiser ces sous-groupes aide déjà à cesser de vous culpabiliser: vous n’êtes pas en train d’échouer individuellement, vous arrivez dans un système déjà rigide.

Analyser les règles implicites et non-dits familiaux (loyautés invisibles selon ivan Boszormenyi-Nagy)

Les « loyautés invisibles », concept développé par Ivan Boszormenyi-Nagy, expliquent nombre de tensions avec la belle-famille. Dans chaque clan familial existent des règles implicites: « on fête toujours Noël ensemble », « on ne contredit pas maman », « les enfants restent proches du village », etc. Quand vous arrivez avec un autre style de vie, une autre culture ou des blessures personnelles, il suffit de refuser un seul rituel pour apparaître comme la personne qui « casse la famille ».

Interroger ces règles implicites est précieux. Par exemple, si votre belle-mère reproche que « tout a changé depuis ton arrivée », il est possible qu’elle se sente trahie dans une ancienne promesse tacite passée avec son enfant: « tu seras toujours là pour moi ». Le sentiment d’exclusion vient alors du fait que vous êtes traitée non comme une personne, mais comme une menace pour cet ancien contrat familial. Comprendre ce mécanisme permet de prendre du recul: vous n’êtes pas la cause profonde du conflit, vous êtes le révélateur d’une loyauté déjà en tension.

Comprendre le rôle de la place du conjoint dans le système familial d’origine

Votre conjoint n’arrive pas « neutre » dans votre couple: il ou elle occupe une place spécifique dans sa famille d’origine (enfant préféré, médiateur, confiant de la mère, petit dernier, etc.). Cette place influence fortement la manière dont il réagira quand vous vous sentez rejeté par la belle-famille. Par exemple, un enfant longtemps parentifié (qui a pris soin de ses parents) aura beaucoup de mal à contrarier sa mère, même si vous souffrez. À l’inverse, un enfant longtemps critiqué par sa famille peut sur-réagir et couper brutalement les ponts dès le moindre conflit.

Se demander: « Quelle était la fonction de mon conjoint dans sa famille ? » éclaire souvent les blocages. Cela aide aussi à ajuster les attentes: demander à quelqu’un très fusionnel avec sa mère de vous défendre tout de suite de manière frontale est souvent irréaliste. Un travail progressif de différenciation, parfois accompagné par une thérapie systémique, sera plus adapté que des ultimatums immédiats.

Différencier rejet personnel, loyauté familiale et simple différence culturelle

Tout malaise avec la belle-famille n’est pas un rejet de votre personne. Il est crucial de différencier:

  • le rejet personnel (commentaires dévalorisants, racisme, mépris clair pour votre histoire ou vos origines) ;
  • la loyauté familiale (priorité systématique accordée au « noyau dur », même si vous êtes appréciée) ;
  • la différence culturelle (manière de parler plus froide, humour ironique, mode de vie alternatif, etc.).

Cette distinction change votre manière de réagir. Face à un véritable rejet (discrimination, humiliation publique), la priorité devient la protection de votre intégrité et de vos enfants. Face à une loyauté familiale forte ou à une différence de style, l’enjeu est plutôt de traduire les codes, de choisir ce que vous acceptez de rejoindre et ce que vous préférez laisser à distance. Se poser la question: « Seraient-ils plus chaleureux avec quelqu’un exactement comme moi, mais d’un autre statut ? » aide parfois à clarifier s’il s’agit d’un problème de personne ou de système.

Décrypter les mécanismes psychologiques du sentiment d’exclusion conjugale et familiale

Schémas d’abandon et d’exclusion selon la thérapie des schémas de jeffrey young

La thérapie des schémas, développée par Jeffrey Young, montre comment certaines blessures précoces colorent toutes vos relations ultérieures. Si vous avez grandi avec un parent froid, critique ou imprévisible, un schéma d’abandon/exclusion peut s’être installé. Dans ce cas, chaque signe de distance de la belle-famille risque d’activer une alarme disproportionnée: une simple remarque maladroite est perçue comme la preuve que « personne ne veut vraiment de toi ».

