Arrêter la paroxétine est souvent beaucoup plus difficile que de la commencer. De nombreux patients décrivent un parcours semé de vertiges, de « brain zaps », de nausées et d’angoisses de rebond, au point de douter de leur santé mentale ou de perdre confiance dans le corps médical. Pourtant, un sevrage de la paroxétine peut se dérouler de façon maîtrisée et aboutir à un véritable mieux-être, à condition d’être informé, encadré et de respecter le rythme du cerveau.

Le vécu partagé sur les forums, les études récentes de pharmacologie et les recommandations d’instances comme la HAS ou le NICE convergent désormais : le syndrome de sevrage des ISRS est réel, fréquent, et particulièrement marqué avec la paroxétine. Comprendre ce qui se joue dans l’organisme, savoir distinguer sevrage et rechute et disposer d’un plan de réduction progressif transforme radicalement l’expérience. Un témoignage de sevrage réussi, détaillé étape par étape, offre aussi un repère concret pour vous aider à projeter votre propre sortie de traitement.

Comprendre la paroxétine : mécanisme d’action, indications et risques de dépendance

Mécanisme d’action de la paroxétine : inhibition de la recapture de la sérotonine (ISRS)

La paroxétine appartient à la famille des ISRS, inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. En termes simples, ce médicament bloque le « recyclage » de la sérotonine au niveau de la synapse, ce qui augmente sa disponibilité dans le cerveau. Ce mécanisme améliore progressivement l’humeur, réduit l’anxiété et atténue les ruminations.

Contrairement à ce que l’on entend parfois, la paroxétine ne « crée » pas de sérotonine. Elle modifie l’équilibre entre libération, recapture et sensibilité des récepteurs. C’est un peu comme si vous réduisiez le débit d’une bonde dans une baignoire : l’eau (la sérotonine) s’accumule davantage, même si le robinet coule au même rythme. Cette action n’est pas immédiate : la plupart des études montrent un délai moyen de 2 à 4 semaines avant un effet clinique net, parfois plus en cas de trouble anxieux sévère.

Indications cliniques : dépression majeure, trouble panique, TOC, anxiété sociale (DSM-5)

Selon les critères du DSM‑5, la paroxétine est indiquée dans plusieurs tableaux psychiatriques bien définis :

  • épisode dépressif majeur, isolé ou récurrent
  • trouble panique avec ou sans agoraphobie
  • trouble obsessionnel compulsif (TOC)
  • phobie sociale et anxiété sociale généralisée

Dans la pratique, beaucoup de médecins généralistes la prescrivent aussi pour un trouble anxieux généralisé, des états de stress post-traumatique ou des dépressions mixtes anxio-dépressives. Les données de remboursement en France indiquent qu’environ 4,2 millions de personnes prennent un antidépresseur chaque année, et la paroxétine fait partie des molécules les plus utilisées dans la classe IRS. Cette large diffusion explique aussi pourquoi les témoignages de sevrage sont si nombreux.

Pharmacocinétique : demi-vie, métabolisation hépatique (CYP2D6) et variabilité interindividuelle

La paroxétine a une demi-vie relativement courte, autour de 15 à 24 heures. Cela signifie qu’en un jour, la moitié de la dose active a déjà disparu de la circulation sanguine. Ce point est crucial pour comprendre pourquoi un oubli de comprimé peut déclencher des symptômes de manque en 24 à 48 heures chez certains patients.

Le médicament est principalement métabolisé par le foie via l’enzyme CYP2D6. Or, cette enzyme présente une grande variabilité génétique : certains sujets sont « métaboliseurs rapides », d’autres « pauvres métaboliseurs ». Concrètement, à dose identique, vous pouvez avoir soit des concentrations très élevées (plus d’effets secondaires), soit au contraire une exposition moindre (efficacité partielle). Les interactions médicamenteuses (bêtabloquants, certains antipsychotiques, antiarythmiques) modulent aussi cette métabolisation et peuvent compliquer le sevrage.