Selon une méta-analyse publiée en 2022, ces schémas précoces augmentent significativement le risque de dépression et d’anxiété sociale à l’âge adulte. Identifier votre propre schéma ne signifie pas que « vous inventez » le problème. Cela permet plutôt de distinguer ce qui vient du présent et ce qui appartient au passé. Cette lucidité facilite des réactions plus ajustées: parfois une mise au point ferme est nécessaire, parfois un travail sur vos souvenirs d’enfance est plus prioritaire que de tenter, encore et encore, de convaincre une belle-famille fermée de vous aimer.

Gestion de la dissonance cognitive entre image idéale de la belle-famille et réalité

Beaucoup de personnes portent une image idéale de la belle-famille: un clan chaleureux, soudé, des grands-parents disponibles et bienveillants, des belles-sœurs conviviales. Quand la réalité est faite de critiques, de comparaisons et de non-invitations, une forte dissonance cognitive apparaît. Le cerveau cherche à réduire cet inconfort en modifiant soit la perception (« ils ne sont pas si méchants »), soit les attentes (« de toute façon, la famille c’est surfait »), soit la situation (prise de distance).

Reconnaître cette dissonance évite de rester coincé dans une attente interminable. À force d’espérer que la belle-famille se transforme, certains couples acceptent l’inacceptable: humiliations répétées, favoritisme brutal entre petits-enfants, instrumentalisation des enfants pour faire pression. Accepter que « cette famille-là ne sera jamais celle de la publicité parfaite » peut être douloureux, mais ouvre la porte à d’autres formes de famille choisie et à des fêtes où vos enfants se sentent réellement à leur place.

Impact de l’attachement anxieux ou évitant sur la perception des interactions familiales

Les recherches sur la théorie de l’attachement montrent que près de 40% des adultes présentent un style d’attachement non sécurisant (anxieux ou évitant). Un attachement anxieux amplifie la peur de ne pas être aimé: vous guettez les signes d’inclusion ou d’exclusion, vous interprétez chaque silence comme un rejet. Un attachement évitant pousse au contraire à minimiser les blessures, à couper trop vite les liens et à se convaincre que « la famille ne sert à rien » pour ne pas ressentir la douleur.

Se demander honnêtement: « Comment réagis-tu généralement au conflit ? Tu fuis ou tu t’accroches ? » aide à comprendre pourquoi les mêmes situations semblent supportables à certains, insupportables à d’autres. Les études récentes en psychologie familiale montrent d’ailleurs que la qualité du lien conjugal amortit fortement l’impact négatif d’une belle-famille critique: se sentir épaulé par son partenaire diminue de moitié le stress perçu lors des repas de famille tendus.

Effets cumulatifs du micro-rejet (micro-agressions, remarques passives-agressives)

Le sentiment d’exclusion naît rarement d’un seul événement. Il résulte souvent d’un empilement de micro-rejets: une blague sur votre origine, une absence de cadeau quand tout le monde en reçoit, un repas de famille préparé « en cachette » avec vos enfants, une conversation entière menée sans vous adresser la parole. Pris isolément, chaque épisode peut sembler « pas si grave ». Mais cumulés, ils agissent comme des gouttes d’acide sur l’estime de soi.

Des études récentes sur les micro-agressions montrent qu’elles augmentent significativement le risque de somatisations (maux de tête, troubles digestifs) et d’épuisement émotionnel. Si vous sortez systématiquement vidée des réunions familiales, irritable avec vos enfants, incapable de dormir après un repas chez vos beaux-parents, il ne s’agit pas de simple susceptibilité. Votre corps signale que la charge émotionnelle est devenue trop lourde.

Différencier hypersensibilité relationnelle et véritable mise à l’écart systémique

Une question délicate traverse souvent l’esprit: « Est-ce que j’exagère ? ». Distinguer hypersensibilité relationnelle et mise à l’écart systémique demande un minimum d’honnêteté et, parfois, un regard extérieur (thérapeute, ami lucide). Quelques repères aident:

Indicateurs d’hypersensibilité Indicateurs de mise à l’écart systémique
Les autres membres (y compris votre conjoint) ne perçoivent pas le climat comme hostile Plusieurs personnes (conjoint, amis, autres belles-sœurs) remarquent les attitudes d’exclusion
Les comportements blessants sont rares et suivis d’excuses sincères Les comportements se répètent malgré des mises au point claires
Votre malaise ressemble à d’autres situations sociales (travail, amis) Le malaise est spécifique à ce groupe familial et votre conjoints y a aussi souffert

Dans les deux cas, votre souffrance mérite d’être prise au sérieux. Mais la stratégie sera différente: dans l’hypersensibilité, un travail sur vos schémas et votre régulation émotionnelle sera central. Dans la mise à l’écart systémique, la priorité sera la protection, la mise de limites et une stratégie de couple alignée.

Mettre en place une communication assertive avec son conjoint face à la belle-famille

Structurer un entretien de couple type « réunion de débrief » après les repas familiaux

Après un déjeuner tendu chez les beaux-parents, le couple se retrouve souvent pris dans un cycle explosif: l’un déborde d’émotion, l’autre se sent attaqué dès qu’il entend une critique envers sa famille. Installer une sorte de rituel de débrief peut transformer ces moments en espace de régulation plutôt qu’en champ de bataille. L’idée est d’annoncer la règle à l’avance: « Au retour, on prend 20 minutes pour en parler calmement, sans régler tous les comptes du passé ».

Vous pouvez structurer ce débrief en trois temps: d’abord, chacun raconte son vécu (sans être interrompu), ensuite vous identifiez ensemble les moments les plus douloureux ou les plus tendus, enfin vous notez une ou deux choses concrètes à ajuster pour la prochaine fois (temps de présence, placement à table, réponse à une remarque). Ce cadre limite la tentation de rejouer la scène pendant des jours et protège la relation de couple de la contamination par les conflits familiaux.

Utiliser la communication non violente (CNV – rosenberg) pour exprimer le vécu d’exclusion

La communication non violente (CNV) propose une structure simple en quatre étapes pour exprimer un reproche sans attaquer l’autre: observation, sentiment, besoin, demande. Par exemple, au lieu de dire: « Ta mère me déteste, tu ne fais rien », vous pouvez formuler: « Quand, au repas, ta mère a organisé un voyage en ne demandant l’avis qu’aux autres belles-filles, j’ai ressenti de la tristesse et de la colère. J’ai besoin de me sentir considérée comme un membre de la famille. Est-ce que tu serais d’accord pour qu’on en parle avec elle, ou au moins que tu lui dises que ça t’a gêné ? ».

Cette façon de parler ne garantit pas une réaction idéale, mais elle augmente nettement vos chances d’être entendu plutôt que classé comme « trop susceptible ». Elle vous oblige aussi à clarifier vos propres besoins: cherchez-vous une prise de position publique de votre conjoint, un simple soutien en privé, ou une baisse de la fréquence des visites ? Plus votre demande est précise, plus elle a de chances d’être prise en compte.

Co-construire une stratégie commune de réponse aux comportements intrusifs ou hostiles

Une belle-famille envahissante ou méprisante met le couple à l’épreuve: si chacun réagit en solo, le climat devient explosif. L’objectif est de construire une stratégie de couple, même minimale. Par exemple: décider ensemble que, si une remarque blessante apparaît, votre conjoint interviendra au moins une fois pendant le repas, ou qu’il quittera la pièce avec vous si les choses dégénèrent. Ce type de pacte renforce votre sentiment de ne plus être seul face au clan.