Effets indésirables fréquents : dysfonctions sexuelles, prise de poids, troubles du sommeil

Les études d’observation et les avis patients convergent vers trois grands groupes d’effets indésirables fréquents sous paroxétine :

  • dysfonctions sexuelles : baisse de libido, difficulté à atteindre l’orgasme, troubles de l’érection ou de la lubrification
  • prise de poids : plusieurs travaux suggèrent un gain moyen de 2 à 5 kg la première année, avec des extrêmes bien supérieurs
  • troubles du sommeil : insomnie d’endormissement, réveils nocturnes, cauchemars, parfois au contraire hypersomnolence

Un phénomène particulier, la dysfonction sexuelle post‑ISRS, a été décrit : des troubles persistants plusieurs mois après l’arrêt du médicament. Il reste rare mais souligne l’importance d’un suivi attentif. Sur le plan clinique, ces effets secondaires constituent l’un des principaux motifs de demande de sevrage ou de changement de molécule.

Facteurs de risque de syndrome de sevrage aux ISRS, spécificités de la paroxétine vs sertraline ou fluoxétine

Une méta‑analyse publiée en 2019 montre qu’entre 26 et 86 % des patients (médiane 56 %) rapportent des symptômes de sevrage après l’arrêt d’un antidépresseur. La paroxétine, avec la venlafaxine, fait partie des molécules les plus à risque. Plusieurs facteurs augmentent la probabilité d’un sevrage difficile :

prise à dose élevée ou prolongée (plus de 12 mois), antécédents de symptômes lors d’un oubli, sensibilité marquée aux effets secondaires initiaux, polythérapie impactant les enzymes hépatiques. En comparaison, la fluoxétine, avec une demi‑vie très longue (jusqu’à 150 heures pour son métabolite actif), donne généralement des sevrages plus doux. C’est d’ailleurs la base de la stratégie de « switch vers fluoxétine » parfois utilisée pour amortir l’arrêt de la paroxétine.

Préparer un sevrage de la paroxétine : évaluation médicale, planification et sécurisation

Bilan initial avec psychiatre ou médecin généraliste : anamnèse, échelle de hamilton, PHQ-9, GAD-7

Avant de réduire la paroxétine, une évaluation structurée sécurise énormément le processus. Un psychiatre ou un médecin généraliste formé réalise une anamnèse complète : durée du traitement, épisodes antérieurs, tentatives d’arrêt, antécédents familiaux, consommation d’alcool ou de substances, facteurs de stress actuels. Des outils comme l’échelle de Hamilton, le PHQ‑9 pour la dépression ou le GAD‑7 pour l’anxiété permettent d’objectiver l’état clinique de départ.

Ce temps sert aussi à clarifier vos attentes : souhaitez‑vous un arrêt complet, une simple diminution pour limiter les effets indésirables, ou tester une autre molécule plus tolérable ? La littérature récente insiste sur la décision partagée : le plan de sevrage se co‑construit, plutôt que d’être imposé, ce qui réduit le risque d’arrêt brutal par ras‑le‑bol.

Stratégies de réduction progressive : tapering linéaire, micro-tapering, méthode des gouttes ou gélules ouvertes

Plusieurs stratégies existent pour organiser la diminution de la paroxétine. Le tapering linéaire (par exemple, 20 mg → 15 mg → 10 mg → 5 mg → 0) est encore très utilisé, mais les données pharmacologiques montrent qu’il provoque un « grand saut » final de 5 mg à 0, souvent mal toléré. Une approche de micro‑tapering ou de diminution hyperbolique apparaît plus physiologique : baisser de 10 à 25 % de la dose précédente tous les 2 à 4 semaines, en ralentissant à mesure que la dose devient faible.

En pratique, cela implique souvent de passer à des formes en gouttes, ou d’ouvrir des gélules pour obtenir des doses très fines (1 mg, 0,5 mg). Certains patients utilisent une seringue graduée pour doser précisément une solution buvable. Ce niveau de précision peut sembler excessif, mais pour un cerveau habitué pendant des années à une concentration stable, la différence entre 0,5 mg et rien du tout est parfois très nette en termes de symptômes.