Il est utile de passer en revue les scénarios les plus fréquents: critiques sur l’éducation des enfants, commentaires racistes, allusions aux ex-conjoints, comparaisons avec une autre belle-fille idéale. Pour chaque scénario, préparez 1 à 2 phrases-type et une action de repli (changer de sujet, se lever, proposer d’aider en cuisine). L’idée n’est pas de jouer un rôle, mais de ne plus être totalement pris au dépourvu.

Fixer des limites claires : fréquence des visites, temps de présence, canaux de communication

Se sentir exclu de la belle-famille pousse parfois à deux extrêmes: tout accepter pour prouver sa bonne volonté, ou couper brutalement les ponts pour ne plus souffrir. Entre ces deux pôles existent de nombreuses options. Fixer des limites claires est une forme d’hygiène relationnelle, pas une déclaration de guerre. Cela peut concerner:

  • la fréquence des visites (« une fois par mois, pas tous les dimanches ») ;
  • la durée (« on vient pour le déjeuner, pas pour le week-end entier ») ;
  • les canaux de communication (« les remarques sur notre couple ne se font pas devant les enfants »).

Les recherches en thérapie de couple montrent qu’un des meilleurs prédicteurs de la satisfaction conjugale, à long terme, est la capacité du couple à établir un périmètre de protection autour de sa vie privée. Cela vaut particulièrement quand la belle-famille ne respecte pas spontanément les frontières.

Techniques de gestion des conflits et de mise de limites avec la belle-famille

Appliquer la méthode DESC pour recadrer une belle-mère ou un beau-père envahissant

La méthode DESC (Décrire, Exprimer, Spécifier, Conclure) est un outil classique d’affirmation de soi. Elle convient bien aux situations où vous devez poser une limite sans exploser. Par exemple, si votre belle-mère organise des sorties « secrètes » avec vos enfants pour vous exclure, une réponse possible serait:

« Hier, j’ai appris que vous aviez emmené les enfants goûter sans m’en parler (Décrire). Je me suis sentie mise à l’écart et cela me blesse (Exprimer). J’ai besoin que les sorties avec eux soient décidées avec nous, leurs parents, et que je sois invitée ou, au minimum, prévenue (Spécifier). Sinon, je serai obligée de limiter les moments où ils viennent seuls chez vous (Conclure). »

Ce type de recadrage ne plaira pas forcément à la personne en face, surtout si elle n’a pas l’habitude qu’on lui fixe des frontières. Mais il vous permet de sortir du rôle de victime silencieuse ou de la colère explosive, en occupant une position adulte, claire et cohérente.

Négocier des « frontières relationnelles » saines (frontières claires vs frontières diffuses)

En thérapie systémique, on distingue les frontières claires (chacun connaît sa place), rigides (les autres ne peuvent pas entrer) et diffuses (tout le monde se mêle de tout). De nombreuses belles-familles fonctionnent avec des frontières diffuses: les parents commentent tout, les frères et sœurs décident de vos vacances, les grands-parents se croient autorisés à juger en public votre intimité de couple.

Négocier des frontières relationnelles plus saines consiste à redéfinir ce qui appartient au couple et ce qui appartient au clan. Par exemple, l’éducation quotidienne des enfants relève du couple; les grands-parents peuvent être consultés, mais ne décident pas. Vos projets professionnels ne sont pas un sujet de vote collectif, même si la famille a tendance à tout discuter ensemble. Poser ces repères permet de maintenir un lien avec la belle-famille tout en protégeant votre noyau conjugal.

Stratégies de désescalade lors des repas de famille tendus (noël, mariages, baptêmes)

Certains contextes sont statistiquement plus à risque de conflits: Noël, mariages, baptêmes, anniversaires importants. Les psychologues familiaux parlent même d’événements déclencheurs. Quelques stratégies concrètes de désescalade peuvent vous aider à traverser ces moments avec moins de dégâts émotionnels:

  1. Arriver en ayant déjà discuté avec votre conjoint d’un « plan de sortie » si la tension monte.
  2. Limiter les sujets inflammables (politique, religion, vaccination, choix éducatifs) avec certaines personnes.
  3. Utiliser l’humour ou le changement de sujet quand une remarque passive-agressive survient.
  4. Proposer des activités structurées (jeux avec les enfants, balade) pour éviter les discussions en cercle fermé.

Un point essentiel: vous avez le droit de quitter une pièce, de faire une pause à l’extérieur ou de rentrer plus tôt si l’ambiance devient toxique. Ce n’est pas de la dramatisation, c’est de la régulation émotionnelle. De récentes études montrent que les conflits familiaux non gérés lors des fêtes de fin d’année augmentent significativement les symptômes dépressifs en janvier; anticiper ces moments est donc une vraie mesure de santé mentale.

Poser des ultimatums proportionnés sans menacer la stabilité du couple

Dans les cas les plus graves (racisme assumé, humiliation de vos enfants, chantage affectif permanent), des limites fortes deviennent nécessaires. Poser un ultimatum ne signifie pas menacer votre conjoint, mais clarifier votre seuil de tolérance. Par exemple: « Si tes parents continuent à favoriser ouvertement tes neveux au détriment de nos enfants, je ne participerai plus aux grandes fêtes chez eux. »

Un ultimatum proportionné:

  • cible un comportement précis (pas une personne entière) ;
  • annonce à l’avance ce que vous ferez pour vous protéger ;
  • reste compatible avec la poursuite du couple (vous ne mettez pas votre partenaire devant un choix impossible immédiat).

Les thérapeutes de couple constatent que, lorsque rien d’autre n’a fonctionné, ces limites claires peuvent paradoxalement apaiser la situation: chacun sait enfin « jusqu’où il peut aller ». À condition que l’ultimatum soit réellement appliqué s’il n’est pas respecté, faute de quoi la belle-famille apprend que vos menaces sont vides et la dynamique toxique se renforce.

Préserver son estime de soi et sa santé mentale face au rejet de la belle-famille

Mettre en place une hygiène émotionnelle : journaling, thérapie individuelle, groupes de parole

Être constamment exposé à une belle-famille froide ou malveillante agit comme une érosion lente de l’estime de soi. Mettre en place une hygiène émotionnelle devient aussi important que se brosser les dents. Le journaling (écriture régulière de ce que vous vivez) permet de sortir les émotions de votre tête, de repérer les répétitions et de voir, noir sur blanc, ce qui dépasse vos limites.

Une thérapie individuelle aide à démêler ce qui appartient à votre histoire (relations toxiques avec vos propres parents, traumas d’enfance) et ce qui relève du présent. De plus en plus de groupes de parole, en ligne ou en présentiel, accueillent des personnes confrontées à une belle-famille toxique ou à une belle-mère envahissante. S’entendre dire « moi aussi » par d’autres allège souvent la honte et le sentiment d’être « trop fragile ».

Utiliser les outils de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour recadrer les pensées de rejet

La TCC est particulièrement utile quand la belle-famille occupe votre esprit des jours après chaque rencontre. Le principe est de repérer les pensées automatiques (« Je ne vaux rien », « Personne ne m’aimera jamais dans cette famille ») et de les confronter à la réalité. Par exemple, vous pouvez vous demander: « Quelles preuves objectives ai-je de cette pensée ? », « Existe-t-il des contre-exemples ? » (un beau-frère qui vous respecte, des amis qui vous apprécient).

Une pensée n’est pas un fait. Être rejeté par une famille ne signifie pas être inaimable. Cela signifie souvent être incompatible avec ses normes, ses blessures ou ses préjugés.

Des exercices de restructuration cognitive, combinés à des techniques de relaxation (respiration, cohérence cardiaque), réduisent l’intensité des ruminations. Selon plusieurs études, une dizaine de séances de TCC centrées sur l’estime de soi et les habiletés sociales permettent déjà une baisse significative du sentiment de rejet dans les relations complexes.