Gestion des co‑médications : benzodiazépines, autres ISRS, IRSNa, thymorégulateurs

Beaucoup de personnes sous paroxétine prennent également un anxiolytique (alprazolam, bromazépam, etc.), un autre ISRS ou un IRSNa, voire un thymorégulateur. Un sevrage réussi tient compte de cet environnement pharmacologique. Réduire simultanément un ISRS et une benzodiazépine, par exemple, expose à un double sevrage (insomnie, agitation, irritabilité) difficile à interpréter.

Une stratégie courante consiste à stabiliser d’abord la benzodiazépine, voire à la diminuer très légèrement, puis à s’attaquer à la paroxétine. En cas d’association avec un IRSNa (venlafaxine, duloxétine), la prudence est renforcée, ces molécules ayant elles-mêmes un potentiel de sevrage important. Un avis spécialisé peut s’avérer crucial lorsque la personne cumule plusieurs psychotropes.

Calendrier de sevrage personnalisé : adaptation selon dose de départ (20 mg, 40 mg, 60 mg) et durée du traitement

Un calendrier de sevrage de la paroxétine ne se copie jamais tel quel. Une personne sous 20 mg depuis 6 mois ne sera pas gérée comme quelqu’un sous 60 mg depuis 10 ans. Les travaux de Horowitz et Taylor proposent une logique : plus la durée de traitement et la dose sont élevées, plus le tapering doit être lent et hyperbolique.

Profil Dose de départ Durée moyenne de sevrage
Traitement court (< 1 an) 20 mg 2 à 3 mois
Traitement moyen (1‑5 ans) 20‑40 mg 4 à 9 mois
Traitement long (> 5 ans) 40‑60 mg 9 à 24 mois

Ces ordres de grandeur ne sont pas des obligations, mais donnent une idée réaliste : un sevrage « propre » se mesure plus souvent en mois qu’en semaines. Beaucoup de témoignages de rechute ou de sevrage violent mentionnent une réduction en 2 ou 3 semaines, souvent trop rapide pour le système nerveux.

Plan de sécurité : repérage des facteurs suicidaires, mise en place d’un filet de soutien (proche, psychologue, CMP)

Tout projet d’arrêt d’antidépresseur inclut un plan de sécurité. Il repose sur plusieurs éléments : repérage des idées suicidaires actuelles ou passées, accessibilité d’un proche de confiance, coordonnées d’un CMP ou d’un service d’urgences psychiatriques, numéro d’écoute en cas de crise. Un « contrat de crise » écrit peut préciser : signes d’alerte personnels, personnes à contacter, conduites à éviter (alcool, conduite automobile en pleine crise, isolement prolongé).

Préparer un filet de sécurité ne signifie pas que le pire va arriver ; cela signifie surtout que le risque est pris au sérieux et que la liberté d’arrêter se construit sur une base solide.

Pour vous, cette préparation donne aussi un sentiment de maîtrise : le sevrage n’est plus un saut dans le vide, mais une traversée avec des points d’appui identifiés.

Témoignage détaillé : parcours de sevrage réussi de la paroxétine pas à pas

Point de départ : début du traitement, diagnostic de trouble anxio-dépressif et dose stabilisée à 20 mg

Le témoignage qui suit synthétise de nombreux récits proches les uns des autres. Le point de départ est un trouble anxio‑dépressif sévère, avec attaques de panique, idées noires et incapacité à travailler. La paroxétine est introduite à 10 mg pendant une semaine, puis augmentée à 20 mg. Les deux premières semaines sont difficiles : nausées, vertiges, sueurs, insomnie.

À partir de la 4ᵉ semaine, l’humeur s’éclaircit, les crises d’angoisse s’espacent. Après 9 mois, la situation extérieure s’est stabilisée (changement de poste, soutien psychothérapeutique régulier). Les effets indésirables persistent : prise de 8 kg, libido quasi nulle, migraines fréquentes. C’est à ce moment que la personne commence à envisager un sevrage réfléchi.