Construire un réseau de soutien alternatif : amis proches, famille choisie, communautés en ligne

Quand votre propre famille est distante ou toxique et que la belle-famille vous ferme aussi la porte, le risque est de vous retrouver en quasi-isolement affectif, avec le seul conjoint comme point d’appui. Or aucun partenaire ne peut porter à lui seul le poids de toutes les blessures anciennes plus les tensions actuelles. Construire une famille choisie devient alors une stratégie de survie psychique.

Cela peut passer par quelques amis proches avec qui échanger sur ces sujets, par une marraine ou un parrain de cœur pour vos enfants, par des communautés en ligne spécialisées dans les relations toxiques avec la belle-famille. Les données récentes en psychologie sociale montrent qu’un réseau de soutien de 3 à 5 personnes fiables suffit souvent à diviser par deux le risque de dépression en contexte de conflit familial chronique. S’autoriser à s’appuyer sur d’autres que le conjoint n’est pas une trahison, c’est une forme de responsabilité envers soi-même.

Prévenir le burn-out relationnel et les somatisations liées au stress familial

Le burn-out relationnel n’est pas une notion officielle des manuels de diagnostic, mais décrit très bien l’état d’épuisement profond que provoquent des années de tensions avec la belle-famille. Les signes à surveiller: irritabilité constante après les visites, sensation de « s’éteindre » émotionnellement, maux physiques récurrents avant ou après les rencontres (migraine, troubles digestifs, douleurs musculaires), désinvestissement du couple ou des enfants par manque d’énergie.

Prévenir cet épuisement passe par des mesures concrètes: espacer les rencontres, réduire leur durée, instaurer systématiquement un temps de récupération après (balade, activité plaisante, moment seul), renforcer les rituels positifs avec vos enfants et votre conjoint pour contrebalancer le climat toxique. Consulter un médecin en cas de symptômes physiques persistants est aussi important: le corps parle parfois plus fort que la conscience. Les études en psychosomatique confirment le lien entre conflits familiaux non résolus et augmentation des troubles du sommeil, de l’hypertension et des douleurs chroniques.

Quand et comment consulter un professionnel : thérapie de couple, systémique ou médiation familiale

Certains couples tentent pendant des années de gérer seuls la relation avec la belle-famille, jusqu’au jour où la lassitude, la rancœur ou la haine menacent la relation elle-même. Savoir repérer le moment où un soutien professionnel devient nécessaire est une forme de lucidité. Quelques signaux d’alerte peuvent guider:

  • Les disputes à propos de la belle-famille occupent une place centrale dans vos conflits de couple.
  • Votre conjoint se sent systématiquement pris en étau et n’arrive plus à se positionner.
  • Vous ressentez une haine ou un dégoût durable envers la belle-famille qui commence à vous faire peur.
  • Les enfants sont clairement impactés (questionnements sur leur valeur, tristesse après les réunions familiales, favoritisme manifeste de la part des grands-parents).

La thérapie de couple permet de remettre le focus sur votre alliance: que souhaitez-vous protéger ensemble ? Quelle place donner, ou ne plus donner, à la famille élargie ? Un thérapeute formé à la thérapie systémique peut, de son côté, vous aider à cartographier les dynamiques familiales, à clarifier les loyautés invisibles et à élaborer des stratégies progressives de repositionnement. Dans certains cas, une médiation familiale avec un tiers neutre offre un espace pour nommer le ressenti d’exclusion et négocier de nouvelles règles de fonctionnement, surtout lorsque les grands-parents tiennent à garder un lien avec les petits-enfants.

Quelle que soit la voie choisie, l’objectif n’est pas de transformer une belle-famille difficile en famille idéale, mais de sécuriser votre couple et vos enfants. Se sentir exclu de la belle-famille n’a pas à devenir un destin figé: entre mise à distance, nouvelles règles, soutien thérapeutique et construction d’une famille choisie, plusieurs chemins existent pour retrouver une place digne, même si cette place ne sera jamais pleinement reconnue par tout le clan d’origine de votre conjoint.