Phase de réduction de 20 mg à 10 mg : premiers symptômes de sevrage, vertiges, irritabilité, « brain zaps »

Avec le psychiatre, un premier palier est décidé : passage de 20 à 15 mg pendant 4 semaines, puis à 10 mg. La réduction de 20 à 15 mg se passe relativement bien, avec seulement quelques vertiges transitoires et une fatigue accrue les premiers jours. En revanche, la semaine suivant le passage à 10 mg, les symptômes de sevrage deviennent nets : sensation de décharges électriques dans la tête (« brain zaps »), labilité émotionnelle marquée, irritation pour des détails.

Plutôt que de remonter la dose, le choix est fait de prolonger ce palier de 10 mg pendant 6 semaines, le temps que le système nerveux se réadapte. Les brain zaps diminuent progressivement en fréquence et en intensité. Ce temps long évite la tentation de conclure à une rechute dépressive alors qu’il s’agit clairement de sevrage.

Transition de 10 mg à 5 mg : ajustements hebdomadaires, fractionnement des comprimés et usage d’une seringue graduée

Le passage de 10 à 5 mg est délicat car il représente, en proportion, une forte baisse de la dose. Pour l’adoucir, un micro‑tapering est mis en place : 10 mg → 9 mg → 8 mg → 7 mg → 6 mg → 5 mg, avec un palier de 2 semaines à chaque étape. Les comprimés sont d’abord coupés, puis relayés par une solution buvable afin de doser précisément les milligrammes.

Dans cette phase, le mot‑clé est « finesse » : chaque milligramme compte. Le cerveau ne réagit pas à la dose absolue, mais à la variation relative.

Vous retrouvez ici ce que décrivent des dizaines de personnes : à chaque micro‑baisse, réapparaissent quelques jours de vertige, de nausées, de mini‑crises de larmes, puis le corps se réhabitue. Tenir un journal de bord vous permet de constater que ces vagues suivent un schéma répétitif et rassurant.

Derniers milligrammes (5 mg à 0 mg) : micro-réductions, plateaux de stabilisation et gestion des rechutes temporaires

Contrairement à l’intuition, ce ne sont pas les grosses doses qui posent le plus de problèmes de sevrage, mais souvent les tout derniers milligrammes. Entre 5 mg et 0, un schéma possible est : 5 mg → 4 mg → 3 mg → 2 mg → 1,5 mg → 1 mg → 0,5 mg → 0, avec des paliers de 3 à 4 semaines. À certains paliers, le patient du témoignage constate un retour plus franc de l’anxiété et de l’insomnie.

Plutôt que d’y voir un échec, le plan est ajusté : prolongation du palier, pause de la baisse pendant un mois, ajout transitoire d’outils non médicamenteux (TCC, cohérence cardiaque, activité physique douce). Dans un cas, une petite remontée de dose (de 2 mg à 3 mg) pendant 2 semaines suffit à faire disparaître des symptômes trop invalidants, avant de reprendre un tapering encore plus lent. L’arrêt complet à 0 mg intervient ainsi après environ 12 mois de réduction progressive.

Stabilisation à long terme : 3, 6 et 12 mois après l’arrêt complet, bilan subjectif et fonctionnel

Au bout de 3 mois sans paroxétine, la personne décrit encore des fluctuations : quelques nuits très courtes, des pics d’angoisse lors de stress professionnels, mais aussi une libido redevenue présente, une perte de 3 kg, un sentiment d’« être à nouveau soi‑même ». À 6 mois, les symptômes de sevrage ont presque disparu. Ce qui subsiste relève davantage de la personnalité de base et des aléas de la vie que du médicament.

À 12 mois, le bilan fonctionnel est positif : reprise d’une activité professionnelle à temps plein, relations sociales satisfaisantes, maintien d’un suivi psychothérapeutique et d’une hygiène de vie protectrice. L’ancien patient reste conscient que la vulnérabilité anxio‑dépressive n’a pas disparu comme par magie, mais il dispose désormais d’outils autres que les antidépresseurs pour la gérer.

Symptômes de sevrage de la paroxétine : manifestations, temporalité et différenciation avec rechute

Symptômes neurologiques et sensoriels : paresthésies, « brain zaps », troubles de l’équilibre

Les symptômes neurologiques sont parmi les plus caractéristiques du sevrage de la paroxétine. Beaucoup rapportent des paresthésies (fourmillements dans les extrémités, engourdissements du visage), une sensation de « marcher sur un bateau » avec une légère instabilité, et surtout ces fameux brain zaps : micro‑décharges dans la tête, parfois déclenchées par les mouvements oculaires.

Ces sensations sont impressionnantes mais, d’après les données disponibles, bénignes. Elles reflètent la réorganisation des circuits sérotoninergiques et glutamatergiques après une exposition prolongée. Elles commencent généralement 1 à 4 jours après une baisse trop rapide et diminuent en quelques jours à quelques semaines si la dose est stabilisée.

Manifestations psychiatriques : anxiété de rebond, irritabilité, labilité émotionnelle, crises de panique

Sur le plan psychique, le sevrage se manifeste par une anxiété de rebond, des attaques de panique, une irritabilité extrême et une labilité émotionnelle (larmes faciles, colère disproportionnée). Ces signes sont parfois confondus avec une rechute de la maladie initiale, ce qui pousse certains médecins à remonter brutalement la dose ou à changer d’antidépresseur alors qu’un simple ralentissement du tapering suffirait.

Un élément clé aide à y voir plus clair : la temporalité. Dans le sevrage, ces manifestations surviennent souvent très vite après une modification de la dose (24‑72 heures) et fluctuent beaucoup au cours de la journée. Dans une rechute dépressive, les symptômes se réinstallent plus lentement, en 2 à 3 semaines, et restent plus stables.

Signes somatiques : nausées, diarrhées, sueurs nocturnes, troubles du sommeil et cauchemars intenses

Les signes somatiques complètent le tableau : nausées, parfois vomissements, diarrhées, crampes abdominales, sueurs nocturnes avec obligation de changer de linge, frissons, palpitations. Le sommeil est fréquemment perturbé : insomnies d’endormissement, réveils multiples, cauchemars très vifs, parfois à thème traumatique.

Ces symptômes somatiques de sevrage sont bien documentés, au point que certains cliniciens parlent d’un véritable « syndrome grippal » du sevrage ISRS. Là encore, ils atteignent un pic les premiers jours après la baisse, puis s’atténuent si la dose est maintenue. La connaissance de ce schéma vous évite d’attribuer ces sensations à une maladie organique grave, ce qui ajoute sinon une couche d’hypocondrie à la difficulté du sevrage.

Différencier sevrage et rechute dépressive : durée, variations journalières, déclencheurs et réponse au réajustement de dose

Distinguer sevrage et rechute est un enjeu clinique majeur. Quatre repères sont particulièrement utiles :

  1. Délai d’apparition : rapide (jours) après une baisse pour le sevrage, plus lent (semaines) pour la rechute.
  2. Variabilité : symptômes en « vagues » et fluctuations quotidiennes pour le sevrage ; humeur plus uniformément basse dans la rechute.
  3. Déclencheur clair : modification récente de la dose ou oubli de comprimés pour le sevrage ; stress de vie majeur ou aucun déclencheur précis pour la rechute.
  4. Réponse au réajustement : amélioration nette en 24‑72 heures après légère remontée de la dose pour le sevrage ; délai plus long (1‑2 semaines) pour une véritable rechute.

Cette grille de lecture partagée entre patient et médecin réduit le risque de reprendre un traitement à forte dose pour des années à cause d’un simple épisode de sevrage mal interprété.

Stratégies d’accompagnement non pharmacologiques pendant le sevrage

Thérapies cognitivo-comportementales (TCC) pour prévenir les ruminations et attaques de panique

Les TCC offrent un complément précieux pendant un sevrage de la paroxétine. Elles ciblent les pensées catastrophistes (« je vais devenir fou », « ça ne s’arrêtera jamais »), les comportements d’évitement et les attaques de panique. Concrètement, des exercices d’exposition graduée, de restructuration cognitive et d’entraînement à la tolérance de l’inconfort sont proposés.

Il est frappant de constater, dans les témoignages, à quel point les patients qui disposent d’une boîte à outils TCC vivent différemment les symptômes physiques de sevrage. Au lieu de les interpréter comme des preuves de danger, ils y voient des signaux temporaires, dus à la neuroadaptation, ce qui réduit fortement la spirale anxieuse.

Techniques de régulation du système nerveux autonome : cohérence cardiaque, méditation pleine conscience, yoga nidra

Le système nerveux autonome, qui gère respiration, rythme cardiaque et digestion, est fortement sollicité pendant le sevrage. Des techniques simples permettent de l’apaiser : cohérence cardiaque (respirer 5 secondes à l’inspiration et 5 secondes à l’expiration, pendant 5 minutes, 3 fois par jour), méditation de pleine conscience centrée sur les sensations corporelles, yoga nidra (relaxation guidée profonde).

Pensées intrusives, palpitations et sueurs nocturnes ne disparaissent pas par magie, mais leur intensité et votre réactivité émotionnelle diminuent. Comparer le cerveau en sevrage à un système électrique en train de recalibrer ses fusibles aide parfois : ces pratiques de régulation jouent alors le rôle d’un stabilisateur de tension.

Hygiène de vie ciblée : rythme circadien, activité physique modérée, réduction de la caféine et de l’alcool

Une hygiène de vie ajustée agit comme un « médicament de fond » pendant le sevrage. Trois axes ont un impact particulièrement net :

  • Rythme circadien : horaires de coucher et de lever réguliers, exposition à la lumière du jour le matin, limitation des écrans le soir.
  • Activité physique : marche rapide, vélo doux, natation 30 minutes, 3 à 5 fois par semaine, sans surentraînement.
  • Réduction des excitants : baisse progressive de la caféine, limitation stricte de l’alcool, qui accentue l’anxiété de rebond.

Plusieurs études montrent qu’une activité physique modérée réduit significativement le risque de rechute dépressive après arrêt d’antidépresseur. Pour vous, c’est aussi un moyen concret de reprendre la main sur votre corps.

Supplémentation étudiée : oméga-3, magnésium, vitamine D, en lien avec les recommandations HAS et NICE

La supplémentation ne remplace pas un plan de sevrage bien construit, mais peut l’accompagner. Les oméga‑3 (EPA/DHA) ont montré un effet modeste mais réel sur les symptômes dépressifs résiduels. Le magnésium peut atténuer nervosité et crampes musculaires, surtout en cas de déficit documenté. La vitamine D, souvent basse en population générale, est associée à l’humeur et à l’immunité.

Les recommandations HAS et NICE restent prudentes : ces compléments sont à envisager en plus d’une prise en charge globale, après bilan biologique si nécessaire. L’important est d’éviter l’empilement de produits supposés « naturels » sans cohérence, qui risque d’alourdir les dépenses sans bénéfice clair.

Groupes de parole et forums spécialisés : entraide sur des plateformes comme atoute.org ou survivors of antidepressants

Les groupes de parole, associations de patients et forums spécialisés jouent un rôle de soutien majeur. Des plateformes comme les anciens forums Atoute.org ou les communautés anglophones de type « Survivors of Antidepressants » montrent à quel point le fait de lire des expériences similaires à la vôtre diminue le sentiment d’isolement et de « folie ».

Ces espaces permettent aussi d’échanger sur des stratégies concrètes (fractionnement des comprimés, gestion des symptômes, dialogues avec les soignants). L’information y est de qualité variable, bien sûr, mais utilisée avec esprit critique et en complément d’un suivi médical, elle devient un véritable levier d’empowerment.

Suivi médical, rechute et prévention : sécuriser durablement un sevrage de la paroxétine

Calendrier de suivi avec le prescripteur : consultations mensuelles, ajustement du tapering et évaluation clinique

Un sevrage de la paroxétine se déroule rarement sans ajustement. Des consultations régulières, au moins mensuelles au début, permettent de faire le point sur les symptômes, l’adhésion au plan de tapering et les événements de vie intercurrents. C’est aussi l’occasion de réévaluer les échelles type PHQ‑9 ou GAD‑7 et de vérifier si certains signes évoquent plutôt une rechute qu’un simple sevrage.

Sur le plan pratique, ce suivi maintient un cadre : la réduction ne dépend pas uniquement des fluctuations émotionnelles du moment, mais d’une trajectoire globale discutée. Pour vous, c’est un espace où exprimer les doutes (« est‑ce que ça vaut vraiment le coup d’arrêter ? ») et ajuster le cap plutôt que de tout abandonner en plein milieu du parcours.

Outils de monitoring personnel : journaux de symptômes, échelles auto-évaluées, applications de suivi de l’humeur

Le monitoring personnel renforce la précision du suivi médical. Un simple carnet ou une application de suivi de l’humeur permet de noter chaque jour : dose prise, qualité du sommeil, niveau d’anxiété ou de tristesse (sur 0‑10), symptômes physiques de sevrage, événements marquants. Des échelles auto‑administrées courtes peuvent être répétées toutes les 2 semaines.

À la relecture, ce type de journal montre que certains « pires jours de la vie » s’inscrivent en fait dans une amélioration globale. Il vous aide aussi à repérer des déclencheurs : manque de sommeil, dispute, surcharge au travail. Partagé avec le soignant, il facilite la décision de ralentir, stabiliser ou, au contraire, continuer la baisse prévue.

Conduite à tenir en cas de symptômes sévères : ré-augmentation transitoire de dose, switch vers fluoxétine, hospitalisation si nécessaire

Malgré une bonne préparation, certains sevrages se compliquent par des symptômes sévères : idées suicidaires envahissantes, impossibilité totale de dormir, agitation marquée, symptômes neurologiques intenses. Dans ces situations, plusieurs options existent :

  • remonter légèrement la dose de paroxétine au dernier palier bien toléré, puis reprendre un tapering plus lent
  • switcher vers la fluoxétine, à demi‑vie longue, avant un sevrage très progressif
  • proposer une hospitalisation courte si la sécurité est en jeu (risque suicidaire, épuisement majeur, isolement total)

Ces ajustements ne signifient pas que le sevrage est un échec. Ils indiquent simplement que le système nerveux a besoin de plus de temps. L’expérience clinique montre qu’une proportion importante de patients parvient malgré tout à l’arrêt complet en adoptant un rythme plus respectueux de leur physiologie.

Prévention des rechutes à long terme : plan de crise, repérage des signaux faibles, réseau de soutien psychothérapeutique

Une fois la paroxétine arrêtée, la vigilance ne disparaît pas du jour au lendemain. La prévention des rechutes repose sur plusieurs piliers : un plan de crise écrit (signaux précoces de rechute, personnes à contacter, stratégies d’urgence), la capacité à repérer vos propres signaux faibles (perte d’intérêt, isolement, troubles du sommeil qui se réinstallent), et le maintien d’un réseau de soutien psychothérapeutique et social.

La clé, à ce stade, n’est plus de combattre le médicament, mais de construire une vie la plus compatible possible avec votre vulnérabilité : charge de travail ajustée, relations non toxiques, temps régulier pour le corps et l’esprit. La réussite d’un sevrage de la paroxétine ne se mesure pas seulement à l’absence de comprimés, mais à la qualité de vie retrouvée et à la confiance dans la capacité à faire face aux inévitables tempêtes futures.